Livre 1 : Le garçon et sa privation (1909-1933)
Surnaturelle : la vie de William Branham, volume I
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Surnaturelle
La VIE de
William Branham
Volume I
Livre 1 : Le Garçon et sa privation (1909-1933)
Owen Jorgensen
Surnaturelle :
La VIEde
William Branham
Volume I
Livre 1
Le Garçon et sa privation
(1909 – 1933)
Copyright © 2019
Par Owen Jorgensen
Tous droits réservés. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle doit premièrement faire l’objet du consentement de l’auteur.
ISBN Livre anglais
ISBN 13 : 978-0-9828616-8-4
Traduit, édité et publié en français
avec la permission de l’auteur par :
Assemblée Lumière du Soir
16 rue du Pont
Warden QC J0E 2M0
surnaturelle.ca
Éditeur de la version originale anglaise
Owen Jorgensen
7801 Dahl Road
Moses Lake WA 98837
Dédicace
Quelque part dans le monde, un adolescent sincère est à la
recherche de réponses à des questions comme :
Est-ce que Dieu existe réellement ? Si oui, qui est-Il ? Et où est-Il ? Et est-ce que ce Dieu s’intéresse à ma vie ? C’est à toi, jeune chercheur, que ce livre est dédié. Parce que, moi aussi, j’en ai été un.
Table des matières
DÉDICACE …III INTRODUCTION …V CHAPITRE 1 : UN MYSTÉRIEUX SIGNE DE NAISSANCE (1909 – 1912)… 1 CHAPITRE 2 : SA PREMIÈRE VISION (1912 – 1916) … 13 CHAPITRE 3 : L’OPPROBRE DE LA PAUVRETÉ (1916 – 1917) … 27 CHAPITRE 4 : BATTU SANS PITIÉ (1922 – 1923)… 37 CHAPITRE 5 : L’ACCIDENT DE CHASSE (1923 – 1924) … 45 CHAPITRE 6 : LE COUP TERRIBLE (1925 – 1927) … 57 CHAPITRE 7 : LA FUITE DANS LE DÉSERT (1927 – 1929)… 67 CHAPITRE 8 : LE SIGNE LE SUIT (1929)… 75 CHAPITRE 9 : SA DERNIÈRE CHANCE (1930 – 1932)… 83 CHAPITRE 10 : LE PREMIER TEST DE FOI (1932)… 93 CHAPITRE 11 : CONSACRE POUR UN ÉVANGILE SURNATUREL (1932) 101 CHAPITRE 12 : SE TENANT DANS LES AIRS (1933)… 111 CHAPITRE 13 : L’ÉTOILE MYSTÉRIEUSE RÉAPPARAÎT (1933) … 125 CHAPITRE 14 : SON FUTUR TABERNACLE LUI EST MONTRÉ (1933) … 139 SOURCES ET NOTES DE LA FIN … 145 AU SUJET DE L’AUTEUR … 153 INDEX… 154
Introduction
Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que Surnaturelle : La Vie de William Branham a été imprimée pour la première fois en 1993. Son lectorat et son influence continuent de s’étendre. Rédigée en anglais, elle a été traduite dans plus d’une douzaine de langues. Certaines de ces langues sont largement parlées, comme le chinois, le français, l’allemand, le russe et l’espagnol. Mais les habitants de petits pays ont également souhaité le partager, le traduisant dans des langues aussi diverses que le norvégien, le farsi et le vietnamien. À l’automne 2015, j’ai parcouru l’Europe de l’Est où j’ai rencontré certains de ces traducteurs. Commençant par l’Allemagne, j’ai visité la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne, la Croatie, la Roumanie et la Hongrie. Je n’ai demandé à personne de traduire ma biographie de William Branham. Les gens voient simplement sa valeur et se portent volontaires. Au cours des six derniers mois, la Suède m’a demandé de le traduire en suédois et le Pakistan de le traduire en ourdou. La liste des langues ne cesse de s’allonger. Cette biographie est devenue un projet mondial. (Mes sincères remerciements à tous ceux qui ont contribué à ce projet à quelque titre que ce soit.) Un homme au Zimbabwe a même développé une application pour que ces livres puissent être lus ou écoutés gratuitement sur un téléphone intelligent afin d’aider ceux des pays défavorisés. Pourquoi la vie de William Branham suscite-t-elle autant d’intérêt ? Bien sûr, c’est une histoire passionnante — l’une des histoires les plus intrigantes que vous ne lirez jamais. Portant, il y a beaucoup d’histoires intéressantes dans le monde. Qu’est-ce qui distingue cette histoire ?
La raison est simple. Son histoire parle au cœur d’une manière unique. Les gens la trouvent infiniment pertinente et applicable à leur propre vie, à tel point que beaucoup le lisent plus d’une fois. En s’accordant un temps de réflexions et de prières, l’histoire de William Branham peut donner réponse à de nombreuses questions de la vie, à la fois spirituelles et pratiques. En fin de compte, ce sont probablement les réponses éternelles qui sont les plus convaincantes. Ça a été mon expérience personnelle. J’espère que ce sera la vôtre aussi.
Owen Jorgensen, 2018.
LIVRE UN :
Le garçon et ses privations (1909 — 1933)
La cabane de bois rond près de Burkesville, Kentucky, où William Branham est né le 6 avril 1909
Chapitre 1
Un mystérieux signe de naissance
1909 — 1912
« Q UINZE ANS n’est pas trop jeune pour avoir un bébé » murmura Ella Branham en essayant de rassembler son courage. « J’y suis aussi prête que… » La douleur la prit à nouveau, plus vive et plus intense qu’auparavant. Ella sentit la panique monter en elle à mesure que son inconfort augmentait. Pressant son ventre gonflé, elle gémit : « Pas maintenant. S’il te plaît, pas maintenant. Pas avant que Charles ne revienne. » La sueur perlait sur son front. Elle tituba sur le plancher de terre battue jusqu’à l’unique fenêtre de la cabane, située au milieu d’une porte de bois rudimentaire. La fenêtre n’avait même pas de vitre, seulement un volet en bois qu’Ella tenait ouvert pendant la journée et fermait la nuit. Le volet était maintenant ouvert. « Charles ! » cria-t-elle. Sa voix semblait se perdre dans les forêts du Kentucky, dans toutes les directions, par-delà la vaste étendue de collines et de vallées. Sachant que son plus proche voisin vivait à des milles [kilomètres] de là, elle se sentait désespérément seule. La douleur dans son ventre se fit alors plus aiguë, l’amenant au bord de la panique. « Charles ! » cria-t-elle de nouveau. « Charles, où es-tu ? » Puis sa voix se perdit dans un sanglot : « S’il te plaît, reviens. J’ai besoin de toi. » Charles Branham avait reçu sa paye de bûcheron ce matin-là et s’était rendu en ville, à Burkesville, Kentucky, pour s’acheter une nouvelle salopette. « En l’honneur de mon premier enfant » avait-il dit. Mais qu’est-ce qui le retenait si longtemps ? S’était-il arrêté dans
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une taverne ? Si tel était le cas, ça n’aurait pas été la seule fois pendant leur première année de mariage. Mais Charles ne ferait pas une chose pareille aujourd’hui ? Il savait que le bébé était attendu d’un moment à l’autre. Les contractions continuaient, laissant Ella épuisée. Elle s’appuya contre le battant rugueux de la porte, regardant le soleil se coucher derrière les chênes et les érables qui commençaient tout juste à bourgeonner. C’était en avril 1909. Ella frissonna en fermant le volet. Maintenant, la seule lumière qui éclairait la pièce était celle provenant du coucher du soleil, dont les rayons s’infiltraient entre les rondins. Ces rayons de lumière se mouvaient lentement sur la table. Celle-ci était de fabrication maison à partir d’une souche, avec des chevilles de bois en guise de pieds et un banc rustique en guise de siège. Dans l’unique pièce de douze pieds [3,5 m] de long, il y avait encore un lit rudimentaire cloué à un mur. Ella s’y rendit en titubant et s’écroula sur la paillasse, remontant la couverture jusqu’à son menton. Son oreiller bourré de feuilles d’épis de maïs craquait à chacun de ses mouvements. Alors que la pièce devenait de plus en plus sombre, Ella se mit à penser à son ancienne maison à Paris, Texas, d’où elle avait voulu s’échapper tout récemment. L’an dernier, la situation lui avait semblé intolérable. Mais aujourd’hui, dans cette condition, ça ne lui semblait plus si grave. Elle avait grandi au Texas sous le nom d’Ella Harvey. Son père était chasseur, trappeur et maître d’école. Sa mère était une Indienne Cherokee de souche. Aînée de quatre enfants, Ella avait vécu une enfance heureuse et insouciante jusqu’à ce que sa mère meure de la scarlatine trois ans plus tôt. À cette époque, Ella avait douze ans et son plus jeune frère seulement quatre. La lourde charge de mère retomba sur les épaules d’Ella. Elle avait rencontré Charles Branham un peu plus d’un an auparavant à un rodéo. Charles était petit et séduisant, il avait des cheveux noirs frisés et assez d’habileté en rodéo pour vaincre presque tous les chevaux sauvages qu’il défiait. Ella succomba à son charme. À cette époque, le mariage lui avait semblé une bonne façon d’échapper à la corvée de s’occuper de ses jeunes frères et
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sœurs. Mais maintenant, elle se demandait si elle n’était pas simplement tombée d’une poêle à frire dans une autre. Elle avait quinze ans, était une étrangère dans les collines du Kentucky et était sur le point d’avoir un bébé à 40 milles [63 km] du médecin le plus proche, sans même une amie à qui elle pourrait demander de l’aide. Enfouissant sa tête sous l’oreiller, Ella se mit à sangloter.
CHARLES BRANHAM revint à sa cabane après la tombée de la nuit. Il avait bu, bien sûr, mais pas assez pour altérer sa pensée. Il ouvrit la porte doucement, pour ne pas déranger sa jeune épouse si celle-ci dormait. C’est alors qu’il entendit ses gémissements. Il alluma rapidement un nœud de pin qu’il déposa sur le couvercle d’une jarre à fruits. Le nœud de pin brûlait en diffusant une faible lueur et en dégageant une épaisse fumée. Mais comme la cabane était ventilée naturellement, la fumée montait dans les chevrons du toit et s’échappait à travers les fentes des bardeaux. « Charles, murmura faiblement Ella, c’est pour ce soir, va chercher ta maman. » Charles fit un feu, puis se dépêcha de se rendre à la cabane de sa mère. La nuit était froide et claire et la lumière des étoiles lui permettait de suivre le sentier. Une heure plus tard, il revenait avec sa mère et deux femmes du voisinage. Grand-mère Branham était une vieille dame bourrue et dure comme de la couenne de lard. Mais la vue de cette jeune fille dans les douleurs de l’enfantement adoucit son cœur, tout comme la graisse de raton chaude assouplit les bottes de cuir. (Non pas qu’elle n’eût jamais porté des bottes de cuir. Elle n’avait jamais possédé une paire de chaussures de sa vie.) Elle prit alors la situation en main. Comme elle avait elle-même donné le jour à dix-sept enfants, elle était bien préparée à devenir la sage-femme de sa belle-fille. Elle insista pour que Charles attende à l’extérieur. Il ne protesta pas. Prenant une couverture, il se traîna jusqu’à l’appentis qui se trouvait d’un côté de la cabane et se fit un lit dans la sciure et les copeaux de bois. Il sortit ensuite un flacon de whisky de sa poche et le vida d’un trait pour se calmer les nerfs. Puis il s’endormit.
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Alors que l’aurore approchait, l’agitation dans la cabane devint plus intense. Charles se réveilla. L’horizon devenait plus clair du côté est avec l’approche de l’aube, mais le soleil ne s’était pas encore levé. Charles se maudit de s’être assoupi, puis commença à s’inquiéter parce que le bébé n’était pas encore né. Y avait-il un problème ? Devait-il entrer et vérifier ? Avant même qu’il puisse se décider, il entendit le cri aigu d’un nouveau-né. La porte de la cabane s’ouvrit toute grande et l’une des femmes du voisinage l’appela : « Charles Branham, c’est un garçon. » Piteusement, Charles entra en traînant les pieds et ferma la porte. La pièce était imprégnée d’une odeur de graisse qui provenait d’une chandelle posée sur la table. Grand-mère Branham finit de laver l’enfant, évalua son poids à cinq livres [un peu plus de deux kilogrammes], puis le déposa gentiment dans les bras de sa mère. Charles se tenait près du lit, les mains dans les poches de sa nouvelle salopette, regardant nerveusement cette petite créature qui se tortillait et grognait et qui était son fils. Ella lui dit : « Charles, il a tes yeux bleus. » Charles examina les petits yeux, mais il ne pouvait distinguer leur couleur dans la pénombre. « Son premier prénom sera William », dit-il. « Et son second prénom Marrion. » Ella prononça lentement : « William… Marrion… Branham. Ça sonne assez distingué. Et nous pourrons l’appeler Billy. Charles, je crois que Billy aura aussi tes cheveux frisés. Ouvre le volet afin que je puisse mieux le voir. » C’était peu après cinq heures, mardi matin, le 6 avril 1909. De la lumière filtrait à travers les fentes, bien que le soleil ne se soit pas encore pointé à l’horizon. Charles ouvrit le volet, puis recula, saisi. Quelque chose avait pénétré à l’intérieur par le volet ouvert : une lumière, comme une étoile, d’environ un pied [35 cm] de diamètre. Ella cria et serra son fils contre son sein. Les autres, déconcertés, reculèrent contre le mur. L’étrange lumière fit plusieurs fois le tour de la pièce, puis s’arrêta au-dessus du lit, suspendue au-dessus de la jeune mère et de l’enfant. Elle brillait d’une lueur fluorescente et vibrait comme si une vie en émanait. Elle garda cette position un
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peu moins d’une minute, pas longtemps, mais assez pour que tous soient certains de l’avoir réellement vue. Puis, aussi rapidement qu’elle était venue, la boule de feu tourbillonna au-dessus des chevrons et disparut à travers le toit. Charles fixa les bardeaux du toit en écarquillant les yeux. Soudain, un bruissement d’ailes attira son attention vers la porte où une colombe s’était posée sur le rebord du volet. La colombe blanche comme la neige observa la pièce comme si elle était à la recherche de quelque chose. Lorsque ses yeux se posèrent sur le nouveau-né, elle inclina la tête, puis roucoula avant de s’envoler. Charles regarda dans la direction de l’oiseau pendant un instant, puis ses yeux se fixèrent de nouveau sur le toit. Une des femmes du voisinage murmura : « Ça alors, je n’ai jamais… » Et la seconde d’ajouter : « Je me demande quel genre d’enfant sera-ce bébé. » Billy Branham n’était alors âgé que de quinze minutes.
LA NOUVELLE se répandit rapidement parmi les montagnards, à propos du « bébé, là-bas sur la colline, né avec une lumière au-dessus de la tête. » Certains mirent cela sur le compte d’un reflet du soleil dans un miroir. Mais Charles et Ella n’étaient pas dupes ; il n’y avait pas de miroir dans la cabane. De plus, le soleil n’était pas encore levé. Ils étaient intrigués. Y avait-il, dans cette lumière, une signification spirituelle ? Charles ne voulait plus y penser, mais Ella ne le laissa pas oublier. Elle insista pour « qu’on fasse quelque chose » et décida finalement que leur bébé serait amené à l’église pour y être consacré à Dieu. Au début, Charles lutta contre cette idée, mais finit par y consentir, même si une telle concession allait à l’encontre de son caractère. Puis survint une question : où allaient-ils l’amener ? Les ancêtres de Charles Branham étaient tous des catholiques irlandais. Du côté d’Ella, les Harvey étaient aussi des catholiques irlandais, excepté la mère d’Ella qui faisait partie du peuple
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Cherokee. De toute façon, ni Charles ni Ella n’avaient de convictions religieuses, ayant tous deux abandonné la foi catholique depuis fort longtemps. Ils s’entendirent donc sur le fait que, pour eux, la meilleure église serait la plus proche. C’est ainsi que, lorsque Billy Branham fut âgé de deux semaines, Charles et Ella l’emmaillotèrent et l’emmenèrent à l’Église Baptiste Opossum Kingdom où une petite congrégation se réunissait chaque dimanche dans un bâtiment rustique construit avec des rondins, au plancher de terre battue et dont les bancs étaient de simples planches posées sur des blocs de bois. L’Église Baptiste Opossum Kingdom n’avait pas de pasteur permanent. La plupart des dimanches, la congrégation chantait des cantiques et lisait la Bible. Mais tous les deux mois, un prédicateur itinérant passait par là et prêchait un sermon. Le vieux ministre était présent ce jour-là. Il pria pour le jeune William Branham, demandant à Dieu de l’utiliser, un jour, pour Son service. C’était la dernière fois que Billy Branham allait se trouver dans une église pour vingt-trois ans.
LE TRAVAIL DE BÛCHERON forçait souvent Charles à être loin de sa femme et de son fils durant la semaine. En octobre 1909, un blizzard le retint dans un camp de bûcherons, loin de la maison. Ella, qui était enceinte de quatre mois de son deuxième enfant, s’inquiétait à mesure que ses provisions diminuaient. Lorsque ses réserves de bois de chauffage furent épuisées, elle s’enveloppa les pieds dans des sacs et marcha dans la neige qui lui arrivait à la taille, luttant contre le vent mordant, se frayant un chemin dans la forêt, afin de couper des branches de sapin et des branches mortes, dans l’espoir de garder son feu allumé. Mais lorsque la nourriture vint à manquer, elle abandonna la partie. Le feu devint cendres. Ella était maintenant trop faible pour ressortir chercher du bois. Rassemblant tout ce qu’elle pouvait trouver de tissu dans la cabane, elle s’en enveloppa avec son fils, se blottit dans le lit puis tira la couverture sur eux. Dehors, le vent soufflait et hurlait sans cesse. La pièce devint si froide que l’eau du seau gela. Tout en contemplant les chevrons du toit, Ella se mit à penser à cette étrange lumière qui était apparue à la naissance de
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son fils. Elle y avait pensé souvent au cours des six derniers mois. Parfois, elle croyait que c’était un signe montrant que Billy était destiné à de grandes choses. Mais maintenant que la mort se tenait tout près d’eux, cela lui semblait dénué de sens. Son plus proche voisin était un vieil homme qui vivait de l’autre côté de la vallée. Lorsque la tempête s’apaisa, il sortit pour effectuer quelques travaux. Il ne pouvait voir que le toit de la cabane des Branham, mais il remarqua qu’il n’y avait pas de fumée sortant de la cheminée. Sur le moment, il n’y prêta pas beaucoup d’attention, mais après plusieurs jours, il commença à s’en inquiéter. Il savait que de la fumée était sortie de la cabane avant le blizzard, et il était impossible que quelqu’un ait quitté la cabane pendant la tempête. Se disant que quelque chose n’allait pas, il décida d’aller y faire un tour. Comme il approchait de la cabane, il constata qu’il n’y avait pas de traces dans la neige fraîchement tombée. Cela confirma ses craintes que personne n’avait quitté la demeure pendant la tempête. Il frappa à la porte, mais n’obtint pas de réponse. Lorsqu’il essaya d’ouvrir, il s’aperçut que la porte était verrouillée de l’intérieur. Maintenant, il savait que quelqu’un était là, quelqu’un qui devait être mal en point, sinon on lui aurait répondu. Avec de grands efforts, il parvint à forcer la porte. Ce qu’il vit à l’intérieur le fit frémir. Ella et son bébé étaient blottis dans le lit, presque morts de faim et de froid. Le vieil homme prit rapidement la hache d’Ella, se rua dans les bois et rapporta assez de bois pour réchauffer la cabane. Ne trouvant rien à manger, il courut alors chez lui et rapporta toute la nourriture qu’il put transporter. Appeler le docteur étant hors de question, il prit soin lui-même de la mère et de l’enfant. Lorsque Charles revint chez lui, sa femme et son fils commençaient à se rétablir. Le reste de l’hiver, Charles demeura près de la maison, chassant et faisant le trappeur afin de garder le garde-manger toujours bien rempli. Au printemps, il retourna travailler comme bûcheron. Après la fonte des glaces, il attachait un bœuf aux billes de bois et les traînait, une à une, jusqu’à la rivière Cumberland, où d’autres bûcherons les attachaient ensemble et les faisaient flotter de la rivière Ohio jusque dans le fleuve Mississippi.
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EN MARS 1910, Charles et Ella eurent leur deuxième fils, Edward. Quelques mois plus tard, Ella, qui avait maintenant seize ans, sentit un autre bébé se mouvoir en son sein. Elle accoucha de son troisième enfant au début de l’année 1911. C’était encore un garçon. Elle le nomma Henry. Charles travailla comme bûcheron pendant tout le printemps, pendant l’été et jusqu’à l’automne 1911. Puis la malchance frappa de nouveau, tenant Charles loin de sa famille et le détruisant presque. Étant le plus jeune de dix-sept enfants, Charles avait grandi avec plusieurs instituteurs violents. Il buvait du whisky alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon et apprit à régler les conflits avec les poings. En automne 1911, il était à une fête, lorsqu’une querelle éclata. Whisky fabriqué clandestinement et hommes durs constituant un mélange des moins recommandables, la bataille dégénéra en une mêlée générale féroce. Une grande brute du nom de Willy Yarbrough plaqua un ami de Charles au sol, lui sauta dessus, sortit un couteau de sa poche et s’apprêtait à le plonger dans sa poitrine, lorsque Charles lui fracassa une chaise sur la tête. Après avoir reculé de quelques pas, Charles sortit son couteau. Willy oublia l’homme qui était par terre et se rua sur Charles. Il lui aurait tranché la gorge s’il avait pu — c’était un homme sans pitié qui avait tué son propre fils avec un pieu de clôture — mais le couteau de Charles l’atteignit en premier, laissant Willy dans une mare de sang, quoique toujours en vie. Lorsque les nouvelles de cette bagarre parvinrent à Burkesville, Kentucky, Charles fut considéré comme étant le meneur de la bataille et fut inculpé de meurtre. Un shérif partit à cheval pour aller l’arrêter. Mais avant qu’il puisse le retrouver, Charles eut vent du danger qui le menaçait. Il dut quitter la ville à la hâte, sans savoir ni où il irait ni ce qu’il ferait. Avant de partir, il promit à Ella qu’il enverrait quelqu’un pour venir la chercher aussitôt qu’il aurait un travail et un endroit où habiter, en utilisant un nom d’emprunt afin qu’on ne retrouve pas sa trace. C’est ainsi qu’en l’espace d’un après-midi, Charles Branham disparut, laissant sa femme seule dans les bois pour subvenir à ses
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propres besoins et à ceux de leurs trois enfants. Billy avait deux ans et demi, Edward un an et demi et Henry à peine six mois. Âgée de dix-sept ans, Ella était elle-même presque une enfant. À peine quelques semaines plus tard, elle réalisa que Charles avait laissé une partie de lui-même derrière lui. Elle était de nouveau enceinte. Cet automne et cet hiver-là, Ella fut poussée dans ses derniers retranchements. Il lui semblait vivre un cauchemar, essayant de faire vivre ses enfants dans cette cabane rustique isolée, souffrant de nausées presque en permanence. Elle n’avait pas d’argent, pas de ressources, pas d’énergie. Sans l’aide de la famille de Charles, qui était elle-même très pauvre, Ella savait qu’elle n’aurait pas pu survivre. Mais finalement, les saisons se succédèrent, le sol dégela et ses nausées prirent fin. Henry eut un an, Edward deux et Billy trois. Le bébé qui s’agitait et remuait dans le ventre d’Ella pouvait naître à tout instant. Une fois, pendant le printemps 1912, un shérif s’arrêta à la cabane et demanda si Ella avait eu des nouvelles de son mari. Elle put lui dire la vérité ; elle n’avait pas de nouvelles de lui et n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait. Quelques jours après la visite du shérif, Billy et Edward s’amusaient derrière la cabane où une petite source rendait le sol boueux. Billy, qui voulait montrer à son petit frère à quel point il était fort, prit la plus grosse pierre qu’il ait pu trouver, la souleva au-dessus de sa tête et la jeta dans la source. La pierre tomba dans la boue et éclaboussa Edward qui se mit à pleurer et courut se réfugier dans la cabane. Au même moment, un rouge-gorge se mit à chanter avec entrain. Billy fouilla les branches afin de pouvoir observer l’oiseau qui se trouvait dans l’arbre tout près de lui. Il fit un pas dans sa direction et le rouge-gorge s’envola. À cet instant, il se produisit quelque chose de si étonnant que Billy en restera marqué sa vie durant et que cet incident deviendra par la suite le premier souvenir significatif de son enfance. Venant de l’endroit où était perché le rouge-gorge, un son qui ressemblait au murmure du vent dans les feuilles se fit entendre, whoossssh. Puis une voix s’éleva de l’arbre, une voix claire, humaine, qui dit : « Tu habiteras près d’une ville qui s’appelle New Albany. »
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Avec un cri de terreur, Billy courut vers la cabane aussi vite que ses petites jambes pouvaient le porter, hurlant : « Maman, Maman ! » Ella était en train d’essuyer la boue sur le gilet d’Edward. « Billy, qu’est-ce qui s’est passé ? » lui demanda-t-elle tout en l’attirant contre elle. « Un oiseau m’a parlé, Maman. Je l’ai entendu chanter dans l’arbre, puis il m’a parlé. » Ella se mit à rire : « Tu dois avoir rêvé, mon enfant. » Mais Billy insista : « Je l’ai entendu Maman. Je l’ai entendu parler. » « Alors qu’est-ce qu’il a dit, cet oiseau ? » lui demanda Ella en le taquinant, pensant toujours que c’était l’imagination de Billy. « Il m’a dit que nous habiterions près d’un endroit appelé New Albany. » Cette réponse l’étonna. Cela ne ressemblait pas à quelque chose qu’un petit garçon aurait pu inventer pour s’amuser. Elle fit le tour de la cabane et appela : « Allô, il y a quelqu’un ? » Lorsqu’elle rentra, Billy lui demanda : « Maman, c’est où, New Albany ? » « C’est une ville en Indiana, de l’autre côté de la rivière, en face de Louisville, Kentucky. Billy, dis-moi, où as-tu entendu parler de New Albany ? » « Je n’ai jamais entendu parler de New Albany avant que cet oiseau me parle. Maman, quand allons-nous habiter là-bas ? Est-ce que Papa va y habiter avec nous ? » Ella secoua la tête. Plusieurs semaines plus tard, la lettre tant attendue de Charles arriva enfin. Ella s’assit à la table et fixa longuement l’enveloppe qu’elle tenait dans sa main tremblante. Billy se mit alors sur la pointe des pieds afin de voir par-dessus la table. « Ouvre-la, Maman. » Ella se mit à rire nerveusement : « Bien sûr. Nous avons attendu ce moment assez longtemps, pour quoi attendre encore ? »
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Elle défit le rebord collé et retira la lettre de l’enveloppe avec soin, la déplia et se mit à lire. Comme son père avait été maître d’école, elle avait reçu une certaine éducation. Mais Charles n’était presque jamais allé à l’école, et il ne savait donc ni lire ni écrire, pas même son nom. C’était son frère qui vivait à Louisville qui avait écrit la lettre pour lui. « Qu’est-ce qu’elle dit, Maman ? » demanda Billy. Ella lui parla donc tout en poursuivant sa lecture. « Elle dit que ton papa est en Indiana. Il a trouvé un emploi stable et un endroit pour que nous puissions habiter avec lui. Il veut que nous allions le rejoindre tout de suite. C’est dans une petite ville qui s’appelle Utica, située à environ dix milles [16 km] au nord-est de… » Elle s’arrêta brusquement et regarda son fils de trois ans avec stupeur. Comment était-ce possible ? « C’est où Maman ? Où est Utica ? » Ella lui répondit lentement : « Billy, nous allons vivre à dix milles [16 km] au nord-est de New Albany, en Indiana. »
Chapitre 2
Sa première vision
1912 — 1916
C HARLES BRANHAM avait envoyé assez d’argent avec sa lettre pour qu’Ella puisse louer un chariot pour le déménagement. Elle n’avait guère d’autres biens à transporter que ses trois petits garçons turbulents. New Albany était situé à environ cent milles [160 km] au nord de Burkesville. La date de son accouchement approchant à grands pas, Ella appréhendait le voyage. Mais pour Billy qui, à trois ans, n’avait jamais quitté sa cabane dans les montagnes, ce trajet promettait d’être une aventure excitante. Il fut particulièrement impressionné par un petit pont en bois qui enjambait la rivière Ohio entre Louisville, Kentucky, et New Albany en Indiana. Après avoir parcouru encore dix milles [16 km] en direction du nord, ils arrivèrent à leur nouveau domicile, dans la petite ville d’Utica, Indiana. Le 27 mai 1912, Ella donna naissance à son quatrième fils qu’elle appela Melvin. Cet été-là, Charles travailla pour un fermier de la région. C’était un travail excessivement dur physiquement. Parfois, il devait suivre péniblement un cheval et labourer ainsi durant douze heures par jour, suant à grosses gouttes sous un soleil de plomb. Plus d’une fois, il revint à la maison avec sa chemise brûlée et collée à son dos. Ella devait couper la chemise avec des ciseaux pour l’enlever. Lorsque le maïs sortit, Charles passa ses journées à biner entre les lignes. Au début, ses mains étaient couvertes d’ampoules et saignaient ; mais plus tard, il s’y forma de la corne aussi dure que du cuir. Et il endurait tout cela pour seulement soixante-quinze cents [0,53 €] par jour.
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Cet automne-là, Charles se remit à couper le bois ; ça lui venait plus naturellement que le travail à la ferme. Il avait grandi dans les bois et avait commencé à couper le bois lorsqu’il était encore tout jeune. Même s’il ne pesait que 150 livres [68 kg], Charles était très musclé et c’était un bûcheron tellement habile qu’il pouvait hisser un billot de neuf cents livres [408 kg] sur un chariot sans aucune aide. Mais à mesure que l’hiver approchait, Charles se sentait de plus en plus mal à l’aise. Ils vivaient tous les six dans une cabane d’une pièce, pas plus grande et moins bien construite que la cabane de rondins qu’ils avaient laissée derrière eux au Kentucky. Le travail de bûcheron le forcerait à quitter sa famille durant plusieurs semaines consécutives. Ne voulant pas que sa femme souffre comme l’hiver précédent, il se mit à chercher une meilleure situation. Le printemps 1913 arriva avant que Charles ne puisse trouver quelque chose de permanent. Il obtint finalement un emploi à Jeffersonville, Indiana, travaillant pour M. Wathen, un multimillionnaire qui possédait les distilleries Wathen et qui était aussi copropriétaire d’une équipe professionnelle de baseball, les Colonels de Louisville. Charles fut engagé comme chauffeur privé parce qu’il était très doué avec les chevaux. L’emploi n’était pas très bien rémunéré, mais offrait plusieurs avantages substantiels, notamment un logement gratuit sur les terres de M. Wathen. L’endroit comprenait une cabane en rondins de deux pièces, une vieille étable, un grand espace pour un jardin ainsi, qu’un lopin de terre que Charles pouvait ensemencer pour ses propres besoins. De plus, M. Wathen avait une laiterie non loin de là et Charles pouvait rapporter un seau de lait chaque soir, un avantage non négligeable pour un père qui a quatre petits garçons en pleine croissance. Jeffersonville était une ville située à quatre milles [6,5 km] au nord-est de New Albany, sur la route de la rivière, appelée, là-bas, Utica Pike. M. Wathen vivait sur un grand domaine à sept milles [11 km] de la localité. La petite maison dans laquelle Charles déménagea était située sur le versant d’une colline avec une vue sur la rivière Ohio. Des planches recouvraient les murs extérieurs et, à l’intérieur, les fentes entre les rondins étaient bouchées avec de la boue. La cabane avait un plancher de terre battue, deux pièces et
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une mezzanine pour y dormir dans les chevrons, au-dessus d’une des pièces. L’échelle pour accéder à la mezzanine était faite des troncs de deux jeunes arbres. Au milieu du plancher d’une des pièces se trouvait une souche d’arbre sciée qui avait été roulée et sur laquelle on avait posé des pierres plates. Sur ces pierres, on avait posé un poêle à bois fabriqué avec un bidon d’huile vide. Pour cuisiner, Ella utilisait un petit four. Ils avaient même une lampe à pétrole pour l’éclairage. Tout bien considéré, c’était une grande amélioration comparativement à la baraque d’une seule pièce qui les avait abrités à Utica. À flanc de coteau, devant la cabane, se trouvait un pommier dont les branches s’étendaient au-dessus d’une petite source. Cette source fraîche servait de réfrigérateur une bonne partie de l’été, permettant au lait, au beurre et au babeurre contenus dans des bidons de se conserver plus longtemps. (Charles ne pouvait y garder de la crème ; il y avait trop de petits Branham gloutons et chapardeurs.) La source leur procurait de l’eau jusqu’à la mi-août puis s’asséchait. Ils devaient alors pomper leur eau du puits qui se trouvait plus bas près de l’étable et la transporter en haut de la colline jusqu’à la maison. Billy aimait la source joyeuse. Une gourde était accrochée à un clou planté dans le tronc d’un pommier, mais Billy l’utilisait rarement. Il aimait s’étendre à plat ventre dans l’herbe chaude, mettre ses lèvres dans l’eau et boire jusqu’à ce que son estomac soit bien rempli. Puis, il remplissait une cruche qu’il allait porter à son père dans les champs. Charles revenait toujours des champs, affamé. Comme il n’y avait pas de tuyauterie à l’intérieur, Charles devait se laver derrière la cabane où un banc était appuyé contre un pommier. Le banc était une simple planche prise à l’étable, qu’on avait clouée au tronc, avec une autre planche à l’extrémité qui servait de pied et une autre au-dessous qui était inclinée afin de consolider le tout. Les quatre petits garçons se tenaient alignés derrière leur papa pour se laver. Lorsque Charles relevait les manches de sa chemise cousue à la main pour se savonner, les muscles de ses bras se tendaient et se gonflaient. Billy regardait son papa avec fierté, pensant : « C’Esther 16 | Livre Un : Le garçon et ses privations
mon papa. Il est fort. Il vivra jusqu’à cent ans. Lorsque je serai un vieil homme, je regarderai encore mon papa avec ses gros muscles. » Charles ne mesurait que cinq pieds sept pouces [1,80 m]. Billy avait hérité de son père ses cheveux foncés et bouclés, ainsi que sa beauté irlandaise, mais pas sa carrure puissante. Billy était plutôt maigre comme sa mère. C’était ensuite au tour de Billy de se laver. Il faisait bien attention de ne pas se mettre dans les yeux du savon à lessive faite maison. Une seule fois, lui avait servi de leçon. Il s’essuyait avec une serviette que sa mère avait fabriquée à partir d’un sac de maïs vide. La serviette était rugueuse, alors Billy se tamponnait légèrement. Au-dessus du banc, il y avait un morceau de miroir cassé qui était accroché à l’arbre par cinq clous recourbés. Billy grimpait sur le banc afin de se voir pour pouvoir lisser sa tignasse ébouriffée avec le peigne en fer-blanc. Charles avait construit leur table et les bancs à l’aide de vieilles planches de grange. Les bancs ressemblaient à des bancs d’église. Au souper, Billy s’asseyait toujours à côté de son père. Il y avait presque toujours de la soupe aux haricots au menu, avec du pain de maïs, des oignons bouillis et du babeurre. Ella cuisait le pain de maïs dans une poêle, puis elle le mettait sur une assiette qu’elle faisait circuler autour de la table afin que chacun puisse en détacher un morceau. Billy prenait toujours un bord parce que c’était plus croustillant et il aimait tremper du pain de maïs croustillant dans sa soupe.
LE 14 MAI 1914, Billy eut un autre petit frère, Edgar Lee Branham. Pendant quelques années, la vie de Billy se passa selon une routine agréable. Tous les samedis après-midi, son père empruntait une mule et un chariot couvert à M. Wathen, y entassait sa famille et parcourait sept miles [11 km] pour se rendre en ville et acheter des provisions. Les quatre plus jeunes Branham étaient ballottés à l’arrière, assis sur un tas de paille ; mais Billy pouvait faire le voyage sur le banc avant, avec son père et sa mère. Billy était toujours excité à l’idée d’aller au magasin, parce qu’il savait exactement ce qui allait se passer. Charles, qui gagnait 3,50 $ [2,50 €]
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par semaine, en dépensait souvent 3 $ [2,10 €] à l’épicerie. Parfois, il faisait une folie en achetant un sac de cassonade ou des biscuits salés, mais en général, il achetait des produits de base comme des haricots, des pommes de terre et du maïs, le genre de nourriture qui dure longtemps. Après que Charles avait payé sa facture, M. Grover, l’épicier, lui donnait un sac de sucettes à la menthe pour ses enfants. De retour dans le chariot, cinq paires d’yeux regardaient leur papa avec impatience, alors qu’il distribuait équitablement quatre sucettes à ses cinq garçons. Les quatre plus jeunes suçaient leurs sucettes immédiatement jusqu’au bâtonnet. Billy était plus astucieux. Il suçait sa sucette pendant un petit moment, puis enroulait ce qui en restait dans un morceau de sac en papier brun qu’il avait déchiré et le mettait dans sa poche. Il s’en servirait plus tard. Chaque samedi soir, ils remplissaient d’eau chaude le grand baquet de cèdre et prenaient leur bain hebdomadaire, les uns après les autres, dans la même eau. Ella frottait Billy bien fort avec son savon en disant : « Je veux que tu sois aussi propre qu’un oignon épluché. » Puis, elle le séchait avec une serviette et frottait si fort qu’il avait l’impression de ne plus avoir de peau. Ella savait que Billy n’avait pas une alimentation équilibrée, alors, chaque semaine après son bain, elle lui donnait une cuillerée d’huile de ricin, qui croyait-elle, aidait à prévenir les rhumes. Billy regardait cette grosse cuillère d’huile de ricin et suppliait : « Oh, Maman, s’il te plaît, ne me la fais pas avaler. Ça me rend tellement malade. Je ne peux pas le supporter. » Et elle répondait : « Si ça ne te rend pas malade, ça ne te fera aucun bien. » Billy se pinçait alors le nez et portait la cuillère à sa bouche, essayait d’avaler, avait des haut-le-cœur, tremblait de la tête aux pieds, et finissait par l’avaler pour de bon. Le dimanche, Ella cuisinait du « bouilli Mulligan » - des navets, carottes, choux, pommes de terre, haricots, maïs et un morceau de bœuf, qu’elle faisait bouillir en même temps dans une grande
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casserole. Les restes leur servaient de repas pour deux ou trois jours. Le lundi, Ella lavait les vêtements dehors dans une grande bassine au-dessus d’un feu. Étant l’aîné, Billy devait couper des petites branches pour entretenir le feu. On attendait aussi de lui qu’il remplisse la bassine d’eau, une tâche difficile pour un garçon de son âge et de sa taille. Elle appelait : « William. » « Oui, Maman. » « Va à la source et rapporte-moi un seau d’eau. » Billy pensait combien le seau de cèdre était lourd sur son épaule, et ce, même s’il n’était rempli qu’à moitié. Il mettait la main dans sa poche pour vérifier si son bonbon à la menthe emballé dans du papier était toujours là. Puis, il allait trouver son frère Edward et lui disait : « Humpy (Billy appelait souvent son frère Humpy), je vais te dire ce que je vais faire. Je vais te laisser sucer ce bonbon le temps que je compte jusqu’à dix, si tu vas remplir le seau d’eau pour moi. » Edward allait donc joyeusement chercher l’eau et Billy le récompensait en lui donnant la sucette à la menthe. Billy commençait à compter : « Un, deux, trois… » Edward, qui léchait aussi vite que possible, se plaignait : « Pas si vite. Tu comptes trop vite. Recommence. » Alors, Billy recommençait et Edward avait droit à quelques coups de langue de plus. Puis, Billy remballait la sucette et la remettait dans sa poche. Il y avait d’autres tâches à accomplir le lundi, mais, tant que la sucette à la menthe durait, Billy était un jeune homme sans souci. Les jours de lessive, Ella utilisait un grand bâton de noyer plat pour remuer les vêtements dans la bassine d’eau bouillante, les repêchant lorsqu’ils étaient prêts. Elle gardait son bâton accroché à un clou derrière la porte, à l’intérieur de la cabane. Ce bâton avait plusieurs fonctions. Ella l’utilisait pour battre les épaisses paillasses afin d’en répartir également la paille, puis pour assouplir les édredons. Charles l’utilisait aussi comme verge pour punir. Parfois,
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lorsqu’un des garçons avait fait quelque chose de mal et s’attendait à recevoir une fessée, le bâton disparaissait mystérieusement. Mais Charles trouvait toujours moyen de s’en passer, utilisant à la place la courroie de son rasoir, qui était en fait une vieille ceinture, ou, encore, la sangle de son fusil. Tous les petits Branham reçurent une certaine « éducation » dans leur cabane au fond des bois, courant autour de leur père aussi vite qu’ils le pouvaient, pendant qu’il leur chauffait les fesses. Charles appelait cela « faire sortir d’eux le diable. » Une fois, Edward conçut un plan espiègle. « Billy, dit-il, Maman et Papa sont en train de désherber au jardin. Si tu vas chercher du sucre, je prendrai les biscuits salés et nous nous retrouverons dans la grange. » Billy trouva ça juste. Ella gardait la cassonade dans une boîte, dans la cabane. Elle en mélangeait souvent avec de l’eau pour faire de la mélasse qu’ils versaient sur leurs crêpes le matin. Billy se faufila donc dans la cabane, prit une pleine poignée de sucre et se mit en route pour la grange. Le jardin était à mi-chemin en descendant la colline, entre la maison et la grange. Charles s’était redressé et essuyait la sueur de son front avec son mouchoir à carreaux rouges et blancs. Il remarqua que son fils aîné marchait le bras raide, comme s’il cachait quelque chose. Charles dit : « Où vas-tu, William ? » « Je descends à la grange. » « Qu’as-tu dans la main ? » Billy pensa : « Oh, oh. » Il essaya d’être évasif. « Quelle main ? » Charles dit : « Viens ici. » Pendant longtemps après cela, Billy n’eut plus envie de cassonade.
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À LA FIN DU MOIS D’AOÛT 1916, après qu’une moissonneuse à vapeur eut fini de battre le grain, Ella bourra toutes ses paillasses de paille fraîche. Ce soir-là, peu après que les garçons furent allés au lit dans la mezzanine, Billy se mit à crier comme si un spectre avait touché sa joue. Ella se précipita vers l’échelle et appela : « Billy, pour l’amour du ciel, qu’est-ce qui ne va pas ? » « Maman, il y a quelque chose dans mon lit ! » « C’est seulement une sauterelle qui est prise dans la nouvelle paille. Maintenant calme-toi et dors. » « Maman, je ne peux pas dormir avec cette sauterelle qui saute partout. » Ella prit la lampe à pétrole et grimpa à la mezzanine afin que Billy puisse la voir ouvrir sa paillasse sur le côté, fouiller dans la paille fraîche et en retirer la sauterelle incriminée. Il la fit sortir par une fente, là où il y avait un interstice entre le mur et le toit. Plus tard, Ella rit en racontant cet incident à Charles. Mais elle ne put confier à son mari ses profondes inquiétudes à propos de Billy. Il était tendu ces derniers temps et ne digérait pas bien. À plusieurs reprises au cours de ce dernier mois, il s’était plaint de maux d’estomac après les repas et avait des reflux gastriques. Était-il nerveux parce qu’il allait bientôt commencer l’école ? Ou bien était-ce autre chose qui le dérangeait ? Était-ce lié au fait que son père buvait ? En septembre, Billy et Edward commencèrent l’école ensemble. Billy avait sept ans et demi. Même s’il avait onze mois de plus qu’Edward, on aurait pu les prendre pour des jumeaux, en raison de leur taille, car Edward était à peine plus petit. Billy n’avait pas de vêtements pour l’école. Pendant l’été, il s’était promené nu-pieds et sans chemise, portant une vieille salopette maintes fois rapiécée et raccommodée. La famille ne pouvait s’offrir de nouveaux vêtements, alors, Ella improvisa : elle prit le veston que Charles avait porté le jour de leurs noces, le coupa et le transforma en une paire de pantalons. Charles revint à la maison avec des chaussettes blanches et une paire de baskets
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d’occasion qui allaient à peine, et ceci compléta la garde-robe de Billy. Lorsqu’Ella eut fini de l’habiller pour sa nouvelle aventure, elle dit : « Maintenant regardons de quoi tu as l’air. » Elle recula de quelques pas pour évaluer son œuvre. Il n’avait que la peau sur les os et avait l’air si petit. On aurait dit qu’il venait d’une autre époque, avec ses cheveux hirsutes qui lui tombaient dans le cou, ses pantalons faits main et ses baskets de seconde main. Ella sourit et dit : « Tu ressembles à un vrai petit gars du Kentucky. » Elle avait fait de son mieux avec ce qu’elle avait. Malheureusement, son fils aîné allait devoir aller à l’école sans chemise. C’est ainsi que, par une fraîche matinée de septembre 1916, Billy et Edward descendirent la route de la rivière pour se rendre à l’école d’Utica Pike, une école rurale typique, d’une seule pièce, située dans les collines, avec une vue sur la rivière Ohio. Mme Temple serait son institutrice pendant de nombreuses années. Elle enseignait les huit niveaux à des élèves âgés de six à quinze ans. À l’école, Billy n’apprit pas seulement à lire, écrire et compter. Soudain, sa vision du monde s’élargit. Alors qu’il était assis en classe, il eut le temps de se comparer aux autres enfants. La différence lui sauta aux yeux. Ses camarades étaient des enfants de la campagne comme lui, mais ils portaient tous de beaux vêtements et des chaussures qui leur allaient. Et ils portaient tous des chemises. Pour dîner, ils mangeaient des sandwichs et avaient des biscuits ou du gâteau pour le dessert. Billy, lui, mangeait des haricots ; et certains jours, il ne mangeait rien du tout. Il commença à réaliser que sa famille était pauvre. Dès le début, Billy fut traité d’étranger par les garçons plus âgés. Ils l’appelaient « mangeur de maïs » et se moquaient de lui parce qu’il parlait avec le drôle d’accent typique des montagnards du Kentucky. Et ils se moquaient de son aspect déguenillé. Quelques semaines après le début de l’école, Billy et d’autres garçons de son âge décidèrent de passer un après-midi à pêcher à l’étang de glace, derrière la cabane des Branham. Ils l’appelaient l’étang de glace parce que, chaque hiver, M. Wathen y coupait des
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blocs de glace, les mettait dans de la sciure, puis les utilisait l’été dans les glacières de sa laiterie. Billy était excité à l’idée que les garçons l’associent à leurs plans. Non seulement il adorait la pêche, mais encore il désirait ardemment faire « partie de la bande. » Après l’école, Billy courut chez lui, pressé de descendre sa canne à pêche, fabrication maison, de la mezzanine. Ses espadrilles étaient trop petites et une ampoule douloureuse s’était formée sur son gros orteil. Toute la journée, à l’école, son ampoule l’avait dérangé. Chaque fois qu’il bougeait le pied, son orteil lui faisait si mal qu’il ne pouvait se concentrer sur ses travaux d’école. Maintenant, dans sa hâte et son excitation, il oublia la douleur. Il se rua dans la cabane et avait à peine posé un pied sur l’échelle qu’une main ferme l’agrippa à l’épaule. Son père le retourna vers lui. « Billy, j’ai un travail important à te confier cet après-midi. Je veux que tu charries de l’eau aux distilleries pour moi. » Le cœur de Billy se serra. « Mais Papa, j’allais pêcher avec mes copains, cet après-midi. » « Tu pourras aller pêcher demain. Je prévois de produire une bonne quantité d’eau de vie et j’ai du retard. Je dois avoir assez d’eau dans le hangar pour garder les échangeurs froids. Tu es assez grand pour travailler et j’ai besoin de ton aide. Les seaux sont à la grange, près de la pompe. Maintenant, monte changer de vêtements. Je serai dans le hangar en train de préparer les alambics pour la production. » Lentement, Billy se mit à grimper l’échelle, tournant la tête afin que son père ne voie pas ses larmes. « Et rappelle-toi, garde ça pour toi. N’en dis rien à personne. » « Oui, Papa. » Même si la prohibition nationale n’allait pas être votée avant 1919, certains États avaient adopté des lois interdisant l’alcool dès 1906. En 1916, l’Indiana était déjà un État « sec ». Charles ne pouvait se passer de son whisky. Puisqu’il n’avait pas les moyens de s’en procurer au marché noir, lui et un voisin, M. Dornbush, construisirent leur propre distillerie dans le hangar derrière la
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maison pour préparer leur boisson. Après avoir vendu leur surplus à des voisins assoiffés et empoché un petit peu d’argent, ils avaient décidé de construire une autre distillerie. Ce soir-là, ils allaient faire fonctionner les deux distilleries et il fallait que tout soit prêt. Billy demeura longtemps assis sur sa paillasse, sentant, dans son orteil, des élancements provoqués par l’ampoule à chaque battement de son cœur. Finalement, il trouva la force de se changer. Avec un grand soulagement, il enleva ses chaussures. Il troqua ensuite son pantalon d’école pour sa vieille salopette. Celle-ci n’avait plus de bretelles, alors, elle tenait par des ficelles, avec des clous en guise de boutons. Les clous entraient facilement dans les boutonnières et une fois qu’ils étaient tournés sur le côté, ils n’en ressortaient pas. Ensuite, il se fit une attelle avec un épi de blé qu’il attacha sous son gros orteil afin de le relever pour le protéger de la poussière. Lentement, il descendit l’échelle et boitilla jusqu’au puits situé en bas de la colline, près de la grange. Deux seaux à mélasse étaient posés à côté de la pompe. Billy les remplit. Chaque seau contenait un demi-gallon [2 L] d’eau et c’était tout ce que ses muscles de sept ans pouvaient soulever par les poignées de ficelle. L’après-midi était chaud et parfaitement calme. Il n’y avait pas un souffle d’air qui ondulait l’herbe sèche toute jaune. Comme il descendait le sentier, Billy entendit des rires venant de l’étang de glace, pas très loin de là. Ses copains étaient déjà là, pêchants, racontant des plaisanteries, s’amusant bien. La déception de Billy explosa en un torrent de larmes. À mi-chemin de la colline, près du jardin, Billy s’assit à l’ombre d’un grand peuplier argenté. Des traces de boue maculaient ses joues, là où les larmes avaient coulé. Il gémit : « N’est-ce pas horrible ; tous ces garçons qui sont là, à la pêche, pendant que je reste à la maison à charrier de l’eau. » Il entendit alors un son, comme le bruissement du vent dans les feuilles, whoossssh. Mais Billy ne sentait pas de brise. Il pensa : « Qu’est-ce que c’est ? » et il regarda alentour. Les feuilles, qui venaient de tourner au brun, étaient parfaitement immobiles. Il ne pouvait percevoir nulle part
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le moindre souffle. Il continua à maugréer : « Leurs papas ne font pas cela. Pourquoi devrais-je charrier de l’eau à ces distilleries ? » Il entendit à nouveau le bruissement des feuilles. Bondissant sur ses pieds, il regarda les branches au-dessus de lui, mais ne vit rien bouger. Il rouspéta encore un petit peu, puis prit les seaux et commença à monter le sentier, son « attelle » laissant des traces bizarres derrière lui. Il n’avait marché que sur une petite distance lorsqu’il entendit à nouveau ce bruit, whoossssh, plus fort qu’avant. Billy se retourna et, cette fois, il le vit. Un tourbillon de vent tournoyait dans les branches à mi-hauteur de l’arbre. Ce phénomène, en soi, n’était pas étrange. Les tourbillons étaient chose commune, en automne. Il en avait souvent vu parcourir les champs, soulever un tas de feuilles, puis les faire tourbillonner un peu plus loin. Mais, ces tourbillons étaient toujours en mouvement et ils se déplaçaient. Ce tourbillon semblait pris au même endroit. Fasciné, Billy regardait les feuilles vertes, brunes et or bruire et tournoyer. Soudain, une voix s’échappa de l’arbre, une voix profonde et sonore qui dit : « Ne bois jamais, ne fume ni ne souille ton corps d’aucune façon. Il y aura un travail à faire pour toi lorsque tu seras plus âgé. » Billy entendit ces mots aussi distinctement que si cela avait été son père qui lui parlait, mais ce n’était pas la voix de son père. Il n’avait jamais entendu une voix aussi impressionnante. Laissant tomber ses seaux, il se mit à courir vers la cabane en criant de toutes ses forces. Ella le prit dans ses bras. « Billy, que se passe-t-il ? Tu t’es fait mordre par un serpent ? » Elle pensait que son fils avait peut-être marché sur la tête d’une vipère cuivrée, un serpent venimeux de la région, en passant près du jardin. « Non, Maman » balbutia-t-il tout en pointant le bas de la colline en direction du jardin. « Il y a un homme dans cet arbre, là-bas. » « Oh, Billy, Billy. Allez, t’es-tu arrêté et t’es-tu endormi ? » « Non, Maman. Il y a un homme dans l’arbre et il m’a dit de ne jamais boire ni fumer. »
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Ella rit de cela. Elle serra son fils dans ses bras et l’embrassa sur le front pour le calmer. Mais Billy restait surexcité et ne se calmait pas. Elle le mit donc au lit et courut chez le plus proche voisin qui avait le téléphone pour appeler un médecin. Après avoir entendu l’histoire, le docteur dit : « Ce garçon est seulement nerveux. Ça lui passera. » Ce soir-là, au souper, Billy répéta son histoire. « Il y a un homme dans cet arbre et j’ai entendu ce qu’il m’a dit. Et je ne passerai plus jamais là-bas. » Et il n’y retourna plus jamais. À partir de ce jour-là, chaque fois qu’il devait aller à la grange, il contournait le peuplier et passait à l’extrémité du jardin.
DEUX SEMAINES PLUS TARD, Billy et Edward étaient devant la cabane en train de jouer aux billes sous le pommier, lorsque, soudain, Billy sentit quelque chose d’étrange venir sur lui, une pression qui le fit frissonner, comme si une sorte d’énergie invisible l’avait entouré. Il leva les yeux. C’était comme si la rivière Ohio lui semblait plus proche qu’auparavant. Alors que Billy regardait en aval de la rivière vers Jeffersonville, le paysage changea devant ses yeux. Un pont se formait de la berge jusqu’à l’autre côté de la rivière, pièce par pièce, la construction avançait de façon accélérée. Ce n’était pas comme les ponts bas et plats qu’il avait traversés en venant habiter en Indiana. Ce pont avait l’air immense, avec de grands arcs de fer sur le dessus. Billy n’avait jamais rien vu de pareil. Regardant de plus près, il aperçut des hommes qui travaillaient très haut dans la superstructure. Puis, il vit une travée se briser. Des hommes tombèrent du haut des arcs, comme au ralenti. Billy les compta alors qu’ils tombaient. Il vit seize hommes disparaître dans l’eau trouble. Laissant tomber son sac de billes, Billy partit en direction de la maison en hurlant. Ella fit de son mieux pour le calmer. Lorsqu’il put enfin raconter ce qui s’était passé, elle dit : « Billy, tu as seulement rêvé. » Billy insista : « Non Maman, j’ai eu un pressentiment, puis j’ai regardé vers la rivière et j’ai tout vu ! Oh ! Maman, j’ai peur. »
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Charles donna son opinion. « Le garçon est seulement nerveux, comme l’a dit le médecin. » Mais Ella n’en était pas si sûre. Elle se souvenait d’un certain jour, il y a quatre ans, où Billy avait bredouillé quelque chose à propos d’un oiseau lui disant qu’ils allaient habiter près de New Albany. Chose étrange, cela s’était révélé vrai. Un pont sur la rivière ? Seize hommes qui mouraient ? Et si, un jour, ça arrivait ? Ella nota l’incident en pensant : « On verra bien. »
Chapitre 3
L’opprobre de la pauvreté
1916 — 1917
L « ÉCOLE ÉLARGIT la perception de Billy de plusieurs manières. Il apprit qu’il y avait un monde au-delà des vertes collines de l’Indiana et du Kentucky, un monde en guerre. Il entendit des noms de pays dont il ne connaissait pas l’existence : Allemagne, Autriche, Hongrie, et il apprit comment ces pays avaient formé une alliance contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Même si, à l’automne 1916, les États-Unis d’Amérique maintenaient leur politique de neutralité, Mme Temple gardait ses élèves au courant des affaires étrangères. Elle amenait souvent en classe des articles de journaux sur la guerre et les lisait aux enfants. Les récits à propos de fantassins, de généraux qui donnaient des ordres, de batailles acharnées et de héros romantiques excitaient l’imagination de Billy. Parfois, il passait la moitié de sa pause de midi à étudier les photos de soldats qui étaient reproduites dans les journaux. Il lui arrivait même de voir des soldats au centre-ville de Jeffersonville. Leurs beaux uniformes enflammaient l’imagination du petit Billy de sept ans et le faisaient rêver de devenir soldat lui aussi. Lloyd Ford, un copain d’école de Billy, avait gagné un uniforme scout en vendant des exemplaires du magazine L’éclaireur durant l’été. Lloyd le portait souvent pour aller à l’école, ce qui faisait envie à Billy. Avec son écusson devant, son grade cousu sur les manches, son chapeau de style militaire et les bandes le long de chaque jambe de pantalon, l’uniforme scout de Lloyd Ford ressemblait exactement à ce que Billy désirait comme vêtement. Si jamais il avait la chance de porter un tel uniforme, il savait qu’il se sentirait très important.
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Un jour, Billy rassembla assez de courage pour demander : « Lloyd, lorsque ton uniforme ne t’ira plus, veux-tu me le donner ? » Lloyd répondit : « Bien sûr, Billy, je te le donnerai. » Vers la fin octobre, la température baissa. Tous les matins, les champs étaient recouverts de gelée qui fondait rarement avant dix heures. Billy, qui n’avait toujours pas de chemise, grelottait, en courant le long de l’Utica Pike. S’il arrivait à l’école assez tôt, il pouvait s’asseoir près du poêle à charbon et se réchauffer avant de gagner sa place habituelle, avant le début de la classe. Mme Wathen, la femme du patron de Charles, devait l’avoir vu courir à l’école la poitrine nue, car, un jour, elle lui donna un manteau de seconde main avec un écusson en forme d’aigle sur le bras. Aimant le luxe de posséder un manteau si chaud, Billy le portait chaque fois qu’il jouait ou travaillait à l’extérieur de la cabane. À l’école, il attachait son manteau jusqu’au cou pour empêcher les autres enfants de voir qu’il ne portait pas de chemise dessous. La nuit, dormant dans la mezzanine, Billy et ses jeunes frères pouvaient voir les étoiles briller entre les bardeaux du toit. Lorsqu’il commença à neiger, Ella recouvrit ses garçons d’une toile pour les garder au sec pendant qu’ils dormaient. Le matin, la toile était couverte de neige. Ella préparait le déjeuner avant que les garçons se lèvent : du gâteau sec avec de la mélasse. Un matin, elle alla vers l’échelle et appela : « Billy ! Edward et toi descendez déjeuner. » Billy répondit : « Maman, je ne peux pas voir. J’ai quelque chose dans les yeux. » Les paupières de Billy étaient collées ensemble à cause de l’air froid qui avait circulé dans la mezzanine durant la nuit. Ella lui dit : « Tu as quelque chose dans les yeux. Attends un instant, je vais chercher la graisse de raton. » Chaque fois que Charles tuait un raton, il séparait le gras de la viande et Ella le faisait bouillir pour en faire du lard, qu’elle gardait dans une boîte de conserve. La graisse de raton était la panacée de la famille. Ella en frictionnait ses enfants pour un mauvais rhume, avec de la térébenthine et du pétrole de lampe. Ils l’avalaient
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lorsqu’ils avaient mal à la gorge. Cette fois, Ella massa les paupières des garçons avec de la graisse de raton chaude jusqu’à ce qu’ils puissent ouvrir les yeux. Billy et Edward se rendaient à l’école dans la neige, parfois en suivant les traces d’un traîneau, parfois en enjambant les amoncellements de neige. Ils arrivaient à l’école les pantalons trempés jusqu’aux genoux. Heureusement, leurs souliers et leurs pantalons avaient le temps de sécher jusqu’à l’heure du dîner. Ils transportaient toujours leur repas de midi ensemble dans un seau à mélasse vide. Ella y mettait un petit pot de légumes verts, un autre plein de haricots, deux morceaux de pain de maïs qui restaient du déjeuner et deux cuillères. Billy pouvait sentir le pain cuit au four pour les repas des autres enfants, cela sentait si bon. Il savait que ces enfants mangeaient des sandwichs et des biscuits pour dîner et il avait honte de les laisser voir ses modestes haricots et galettes de maïs ; alors, Billy et Edward descendaient à la rivière, s’asseyaient sur un billot, déposaient leurs petits pots entre eux pour manger à l’abri des regards. Billy prenait, le premier, une cuillerée de haricots, ensuite, c’était au tour d’Edward de planter sa cuillère, puis, de nouveau, le tour de Billy et ainsi de suite, jusqu’à ce que les pots soient vides et équitablement partagés entre les deux. Peu de temps avant Noël de 1916, Mme Temple montra aux enfants comment utiliser des bandes de papier bleu, rouge et blanc, pour en faire des guirlandes à emporter à la maison pour les suspendre à leur sapin de Noël. Charles n’avait encore jamais eu de sapin de Noël dans sa maison, mais, lorsqu’Ella vit les décorations de ses fils, elle décida que ce serait différent cette année-là. Emportant une hache dans la forêt, Ella ramena à la maison, un petit cèdre touffu. Elle l’entoura des deux guirlandes de papier, mais trouva qu’il était trop dégarni. Comme, pendant l’été, Charles avait fait pousser du maïs au jardin, Ella pensa que c’était le moment idéal pour l’utiliser. Elle fit du maïs soufflé dans une bouilloire qu’elle agitait au-dessus du feu. Avec un fil et une aiguille, elle enfila le maïs soufflé en une longue chaîne qu’elle enroula plusieurs fois autour du sapin, jusqu’à ce qu’elle trouve que son petit cèdre ressemblait à un vrai arbre de Noël.
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La résidence de M. Otho H. Wathen (à l’arrière) et l’étable (au premier plan)
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M. Wathen avec l’équipe de baseball Les Colonels en 1916
Après qu’elle eut décoré l’arbre, il restait encore du maïs soufflé. Alors, Ella le mit dans un seau à mélasse vide et l’envoya à l’école avec Billy et Edward, comme gâterie pour le dîner. Les deux garçons mirent la boîte de leur repas au vestiaire, là où les autres enfants accrochaient leur manteau. (Billy portait encore son manteau toute la journée, même en classe.) Vers dix heures, Billy se mit à penser à ce maïs soufflé. Quel goût cela pouvait-il bien avoir ? Puis il pensa : « Pourquoi n’en prendrais-je pas une poignée avant le dîner ? » Alors, il leva la main et demanda à Mme Temple s’il pouvait aller aux toilettes. Elle dit oui. En traversant le vestiaire, Billy souleva le couvercle du seau, prit une grosse poignée de maïs soufflés, puis remit le couvercle en place. Il sortit derrière la cheminée de briques et dégusta son maïs soufflé, bouchée après bouchée, chacune plus délectable que la précédente. Après cela, il fit bien attention de s’essuyer les mains et la figure avant de rentrer, afin que personne ne découvre sa supercherie. À la pause de midi, Billy et Edward allèrent à la rivière pour manger sur leur billot. Ils voulaient tous les deux manger le maïs soufflé en premier. Lorsqu’ils ouvrirent le seau, ils virent qu’il manquait le tiers du maïs soufflé. Edward regarda Billy avec un
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étonnement innocent et dit : « Quelque chose est arrivé au maïs soufflé. » Billy essaya d’avoir l’air aussi étonné que son frère. « Ça, c’est sûr. » Edward ne soupçonna jamais la vérité. Les garçons suspendirent leur chaussette, la veille de Noël. Le lendemain matin, chacun trouva une orange et trois bonbons dans sa chaussette. Billy pensa : « Le père Noël est vraiment un chic type, pour m’apporter tout ça ! » Il mangea son orange le jour de Noël, mais garda les pelures sèches dans ses poches pendant des semaines, les suçant comme un bonbon. Un jour de janvier 1917, Billy remarqua que Lloyd Ford n’avait pas porté son uniforme scout depuis les vacances de Noël. Il demanda : « Lloyd, qu’est-il arrivé à ton uniforme scout ? » Lloyd dit : « Oh, je suis désolé, Billy, j’ai oublié que tu le voulais. Je vais demander à ma mère. » Le lendemain matin, Lloyd rapporta de mauvaises nouvelles. « Ma mère a pris le manteau et en a fait un coussin pour le chien. Et elle a utilisé une jambe de pantalon pour rapiécer les pantalons de mon père. Il ne reste plus que l’autre jambe. » Loin d’être embarrassé, Billy dit : « Alors, apporte-la moi. » Billy était désormais le fier propriétaire d’une jambe de pantalon d’un vieil uniforme scout, avec une bande d’un côté et une ficelle pour la retenir de l’autre. Il avait tellement envie de porter cette jambe de pantalon pour aller à l’école, mais il ne savait pas comment faire. Alors, il la glissa dans sa poche, ainsi prête quand l’occasion se présenterait. Il n’eut pas à attendre longtemps. Une énorme tempête d’hiver déchargea sa furie blanche sur la campagne de l’Indiana. Certaines congères de neige avaient plus de dix-sept pieds [5 m] de haut. Puis, il tomba une neige fondante qui laissa une couche de glace sur les arbres et la neige, créant ainsi des conditions parfaites pour faire de la luge. Les élèves d’Utica Pike passaient maintenant leur récréation de midi à faire de la luge sur une grande colline tout près. Tous les enfants avaient des luges
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achetées au magasin ; tous, sauf Billy et Edward. Billy se souvint d’une vieille bassine de métal qu’il avait vue dans un dépotoir près de la rivière. Il alla la chercher et, bientôt, Billy et Edward se joignirent aux autres enfants au sommet de la colline. Ils s’assirent dans la vieille bassine, Billy derrière, entourant de ses jambes Edward qui était devant, et ils dévalèrent la colline en tournoyant. C’était vraiment amusant, mais le fond rouillé de la bassine finit par céder. Ils durent donc trouver autre chose pour faire une luge. Cette fois-ci, ils transformèrent un billot de bois, le taillant jusqu’à ce que l’avant ressemble vaguement à un patin de luge. La neige était juste assez glacée pour que ça marche. Les deux garçons dévalèrent, alors, à vive allure les pentes les plus raides de la colline, à bord de leur luge de fortune. À la fin d’une descente, les garçons chutèrent durement au bas de la colline. Billy se releva avec de la neige dans le manteau et une douleur sourde dans la jambe. Les enfants se rassemblèrent autour de lui, demandant s’il allait bien. « Oh, je me suis fait mal à la jambe », grogna-t-il. Soudain, il eut une idée. « Cela me rappelle que j’ai une jambe de mon uniforme scout dans ma poche. Ça me fera un bon bandage. » Sortant la jambe de pantalon de sa poche, il enfila sa basket à travers et l’arrangea autour de sa jambe avec de la ficelle. Au même moment, la cloche de l’école sonna, appelant les enfants en classe. Cet après-midi-là, Mme Temple demanda à Billy de venir au tableau. Il se tenait de côté en travaillant sur le problème, espérant que les autres enfants ne remarqueraient pas qu’il portait l’uniforme uniquement sur une jambe. Mais, naturellement, tout le monde le remarqua. Les rires étouffés se transformèrent bientôt en éclats de rire. Billy commença à pleurer et Mme Temple l’envoya à la maison plus tôt que d’habitude. En avril, Mme Temple amena un journal de Louisville dont le titre principal était, LES ÉTATS-UNIS DÉCLARENT LA GUERRE À L’ALLEMAGNE. Elle lut l’article à haute voix, expliquant comment, le 18 mars 1917, des sous-marins allemands avaient coulé trois navires marchands américains, forçant le
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président Woodrow Wilson à mettre fin à la neutralité de l’Amérique. Les États-Unis étaient maintenant en guerre. En dehors de l’école, les chênes bourgeonnaient. Les jours étaient de plus en plus chauds. L’après-midi, Billy suffoquait dans son épais manteau d’hiver. Ses orteils sortaient maintenant par des trous au bout de ses baskets. Un jour, Mme Temple remarqua que les élèves assis en arrière faisaient des grimaces et se pinçaient le nez comme si quelque chose sentait mauvais. Elle se demanda si cela avait quelque chose à voir avec le jeune William Branham. Pourquoi ce garçon insistait-il à porter son manteau par un après-midi si chaud ? Elle dit : « William, pourquoi n’enlèves-tu pas ton manteau ? N’as-tu pas chaud ? » Le cœur de Billy sembla s’arrêter de battre. Il ne pouvait enlever son manteau ; il n’avait pas de chemise ! « Non madame, j’ai juste un petit peu froid. » Elle en fut surprise. « Tu as froid par une journée pareille ? » « Oui, madame. » Elle dit : « Tu devrais alors t’approcher et t’asseoir près du feu. » Billy avait gardé son secret tout l’hiver et il n’était pas près de le partager maintenant. Il se leva donc à contrecœur et plaça sa chaise près du poêle, alors que Mme Temple ajoutait une pelletée de charbon. La sueur perlait sur son front et dégoulinait sur son visage. Mme Temple demanda : « William, as-tu toujours froid ? » « Oui, madame. » Elle secoua la tête. « Tu dois être malade. Tu ferais mieux de retourner chez toi. » Billy demeura à la maison plusieurs jours, se demandant comment il pourrait se procurer une chemise pour retourner à l’école. Sa tante, la sœur de son père, vivait de l’autre côté de la colline, non loin de leur cabane. Elle avait une fille de l’âge de Billy. Elles leur avaient récemment rendu visite et sa jeune cousine avait laissé une robe. Malgré le fait qu’elle avait un petit galon décoratif
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devant et derrière, Billy décida de transformer cette robe en chemise. Il coupa une bonne partie de la jupe et rentra le reste dans son pantalon. Puis il se regarda dans le miroir cassé, accroché au pommier derrière la cabane. Il secoua la tête et se croisa les doigts. Lorsque les écoliers virent le galon sur sa poitrine, ils se moquèrent : « C’est une robe de fille. » « Non, pas du tout, insista Billy, c’est mon costume d’Indien ! » Cette remarque les fit rire encore plus fort et ils se moquèrent sans pitié. « Billy Branham porte une robe de fille. Quelle poule mouillée ! » Malgré leurs moqueries, Billy porta cette chemise tous les jours jusqu’aux vacances d’été. Il ne pouvait pas faire autrement. C’était la seule chemise qu’il possédait.
Charles et Ella Branham avec les enfants Donny et Fay Delores
Chapitre 4
Battu sans pitié
1922 — 1923
L E 5 MAI 1923, Ella Branham accoucha de son huitième fils, Howard Duffy. Il rejoignit Charles Junior, quatre ans ; Jesse, sept ans ; Edgar, neuf ans ; Melvin, onze ans ; Henry, douze ans ; Edward, treize ans ; et William, qui avait maintenant quatorze ans. Charles Branham avait de plus en plus de peine à nourrir ses huit enfants, spécialement les mois d’hiver. En hiver 1922-23, Billy commença à faire le trappeur pour aider à mettre de la nourriture sur la table. Dans les forêts qui se trouvaient sur les terres de M. Wathen, rats musqués, opossums, lièvres, castors et moufettes pullulaient. Chaque matin à deux heures, Billy sortait avec sa lanterne pour aller inspecter ses trappes et rentrait souvent à la maison juste à temps pour partir à l’école. Et parce qu’il n’avait pas de vêtements de rechange, il s’asseyait souvent en classe en sentant la moufette qu’il venait de dépouiller, pour le plus grand dégoût des autres élèves. Mais ses efforts supplémentaires aidaient sa famille. Lorsqu’il attrapait un lapin, il pouvait le vendre pour 15 cents [0,11 €], puis acheter une boîte de balles .22 et tuer encore trois ou quatre lapins. Sa mère servait alors un lapin au souper, avec de la sauce brune et du gâteau sec. Le reste, Billy le vendait en ville et utilisait l’argent pour acheter du maïs ou de la farine de blé. Les expéditions en ville déprimaient souvent Billy. La famille Branham avait mauvaise réputation dans la région de Jeffersonville et, plus d’une fois, des gens avaient changé de trottoir pour éviter Billy. Certaines personnes parlaient à Billy pour autant qu’on ne les voie pas, mais, dès que quelqu’un approchait, la personne qui parlait à Billy le quittait et s’éloignait. Ça faisait mal. Billy savait que son
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père et ses oncles étaient des gens durs, fumant, chiquant du tabac, jouant à l’argent, buvant et fabriquant illégalement de l’alcool, mais Billy pensait amèrement « Qu’est-ce que j’ai fait ? Je ne suis pas coupable de cela. Je n’ai jamais bu de ma vie. Pourquoi est-ce à moi qu’on fait payer cela ? » Ce n’est pas que Billy n’ait jamais essayé de boire. Un dimanche matin de printemps, Billy et Edward marchaient le long de la rivière avec leur père et M. Dornbush, le voisin qui avait fait la soudure aux distilleries de Charles. Les deux garçons envisageaient de prendre leur vieux canot qui prenait l’eau pour remonter et descendre la rivière à la recherche de bouteilles de verre vides. Charles avait toujours besoin de bouteilles pour sa bière maison et il les payait un bon prix, cinq sous pour une douzaine. M. Dornbush aimait bien Billy, alors Billy essayait de l’impressionner, espérant qu’il lui prêterait son canot étanche pour la matinée. Le bateau de Billy n’avait pas de gouvernail, si bien qu’il était difficile à manœuvrer quand il y avait beaucoup de courant. En guise de rames, Billy devait utiliser deux vieilles planches ; il ramait maladroitement d’un côté du bateau, tandis qu’Edward faisait de même de l’autre bord. Près de la rivière, un arbre était couché en travers du sentier. Charles passa une jambe par-dessus l’arbre, mais, au lieu de l’enjamber, il s’appuya contre une branche et dit : « Arrêtons-nous ici un moment. » Sortant un petit flacon plat de whisky de sa poche revolver, il en prit une gorgée puis le tendit à M. Dornbush. M. Dornbush en prit aussi, puis le redonna à Charles qui le mit entre des racines retournées. Pour Billy, c’était un moment comme un autre pour demander une faveur. « M. Dornbush, pensez-vous que mon frère et moi pourrions emprunter votre canot pour la matinée ? » « Certainement, Billy. Il n’y a pas de problème. » Tout excité, Billy pensa : « Voilà enfin quelqu’un qui m’aime bien. »
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Charles reprit une lampée de whisky et passa de nouveau le flacon à son ami. Lorsque celui-ci eut étanché sa soif, il tendit la bouteille à Billy en disant : « Tiens Billy, prends-en une gorgée. » Billy dit : « Non merci, je ne bois pas. » M. Dornbush parut étonné. « Veux-tu me dire que tu es un Irlandais et un Branham et que tu ne bois pas ? » Charles acquiesça avec dédain, disant : « J’élève huit garçons, mais il n’y a qu’une poule mouillée parmi eux et c’est Bill. » Billy s’emporta. « Moi, une poule mouillée ? » Il eut un mouvement de recul à cette idée. « J’en ai assez de me faire traiter de poule mouillée. Passez-moi cette bouteille. » Billy l’arracha des mains de l’homme, tira le bouchon et la porta à ses lèvres avec une détermination féroce. Il allait commencer à boire, mais, avant même qu’une seule goutte de whisky coule dans sa bouche, il entendit comme un bruissement dans les feuilles, whoossssh. Sa main s’arrêta, le goulot encore aux lèvres. Whoossssh. Ce n’était pas son imagination ; il l’entendait aussi clairement que la conversation autour de lui. Whoossssh. Sa mémoire lui rappela brusquement cette voix qu’il avait entendue dans le peuplier, lui commandant « Ne bois jamais, ne fume, ni ne souille ton corps d’aucune façon. Il y aura un travail à faire pour toi quand tu seras plus âgé. » Terrifié, Billy laissa tomber la bouteille par terre et partit en courant à travers champs, versant des larmes amères de frustration et de confusion. Charles ricana : « Tu vois, je te l’avais bien dit ; celui-là est une poule mouillée. » Quelle que fût la direction prise par Billy, il se heurtait à la cruauté de la vie. Il poursuivit sa formation scolaire jusqu’à la septième année. C’était comme gravir une colline avec des béquilles. Le système scolaire rural exigeait que les élèves fournissent eux-mêmes leurs livres et leur matériel scolaire. Les parents de Billy n’avaient pas d’argent pour les crayons et le papier, sans compter les livres. Alors, chaque fois que Billy devait étudier ses leçons, il devait emprunter le livre d’un autre élève.
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Le programme scolaire de l’époque était conçu pour modeler autant le caractère moral de l’élève que son intelligence. Une leçon toucha profondément Billy ; c’était une étude sur le poème L’Hymne à la vie de Longfellow. Ne me dites pas encore avec langueur, De la vie qu’elle n’est qu’un rêve vide ! Car l’âme qui sommeille déjà est éteinte, Et aux apparences il ne faut se fier.
La Vie est réelle ! La Vie est intense ! Et le tombeau n’est pas son but ; Tu es poussière et à elle tu retourneras, N’a pas été dite concernant l’âme.
Ni les plaisirs ni les chagrins, Sont de notre destinée l’accomplissement ; Mais d’agir pour que chaque lendemain Nous trouve plus loin qu’aujourd’hui.
L’Art demeure, mais le temps fuit, Et nos cœurs, quoique braves et forts Battent tels les coups assourdis d’un tambour Une marche funèbre vers la tombe.
Dans le vaste champ de bataille, Dans le bivouac de la Vie, Ne soyez pas comme du bétail muet et conduit ! Soyez héros dans la querelle !
Ne faites pas confiance au futur, même s’il est agréable ! Laissez le défunt passé enterrer ses morts ! Agissez, agissez dans le présent vivant ! Le cœur engagé et Dieu qui veille !
Battu sans pitié | 41
La vie des grands hommes nous rappelle
Que nous pouvons rendre nos vies sublimes,
Et, partant, laisser derrière nous
Des traces dans les sables du temps ;
Empreintes que peut-être un autre,
Naviguant sur le solennel canal de la Vie,
Un frère triste et naufragé,
En les voyant, prenne courage à nouveau.
Montrons-nous donc à la hauteur,
Le cœur prêt pour chaque saison ;
Accomplissant, poursuivant toujours,
Apprenant à travailler et à attendre.
Ce poème inspirait Billy. Même dans ses rêves les plus fous, il ne pouvait imaginer les profondes empreintes que sa vie laisserait dans les sables du temps. Pour le moment, le poème de Longfellow chantait une chanson d’espoir dans une terre aride. Ces paroles élevées parlaient au cœur de Billy, encourageant cet adolescent de quatorze ans désillusionné, qui luttait pour comprendre toutes les injustices qu’il voyait dans sa vie. Les garçons plus âgés le harcelaient et se moquaient de lui continuellement, parce qu’il venait du Kentucky, parce qu’il était pauvre, parce qu’il était petit pour son âge, parce qu’il était différent. Maintenant, Billy comprenait la raison pour laquelle sa famille était si pauvre ; son père avait un problème, il buvait. Un jour que les enfants de l’école se moquaient de lui parce qu’il était vêtu de haillons, Billy lut, dans un manuel d’histoire, un épisode à propos d’Abraham Lincoln qui débarquait d’un bateau à La Nouvelle-Orléans et qui passait par un marché d’esclaves. Selon le récit, Abraham Lincoln vit un blanc qui faisait une offre pour acheter un grand gaillard noir costaud, alors que la femme et les enfants de l’esclave se tenaient à côté et sanglotaient. Lincoln frappa des mains et dit : « Ceci est mal ! Et un jour, je ferai cesser cette chose, même si je dois y laisser ma vie. » Billy remit le manuel
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d’histoire en place et pensa : « Boire, c’est mal aussi ! Et un jour, je
ferai cesser cela, même si j’y laisse ma vie ! »
Mais rien n’enflamma plus son imagination que ce qu’il lut au
sujet du désert d’Arizona, dans son livre de géographie de première
année. Il rêva d’y être, rêva d’aller à cheval et de galoper dans ces
grands espaces parsemés de cactus. Ça avait l’air si romantique, si
apaisant, tellement idyllique. Le poète en lui s’émouvait, mais il
n’avait rien sur quoi écrire ses pensées ; alors, il emprunta une
feuille de papier à son voisin et écrivit :
Je me languis, me languis tellement
de ce Sud-Ouest lointain,
Là où les ombres tombent
par-delà les crêtes des montagnes.
Je peux y voir un coyote dissimulé
dans le crépuscule bleuté ;
Je peux y entendre le cri de l’aigle,
qui surplombe les pâturages.
Et quelque part du haut d’un canyon,
Je peux entendre du lion le gémissement,
Dans ces lointaines montagnes Catalina,
aux frontières de l’Arizona.
Malheureusement, le harcèlement des garçons plus âgés allait plus loin que juste la moquerie. Après l’école, ils se liguaient contre lui régulièrement. Même s’il était petit pour son âge, Billy était courageux et avait assez de tempérament pour se battre contre une scie mécanique. Les garçons le jetaient par terre et il se relevait. Ils le frappaient donc jusqu’à ce qu’il n’ait plus la force de se relever. Plusieurs fois, il dut aspirer son souper avec une paille, parce que sa bouche était trop meurtrie pour manger de la nourriture solide. Un jour de printemps 1923, Billy raccompagna une fille de l’école chez elle en portant ses livres. Sur le chemin de retour à la cabane, cinq costauds l’attendaient. Ils l’envoyèrent dans la poussière. L’un d’eux ricana : « Pourquoi est-ce que tu vas avec
Battu sans pitié | 43
cette fille ? » Un autre se moqua : « Ouais, nous ne voulons pas que tu ailles avec elle, sale petit sauvage du Kentucky. » Ils savaient que Billy était né au Kentucky et que sa mère était à demi indienne, ce qui faisait d’elle une squaw, alors, ils le raillaient en l’appelant le sauvage du Kentucky. À cette insulte, Billy sauta sur ses pieds et fonça sur eux, les poings battant l’air. Mais cinq contre un, c’était trop pour lui. Les brutes luttèrent corps à corps avec lui jusqu’à lui immobiliser les bras. Puis, alors qu’il était sans défense, un garçon prit une pierre et frappa Billy au visage jusqu’à ce qu’il s’affaisse, presque inconscient. Billy les supplia : « Si vous me laissez partir, j’irai directement à la maison, je le promets. » Et comme il était, de toute manière, presque inconscient, ils acquiescèrent. Mais ils le jetèrent d’abord par terre, lui plaquèrent le visage contre le sol puis lui donnèrent des coups de pieds, comme touche finale de leur acte de méchanceté, avant de s’en aller. Billy s’en alla bien directement à la maison, mais pas pour y rester. Il prit sa carabine Winchester de calibre .22 qui était accrochée au-dessus de la porte de la cabane, la chargea de seize balles, puis emprunta un raccourci à travers un fourré pour gagner un endroit de la route où il savait que les cinq garçons passeraient. Il se cacha près de la route et attendit. Bientôt, il entendit des voix. « Cela apprendra à ce “mangeur de maïs” d’aller avec une fille », disait l’un d’eux. Un autre reprit : « Avez-vous remarqué comme il avait l’air effrayé ? » Un autre se moqua : « Ouais, ce sauvage du Kentucky apprendra à se tenir dorénavant. » Sortant de derrière les fourrés, Billy leur barra la route, son fusil, armé, pointé sur eux. Il dit calmement : « Lequel d’entre vous veut mourir le premier afin de ne pas voir les autres mourir ? » Les cinq garçons pâlirent et se mirent à pousser des cris de terreur et d’incrédulité. Billy dit : « Arrêtez de brailler parce que vous allez tous mourir, l’un après l’autre » et il pointa son fusil sur celui qui l’avait frappé avec la pierre : « en commençant par toi. »
44 | Livre Un : Le garçon et ses privations
Il pressa la gâchette. Clic. Le coup ne partit pas. Rapidement, Billy chargea de nouveau, enfonçant une nouvelle balle dans la chambre. Clic, le coup rata de nouveau. Pendant ce temps, les cinq garçons courraient, criants, sautant par-dessus les fossés et contournant les arbres, faisant tout ce qu’ils pouvaient pour s’en aller de là le plus vite possible. Billy, bien décidé à les tuer, continuait à charger son arme et à presser la détente le plus rapidement qu’il pouvait. Clic, clic, clic, clic… Mais toutes les balles firent long feu. Les cinq garçons étaient partis depuis longtemps. Les seize balles de Billy étaient éparpillées sur le sol. Il les ramassa, souffla la poussière qui les recouvrait, puis les remit dans le fusil. Il visa alors un arbre et pressa la détente : crac, crac, crac, crac… Cette fois-ci, tous les coups partirent, claquant en touchant le tronc, faisant voler des morceaux d’écorce dans toutes les directions. Billy se tenait au milieu de la route, bouillonnant de colère. Puis il se mit soudain à rire, un rire dur, dément, qui s’échappait des profondeurs de sa frustration. Il rit tellement que les larmes coulèrent sur ses joues enflées. Lorsque l’année scolaire fut terminée, Billy quitta l’école et n’y revint plus jamais.
Chapitre 5
L’accident de chasse
1923 — 1924
W ILLIAM BRANHAM passa l’été de ses quatorze ans, en 1923, à aider son père à entretenir le jardin et travailler dans les champs. Charles avait deux chevaux sur place, un vieux cheval de trait qui lui appartenait et un plus jeune qu’il avait emprunté à M. Wathen. Comme il avait deux charrues pour labourer, Charles les utilisait toujours les deux à la fois. En juin, Billy et son père labouraient entre les rangées de maïs, lorsque les chevaux commencèrent à hennir et à ruer nerveusement. Billy lutta pour éviter que sa charrue Moldboard ne s’écrase sur les rangées de maïs. Il cria : « Papa, qu’est-ce qui se passe avec ce cheval ? » Le cheval de Charles dansait aussi. Il s’arrêta, s’épongea le front avec son mouchoir à carreaux rouges et blancs et scruta l’horizon. « Fils, il y a une tempête qui arrive. » Billy observa le ciel bleu clair. « Une tempête ? Je ne vois pas de tempête, Papa. » « Tu ne comprends pas, fils. Dieu a donné un instinct à ces chevaux. Ils peuvent sentir cette tempête bien à l’avance. » Ils recommencèrent à labourer, mais ne firent que deux rangées avant que des nuages sombres pointent à l’horizon. Ils eurent juste le temps de rentrer les chevaux à l’écurie, que déjà la pluie tombait à verse. Billy pensait rarement à Dieu, car le sujet n’était pas souvent abordé chez lui, mais ce jour-là, il pensa à Lui et se demanda quels autres instincts Il pouvait bien avoir donnés aux animaux. Pensant à toutes les choses merveilleuses qu’il avait vues parmi les créatures
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des bois, Billy décida que Dieu devait être un type passablement intelligent. Un samedi matin, Billy demanda s’il pouvait passer la journée en ville. Charles lui remit dix cents [0,07 €] pour l’avoir aidé toute la semaine, lui disant : « Ne dépense pas tout cet argent au même endroit, fils. » Billy se rendit chez son cousin Jimmy Poole, à Jeffersonville, en faisant de l’auto-stop. Puis Jimmy, Earnest Fisher et lui allèrent se promener en ville pour dépenser leur argent. Tout en marchant, Billy tâtait la pièce de dix sous [0,07 €] qu’il avait dans sa poche ; il se sentait tellement riche. Il commença par acheter un cornet de crème glacée pour un sou. Après l’avoir mangé, il en acheta et en mangea encore deux. Puis, il alla au magasin de bonbons Schimpff et lorgna la rangée au-dessus des rangées de bocaux remplis de bonbons durs. Billy y était déjà allé et il savait ce qu’il préférait. Il paya deux cents [0,014 €] pour une demi-livre de bonbons forts à la cannelle. Il ne lui restait maintenant plus que cinq cents [0,035 €], juste assez pour deux séances au théâtre Léo. Après avoir regardé des films westerns pendant des heures, Billy rêvait de vivre dans l’Ouest et de devenir un héros dans un ranch. L’apogée de ses ambitions de jeune était d’être un vrai cow-boy avec des jambières, des bottes, un chapeau à large bord et un cheval si fougueux, que personne d’autre que lui ne pourrait le monter. Il avait souvent entendu son père raconter comment il avait débourré des chevaux sauvages lorsqu’il était plus jeune et comment il avait participé à des rodéos, du Kentucky jusqu’au Texas. Billy pensait : « Oh, lorsque je serai un tout petit peu plus âgé, je partirai dans l’Ouest et serai un vrai cavalier. » Billy s’entraînait sur le vieux cheval de trait. Lorsqu’il passait la journée dans les champs avec son père, Billy revenait toujours plus tôt à la maison pour faire ses tâches. Il conduisait son canasson fatigué derrière l’écurie, à l’abreuvoir qui était fait d’un billot que l’on avait creusé au centre. Le cheval y plongeait son museau et buvait l’eau à longs traits, pendant que Billy lui ôtait son harnais et le rentrait à l’écurie. Les abeilles bourdonnaient au-dessus de l’eau. Les jeunes frères de Billy se rassemblaient tout autour. Ils avaient
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pris les poils de la crinière et de la queue du cheval qui restaient dans la brosse et les avaient tressés. Ils appelaient ça un serpent de poils de cheval et ils le faisaient flotter dans l’abreuvoir. Lorsqu’en buvant, le cheval faisait des vagues, le « serpent » remuait et se tortillait comme une vipère cuivrée à la surface de l’eau. Billy traînait une selle de l’écurie et la mettait sur le dos du cheval. Il y avait beaucoup de gratterons qui poussaient autour de l’abreuvoir. Billy ramassait une poignée de ces petites boules piquantes et la mettait sur le dos du cheval avant d’attacher la selle en serrant. Ses frères s’alignaient sur la clôture pour assister au spectacle. Sautant sur le dos du cheval, Billy lui plantait les talons dans les flancs, pour le faire ruer. Le pauvre vieux cheval, qui était épuisé après sa journée de travail, hennissait seulement de douleur et se retournait, soulevant à peine les sabots du sol. Billy se balançait sur la selle d’avant en arrière, imaginant que son cheval était un vrai cheval sauvage de rodéo qui ruait. Il criait : « Regardez-moi, je suis un vrai cow-boy ! » tandis qu’il frappait son cheval sur la croupe avec son chapeau de paille. Tous ses frères riaient et tapaient des mains.
CET AUTOMNE-LÀ, après les moissons, Billy passa de plus en plus de temps dans les bois, pêchant et chassant avec son chien terrier Fritz. Billy aimait son chien et se vantait que Fritz pouvait forcer à se réfugier sur un arbre n’importe quelle bête capable de grimper. Même les moufettes ne pouvaient décourager la fidélité de son chien. Fritz poussait la moufette jusque dans un buisson, puis courait autour du buisson en jappant pour qu’elle ne s’échappe pas. Quand Billy arrivait, il ne lui restait plus qu’à soulever le buisson et à dire : « Attrape, mon gars. » Sans hésiter, Fritz se jetait sur la moufette, sans se préoccuper de l’odeur nauséabonde dégagée par les jets de liquide projetés contre lui. Naturellement, la mère de Billy désapprouvait ce genre de pratique. La chasse et la pêche devinrent bientôt, pour Billy, beaucoup plus qu’un passe-temps. Ses heures passées dans les bois devinrent un refuge contre le monde extérieur, un interlude de paix dans une
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vie rendue oppressante par des circonstances trop dures à supporter. Dans la forêt, Billy ne se sentait plus comme un paria. Il sentait qu’il faisait partie de la vie sauvage, du rythme des saisons, de l’ordre naturel de l’univers. Il sentait qu’il appartenait à ce monde. Billy commença à explorer de plus en plus loin de la maison et, ce faisant, il découvrit Tunnel Mill, une contrée rurale située à 15 milles [24 km] au nord-est de Jeffersonville, près de Charlestown, en Indiana. La région devait son nom à un magnifique moulin à farine qui se trouvait près de Fourteen Mile Creek, la rivière Fourteen Mile. Au début des années 1800, un homme nommé John Work, cherchait un bon endroit pour construire un moulin. Il n’était pas facile de trouver l’endroit parfait. Le courant devait être assez fort et le volume d’eau assez grand pour pouvoir faire tourner la gigantesque roue du moulin, le plus grand nombre de mois possibles durant l’année. John Work remarqua qu’à un certain endroit, la rivière entourait presque complètement une colline de rochers et que son niveau baissait de plus de 24 pieds [7 m]. Il calcula astucieusement que, s’il construisait son moulin en aval de la rivière et qu’il perce un tunnel dans le roc de la colline en amont, à la dynamite, la pente du tunnel créerait un débit d’eau bien assez puissant pour faire tourner la roue du moulin. Le moulin et le tunnel furent achevés en 1820, ce qui valut à la région le nom approprié de Tunnel Mill, le Moulin au tunnel. Trente ans plus tard, le fils de John Work vendit le moulin à Wilford Green, dont la famille l’exploitait depuis lors. C’est la raison pour laquelle, parfois, les habitants de la région appelaient aussi cet endroit Green’s Mill. Isolée de la civilisation, la région de Tunnel Mill pullulait de poissons, chevreuils, opossums, moufettes, ratons, rats musqués, castors, écureuils, arbres, collines, rochers, quiétude et sérénité, en résumé, tout ce que Billy voulait dans la vie. Il se rendait souvent là-bas, montant dans des camions qui faisaient des livraisons entre Jeffersonville et Charlestown. Parfois, il réussissait à convaincre ses deux copains, Jimmy Poole et Sam Adair, à y aller avec lui. D’autres fois, il emmenait Edward et Henry. Ils dormaient habituellement dans une cabane abandonnée et pêchaient leur petit déjeuner directement dans la rivière. À un certain endroit, la rivière était
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profonde de 10 pieds [3 m] et large de 40 pieds [12 m], un endroit rêvé pour se baigner. Billy appela cet endroit le « Trou du castor ». Il prenait une grande corde et l’attachait à une branche d’arbre tendue au-dessus de l’eau. Du rivage, ils se pendaient à la corde, se balançaient au-dessus de l’eau en décrivant un grand arc, puis se laissaient tomber au milieu. Les garçons s’amusaient pendant des heures avec cette corde. Lorsque personne ne pouvait l’accompagner, Billy se rendait seul à Tunnel Mill, en faisant de l’auto-stop. Il pouvait passer des jours à chasser et à pêcher, explorant la forêt au sol accidenté. Au cours d’une de ses randonnées, il découvrit accidentellement ce qui allait devenir sa future retraite. Au détour d’une colline, il se retrouva au pied d’une falaise de calcaire. Un peu plus loin, le sol devenait un ravin d’environ 80 pieds [24 m] de profond. Aux alentours, la forêt était très dense et il y avait un peu partout des blocs de calcaire qui étaient tombés de la paroi. Billy était en train de se frayer prudemment un chemin au pied de la falaise lorsqu’il remarqua un trou de deux pieds [60 cm] de large à ses pieds, presque complètement dissimulé par un buisson. Il se dit tout d’abord que c’était le terrier d’un renard, une fente dans les rochers qui permettait aux animaux de se protéger du froid. Mais une inspection de plus près lui révéla que c’était l’entrée d’une grotte. Billy se tortilla pour y pénétrer, les pieds en avant. Le trou était profond d’environ trois pieds [90 cm], puis le sol était en pente jusqu’à un étroit passage dans la colline, assez haut pour qu’il puisse se tenir debout. L’air était froid et humide. Billy se fraya un chemin le long du boyau et avança un petit peu, mais il se mit à avoir peur. Et s’il tombait dans un trou ? Il n’osait pas aller trop loin dans l’obscurité. Il reviendrait plus tard, mieux préparé. Lorsque Billy retourna dans la région, il apporta des chandelles afin d’explorer la grotte plus loin. Il pénétra dans l’ouverture en se tortillant et descendit la pente glissante en dérapant, jusqu’à l’endroit où il pouvait se tenir debout. Le boyau avait seulement 18 pouces [45 cm] de largeur. Bien que les parois aient été à peu près perpendiculaires, les ombres causées par la flamme dansante de sa bougie accentuaient les angles de cette cavité en calcaire. Le passage
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tourna légèrement vers la droite puis s’élargit un peu. À cet endroit, le sol et le plafond étaient relativement plats, comme si cette partie de la grotte avait été aménagée en habitation pour des humains. Il s’y trouvait même une saillie plate sortant d’un mur qui avait la taille d’un lit. Environ 12 pieds [3,6 m] plus loin, le corridor redevint plus étroit ; le sol et le plafond de la grotte étaient irréguliers et, au plafond, il y avait des morceaux de calcaire acérés qui, quoique solidement pris dans le roc, donnaient l’impression de vouloir tomber à tout moment. Maintenant, Billy se trouvait à environ 25 pieds [7,5 m] de l’entrée de la grotte. Soudain, il s’arrêta et siffla d’étonnement. Devant lui, la grotte s’élargissait en une petite pièce. Au centre de la pièce se trouvait une table formée dans un gros bloc de calcaire. La table était un bloc rectangulaire d’environ trois pieds [90 cm] de haut, trois pieds [90 cm] de large et quatre pieds [1,2 m] de long. Le dessus de la table semblait remarquablement plat et les coins étaient parfaitement à angle droit. Mais la chose la plus étonnante, c’était un morceau de roc à trois côtés, qui avait la forme précise d’une pyramide à l’envers. La pierre pendait du plafond directement au-dessus de la table ; la pointe de la pyramide n’était qu’à quelques pouces [centimètres] de la table. Billy était content de sa découverte. Cela semblait être une parfaite retraite. Il décida de ne pas la montrer à ses frères ou à ses copains. Cela serait son secret. Lorsqu’il quitta la grotte, il camoufla l’entrée avec du feuillage, pour éviter qu’un autre chasseur ou randonneur ne la découvre.
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Green’s Mill, comme cela doit avoir été connu de Billy
CETTE ÉPOQUE-LÀ fut la meilleure période de sa jeunesse, ses bons souvenirs, explorant les bois, dormant à la belle étoile, pêchant pour son petit déjeuner et chassant pour son souper avec sa carabine de calibre .22. Les talents de tireur de Billy s’améliorèrent tellement qu’il pouvait maintenant tirer un écureuil à 50 verges [45 m] et, chaque fois, la balle l’atteignait entre les deux yeux. En fait, par esprit sportif, Billy ne pressait jamais la détente si l’écureuil ne regardait pas dans sa direction. Et il n’était pas moins doué avec un fusil de chasse, pouvant facilement tirer un oiseau en plein vol. Un soir d’automne 1923, Billy, qui avait quatorze ans, revenait à la maison avec son cousin Jimmy Poole. Ils avaient tous deux passé l’après-midi à la chasse aux oiseaux, mais maintenant leurs pensées étaient ailleurs, ils plaisantaient, riaient et s’envoyaient des boutades. Malheureusement, Jimmy avait oublié de décharger son fusil. Soudain, un coup de fusil tiré à bout portant partit et atteignit les jambes de Billy. Billy s’écroula en poussant un cri de douleur.
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Jimmy tomba sur ses genoux en balbutiant : « Je suis désolé, Billy. Je suis tellement désolé, c’est un accident. Je ne l’ai pas fait exprès… » Puis il vit les jambes de son ami. Jimmy pâlit affreusement. « Essaie de ne pas bouger, Billy, je vais chercher de l’aide. » « Non, ne me quitte pas », cria Billy. Mais Jimmy avait déjà déguerpi comme un lièvre. Lorsque Billy regarda ses jambes, il vit avec effroi qu’elles avaient presque éclaté en deux morceaux. Il laissa retomber sa tête sur le sol et se mit à trembler de terreur. Il cria : « Dieu, aie pitié de moi. Tu sais que je n’ai jamais… », puis il s’arrêta, essayant de penser à quelque chose de bien qu’il aurait pu faire dans sa vie, quelque chose qui pourrait influencer Dieu afin qu’Il ait pitié de lui. La seule chose à laquelle il pouvait penser, c’était : « Dieu, aie pitié de moi. Tu sais que je n’ai jamais commis adultère. » Bientôt, Jimmy revint avec un voisin, Frankie Eich, qui conduisit Billy à l’hôpital Clark County Memorial. Billy hurlait de douleur, pendant que les infirmières coupaient de gros morceaux de chair et nettoyaient les plaies ouvertes du mieux qu’elles pouvaient. M. Eich tenait la main de Billy. Lorsque les infirmières eurent terminé, elles durent dégager les doigts de Billy des poignets de M. Eich. Une radiographie révéla la présence de balles tellement près des artères que la moindre égratignure pouvait sectionner les veines et Billy se mettrait à saigner. À cette époque-là, les transfusions de sang n’existaient pas encore. Si Billy perdait trop de sang, ce serait fatal. Cette nuit-là, Billy dormit d’un sommeil agité, parfois gémissant, d’autres fois hurlant de douleur. Un peu après minuit, il se réveilla à cause d’un bruit d’éclaboussure. Tâtant ses jambes mutilées, il plongea sa main dans une mare de sang. Il sonna pour alerter les infirmières, mais tout ce qu’elles purent faire fut d’éponger le sang avec des serviettes et de resserrer les bandages. Le lendemain matin, les infirmières conduisirent Billy sur un chariot jusqu’à la salle d’opération, puis elles l’endormirent avec de l’éther. Le Dr Reeder fit de son mieux pour réparer les dommages, mais le garçon était si faible qu’il ne pensait pas qu’il s’en sortirait.
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À part les parents de Billy, deux autres personnes veillèrent Billy durant cette épreuve, Mme Stewart, une amie de la famille et Mme Roeder dont le mari était directeur de l’usine d’automobiles de l’endroit. Billy dormit pendant huit heures sous l’effet des analgésiques. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit Mme Roeder qui était assise près de son lit et qui pleurait parce qu’il était si près de la mort. Il se rendormit et, pendant les heures qui suivirent, il perdit et reprit connaissance plusieurs fois. Puis quelque chose arriva, comme un rêve, mais, plus précis qu’un rêve ; aussi clair que s’il y était réellement… il se sentait tomber, tomber à travers des nuages dans une éternité sombre, plus bas, plus bas, plus bas… Ce monde étrange semblait ne pas avoir de fond, rien pour arrêter sa chute. Il cria : « Papa ! » Ce mot semblait vide et sans vie. Il cria : « Maman ! Maman ! » Sa mère n’était pas là. Il cria : « Dieu, attrape-moi ! » Ses cris de détresse se perdaient dans ce néant. Est-ce que la nuit était infinie ? Avait-il quitté les limites de la terre, hors de la portée de Dieu ? Il allait, peut-être, tomber comme ça pour toujours. La terreur s’empara de lui. Puis, il entendit des bruits, d’abord faiblement, très faiblement même, des sons lugubres, des gémissements horribles. Alors qu’il tombait, les bruits devinrent de plus en plus forts, des grognements et des gémissements, jusqu’à ce que ce soit tout autour de lui. Alors, des visages lui apparurent, des visages hideux de femmes, avec du vert peint autour des yeux et des bouches tordues qui grognaient : « Uh… Uh… Uh… Uh… » Billy cria : « Ô, Dieu, aie pitié de moi, aie pitié ! Si seulement Tu me laisses revenir et vivre, je Te promets d’être un bon garçon ! » En un instant, il se retrouva dans sa chambre d’hôpital, sa vision embrouillée lui renvoyant l’image des yeux sombres et profonds de sa mère. Le visage d’Ella s’éclaira et elle serra son fils dans ses bras, sanglotant : « Oh ! Billy, Billy, nous pensions que tu étais mort. Merci, mon Dieu, tu es vivant. » Vivant, oui, mais à peine. Il n’y avait pas de pénicilline en ce temps-là et ses blessures étaient rouge vif à cause de l’infection. Son
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séjour à l’hôpital se prolongea plusieurs semaines. La famille Branham n’avait pas d’argent pour payer les factures d’hôpital, alors, Mme Roeder organisa une collecte en faveur de Billy. En plus de la société de bienfaisance de son église, les francs-maçons, le Ku Klux Klan, ainsi que des dons privés permirent de payer tous les frais médicaux. Finalement, les médecins dirent que l’état de Billy s’était suffisamment amélioré pour qu’il puisse retourner chez lui. Malheureusement, son calvaire n’était pas près de prendre fin. À la maison, il dut rester au lit. Les mois passèrent et ses jambes n’allaient pas mieux. Et Billy souffrait, se tournait et se retournait sur sa paillasse, pensant à cette étrange expérience, lorsqu’il s’était senti tomber dans ces horribles ténèbres. Cela avait semblé si réel, si vrai. Où était-il allé ? Les médecins lui avaient parlé, par la suite, de sa condition physique au moment de son expérience ; sa tension avait tellement chuté, qu’ils pensaient qu’il était en train de mourir. Billy se demanda s’il était tombé en enfer. Cela le tracassait. Il pensait : « Oh, que je n’aille jamais dans un tel endroit ; qu’aucun être humain n’ait à aller dans un tel endroit. » Puis, il pensa à la promesse qu’il avait fait à Dieu « Si seulement Tu me laisses vivre, je Te promets d’être un bon garçon. » Qu’est-ce que ça signifiait, d’être un bon garçon ? Et qui était Dieu, de toute façon ? Cette expérience le laissa perplexe. Quand l’hiver glacial fit place au doux printemps 1924, il devint évident que les blessures de Billy empiraient au lieu de s’améliorer. Ses mollets avaient doublé de volume, de même que ses cuisses, de sorte qu’il ne pouvait tendre les jambes. Le Dr Reeder diagnostiqua un empoisonnement du sang provoqué par les débris qui avaient été laissés dans les blessures. Encore une fois, la vie de Billy ne tenait qu’à un fil. Le médecin recommanda que ses jambes soient amputées à la hauteur des hanches. Billy ne pouvait supporter la pensée de perdre ses jambes. Comment allait-il pouvoir chasser et explorer les bois ? Il pouvait tout aussi bien mourir. Avec une détermination absolue, il refusa qu’on l’ampute, disant, les larmes aux yeux : « Non, docteur, venez seulement un peu plus haut et ôtez-les ici » et avec sa main, il traça une ligne sur son cou.
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« Il y a une chance que tu puisses t’en sortir sans amputation », répliqua le Dr Reeder. « Nous pourrions essayer d’enlever les débris des blessures. Il n’y a qu’une chance minime que ça fonctionne, mais ça pourrait marcher. » C’était un risque que Billy était prêt à prendre. C’est ainsi que, sept mois après son accident, Billy se retrouva sur une table d’opération. Le Dr Reeder et le Dr Pearl, un spécialiste de Louisville, ouvrirent à nouveau les blessures et cherchèrent soigneusement à travers les chairs, enlevant des morceaux de vêtement de chasse graisseux, de la bourre de fusil et un maximum d’éclats de balles. Puis, ils refermèrent les incisions et se déclarèrent optimistes. Billy dormit plusieurs heures sous l’effet de l’anesthésie. Passant des limbes à une conscience claire, Billy vécut une autre expérience, aussi réelle et précise que la dernière, mais, très différente. Cette fois-ci, il savait qu’il était vraiment réveillé, parce qu’il était dans sa chambre d’hôpital et qu’il regardait son père bien en face. La chambre d’hôpital devint floue et il se retrouva dans une prairie, dans l’Ouest. Il y avait des cactus et des touffes d’herbe partout, jusqu’à l’horizon. Une immense croix dorée était suspendue devant lui, dans le ciel, éclatante comme le soleil et lançant des rayons de lumière. Comme Billy levait les mains en direction de cet emblème, certains rayons de lumière semblèrent se déverser directement dans sa poitrine. Puis, l’expérience prit fin et Billy se retrouva dans sa chambre d’hôpital, regardant son père. L’opération fut un succès.
Chapitre 6
Le coup terrible
1925 — 1927
L E FAIT DE GRANDIR près d’une fabrique de whisky clandestine déforma la perception que William Branham avait des femmes. Plusieurs fois, il vit des femmes mariées se glisser dans le hangar après la tombée de la nuit et flirter toute la nuit avec des hommes qui n’étaient pas leur mari. Le matin, ces femmes étaient souvent tellement ivres que les hommes leur donnaient du café et les faisaient marcher en rond, essayant de les dégriser juste assez pour qu’elles puissent rentrer chez elles en titubant et servir le petit déjeuner à leur famille. Un tel comportement dégoûtait Billy. Il pensait « Si elles sont ainsi, je ne voudrais pas avoir une de ces vermines, même si la loi m’y obligeait. » En conséquence, Billy se mit à détester toute forme d’événement social qui aurait pu le mettre en contact avec des filles. Que ce soit une fête d’anniversaire ou une soirée de danse paysanne, Billy faisait tout ce qui était possible pour l’éviter. Aussitôt qu’il entendait parler de préparation de festivités, il s’arrangeait pour noter l’endroit et l’heure et il s’arrangeait pour être occupé ailleurs à l’heure de la fête. Occasionnellement, son père et sa mère invitaient des voisins pour une soirée de danse animée. Ces soirs-là, Billy prenait son chien et sa lanterne et s’enfonçait dans les bois et chassait des ratons et des opossums pendant la moitié de la nuit. Lorsqu’il revenait à la maison et que les musiciens étaient encore là à faire chanter les cordes de leur violon, Billy grimpait sur le toit de l’appentis et y dormait jusqu’au lever du jour. La fin de l’école n’avait pas résolu les problèmes de Billy, cela les avait seulement déplacés. Il devait toujours lutter avec le fait
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d’être constamment rejeté. La plupart des garçons de la région ne l’aimaient pas parce qu’il ne voulait pas fumer ni boire ; les filles ne l’aimaient pas parce qu’il ne voulait pas aller danser et aux fêtes. Personne ne le comprenait. Pire encore, Billy lui-même ne se comprenait pas. Bien qu’il ait aimé les gens et désiré ardemment être accepté par eux, il ne pouvait se résoudre à agir comme les garçons de son âge. Il se disait : « Bon, si je dois être un reclus, je serai un trappeur. Lorsque j’en aurai l’âge et que, quelque part, je pourrai gagner assez d’argent pour prendre soin de ma mère, j’irai au Colorado ou dans l’État de Washington, ou peut-être même en Colombie- Britannique, et je serai trappeur. J’apporterai mon fusil et mes pièges, je m’achèterai des chiens et je vivrai là-bas jusqu’à ma mort. Et je ne me marierai jamais. » Billy pensait toujours à sa mère lorsqu’il faisait des plans à long terme. Ça lui était pénible de voir sa mère souffrir autant à cause de la manière de vivre peu reluisante de son père. À trente ans, elle était mère de huit garçons, dont l’aîné avait quinze ans. Il n’y avait jamais assez d’argent, jamais assez de vêtements et, souvent, il n’y avait pas assez de nourriture. Billy l’avait vue assise, pleurant sur le pas de la porte verrouillée de l’intérieur, un bébé dans les bras, pendant que Charles était couché à l’intérieur ivre mort toute une nuit. Et en dépit de cela, Ella Branham était restée fidèle à son mari et luttait continuellement pour que sa famille soit vêtue, nourrie et la plus heureuse possible. Billy l’aimait pour sa décence ; mais plus que cela, il l’aimait parce qu’elle l’acceptait tel qu’il était, avec toutes ses particularités. Il trouvait qu’elle méritait mieux que ça dans la vie et il se considérait comme responsable de son bien-être. Son exemple donnait à Billy l’espoir qu’il y avait d’autres femmes décentes dans le monde. Vers 1926, une nouvelle fille déménagea en ville et se lia d’amitié avec la petite amie de Jimmy Poole. Comme Billy et Jimmy étaient de bons copains, Billy finit par tomber sur elle dans la maison de Jimmy. Sa beauté l’éblouit. Il trouva qu’elle avait les yeux doux comme ceux d’une colombe, les dents blanches comme des perles et le cou aussi gracieux que celui d’un cygne. Lorsque Jimmy les
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présenta l’un à l’autre, elle battit des cils et dit avec coquetterie : « Comment vas-tu, Billy ? » Et voilà Billy accroché. Après, Jimmy joua le rôle d’intermédiaire. « Je crois que tu lui plais, Billy. » Billy se sentit fondre : « Tu crois ? » « Certainement. J’ai une idée, pourquoi ne ferions-nous pas une sortie à quatre ? Nous ferions une promenade dans la vieille Ford de mon père, si je peux arranger ça. » « Je ne sais pas », dit Billy nerveusement. « Allez, on va avoir du plaisir. Mais, nous allons avoir besoin d’un peu d’argent. De combien d’argent disposes-tu ? » Billy hésita, puis décida que si cette fille magnifique l’aimait bien, il devait faire une folie. « J’ai 30 cents [0,21 €]. » Cela plut à Jimmy. « Parfait, j’ai 35 cents [0,25 €]. Ça devrait suffire. En plus de l’essence, il faudra que nous leur offrions à boire ou une crème glacée ou quelque chose comme ça. » Billy eut une idée qui pourrait peut-être le mettre en valeur aux yeux de cette fille. « Je sais ce qu’on va faire Jimmy, pourquoi ne t’occupes-tu pas de la voiture et moi des achats ? » « Ça me semble très bien. » Ils durent soulever les roues arrière de l’auto et actionner la manivelle une bonne douzaine de fois avant que le vieux modèle T démarre. Le soleil s’était déjà couché lorsqu’ils allèrent chercher les filles. Billy et sa petite amie s’assirent à l’arrière. Toujours aussi timide, Billy s’assit le plus loin possible d’un côté tandis qu’elle s’asseyait de l’autre côté. Il espérait que l’obscurité et l’espace qu’il y avait entre eux dissimuleraient ses habits élimés. Ils se promenèrent au clair de lune dans la campagne, avec le toit de la voiture ouvert. À l’avant, Jimmy et sa copine faisaient la conversation. Billy était assis tranquillement et regardait sa petite amie à la dérobée. Il la trouvait tellement rayonnante, au clair de lune, et son cœur se gonflait de fierté à la pensée que cette beauté
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sortait avec lui. Peut-être les filles n’étaient-elles pas si mal, après tout. Elle le regarda et sourit : « C’est une belle soirée, pas vraie ? » Billy répondit : « Oui, mademoiselle. » « Il y a un bal au Jardin Sycomore » dit-elle : « allons-y. » Billy se raidit : « Non, mademoiselle. Je n’ai pas envie d’y aller. Je ne danse pas. » Ils continuèrent à se promener dans la campagne, puis passèrent devant une petite épicerie. Billy et Jimmy avaient déjà planifié tout ce qu’ils voulaient faire. Billy s’éclaircit la gorge : « Jimmy, j’ai soif. Tu ne trouves pas que nous pourrions nous arrêter ? » « Bonne idée, Billy. » Jimmy arrêta la voiture devant l’épicerie et dit : « Je vais aller acheter quelque chose à manger et à boire. » Ceci était aussi planifié, car Jimmy n’avait plus un sou. Ils avaient dépensé 25 cents [0,18 €] pour deux gallons [7,4 L] d’essence, si bien qu’il leur restait les 40 cents [0,28 €] que Billy avait dans sa poche. Billy dit : « Laisse tomber Jimmy, j’irai. » Les sandwichs coûtaient cinq cents chacun [0,035 €], quatre gros sandwichs au jambon avec des oignons. Billy avait maintenant juste assez d’argent pour acheter quatre coca-cola. Ils mangèrent dans la voiture, affectionnant l’air frais de la nuit. Billy se sentait bien. La fille l’aimait bien ! Ce soir, il faisait partie de la bande. Il était quelqu’un. Ils finirent de boire leur coca, puis Billy rapporta les bouteilles vides à l’épicerie pour recevoir le crédit des bouteilles. Lorsqu’il revint, il les retrouva les trois assis dans l’auto en train de fumer. Billy n’en revenait pas ; sa compagne, cette jolie fille fumant une cigarette ! Elle inclina la tête en arrière et rejeta la fumée par les narines. Billy se sentit mal. Il monta dans la voiture et s’assit lourdement. Sa compagne lui demanda : « Veux-tu une cigarette ? » « Non, madame », dit-il piteusement : « je ne fume pas. »
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Elle eut l’air abasourdie. « Billy Branham, qu’est-ce que tu as ? Tu me dis d’abord que tu ne danses pas et maintenant j’apprends que tu ne fumes pas non plus. Qu’est-ce que tu aimes faire ? » « J’aime chasser et pêcher. » « Comme c’est ennuyeux. » Elle fit une moue de dédain. « Tiens Billy, fume cette cigarette et vis ta vie. » « Non madame, je ne crois pas que j’en ai envie. » Elle se moqua. « Tu veux dire que nous, les filles, nous avons plus de cran que toi ? Quelle grosse poule mouillée. » Poule mouillée ? Cet horrible mot lui fit encore plus mal que la fois où un piège à castor s’était refermé sur sa cheville. Poule mouillée ? Pas lui. La douleur lui déchira le cœur. Il était le méchant Bill, le trappeur, le chasseur, le lutteur. Poule mouillée ? Il allait lui montrer : « Donne-moi cette cigarette », ordonna-t-il. D’un air hautain, elle lui en tendit une tirée du paquet. Billy lui dit : « Donne-moi une allumette. » « Ah, voilà enfin un homme », dit-elle en lui tendant une allumette. Les deux mains occupées, Billy frotta l’allumette et la leva vers sa bouche en même temps que la cigarette. Mais avant que la cigarette touche ses lèvres, il entendit un bruit. Ça ressemblait au bruissement du vent dans les feuilles. Il baissa sa cigarette et écouta attentivement. Il ne pouvait plus l’entendre. Il pensa : « Bof, c’est juste mon imagination. » Sa compagne lui demanda : « Qu’est-ce qui se passe Billy ? » Il secoua la tête : « Oh rien, j’essaie simplement de l’allumer. » Il leva encore la cigarette vers sa bouche. Une fois encore, il entendit ce son ; plus fort cette fois-ci ; un vent calme, régulier, qui soufflait avec de plus en plus de force, jusqu’à ce qu’il devienne un rugissement dans ses oreilles. Whoossssh ! Sa main se figea à mi-chemin de sa bouche. Sa mémoire le ramena à cette voix dans le peuplier, avertissant : « Ne bois jamais, ne fume ni ne souille ton corps
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d’aucune façon. Il y aura un travail à faire pour toi lorsque tu seras plus âgé. » Ses mains commencèrent à trembler. L’allumette lui brûla les doigts et il la laissa tomber. Puis il laissa tomber la cigarette. Il se mit à pleurer. Sa compagne se moqua : « Maintenant je sais que tu es une poule mouillée. » Furieux, frustré et apeuré, Billy ouvrit la portière, sauta de la voiture et commença à marcher dans la rue, pleurant toujours. Jimmy le rejoignit avec la voiture. « Allez, Billy monte. » Billy secoua la tête : « Non, Jimmy » et continua à marcher. Jimmy continua à rouler à côté de lui en le pressant de monter dans la voiture ; mais en même temps, la compagne de Billy se moquait de lui sans pitié. « Billy Branham, la grosse poule mouillée. Je croyais que tu étais un homme. » Billy sanglota : « Moi aussi. » Puis, il s’éloigna de la route et coupa à travers champs, là où l’auto ne pouvait le suivre. Il marcha mécaniquement jusqu’à ce qu’il soit de l’autre côté d’une colline, hors de vue de la route. Alors, il s’effondra sur le sol et se mit à sangloter : « Je ne m’accorde avec personne. Je ne peux pas avoir d’amis. Je suis le mouton noir parmi les gars. Personne ne m’aime. Pourquoi est-ce que je vis ? Dans quel but ? Oh, si seulement il pouvait y avoir un moyen pour que je meure ici et que tout cela finisse. Je suis prisonnier de cette étrange chose et je ne sais pas quoi faire. » Il pleura jusqu’à ce qu’il soit à bout d’émotion. Puis il demeura simplement assis là, fixant la lune, se sentant aussi morne que ce gros morceau de roc sans vie dans l’espace. Soudain, il sentit quelque chose d’étrange, comme une pression sur sa peau. Il avait cette troublante sensation qu’il n’était plus seul. Retenant son souffle, il écouta attentivement. Il n’y avait pas de bruit. Il regarda tout autour de lui le champ inondé par le clair de lune. Il n’y avait personne en vue ; et pourtant, Billy sentait que quelqu’un (ou quelque chose) se tenait très près de lui. Un frisson lui parcourut l’échine. Terrifié, il partit en courant vers la maison.
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De telles expériences faisaient réaliser à Billy que sa vie était différente d’une vie ordinaire, et ceci pas seulement à cause de la pauvreté. D’étranges incidents ne cessaient de survenir pour le tourmenter, comme la fois où il rencontra une diseuse de bonne aventure. Il était à un carnaval avec Jimmy Poole et ils flânaient dans l’allée, écoutant les bonimenteurs faire de la publicité pour leurs jeux et leurs stands. Les deux garçons passèrent devant la tente d’une diseuse de bonne aventure. Une jeune gitane se tenait devant la tente. Elle appela : « Eh toi, viens ici une minute. » Les deux garçons se retournèrent. « Toi, avec le chandail rayé », ajouta-t-elle. C’était Billy qui portait le chandail rayé. Il s’avança vers la gitane, pensant qu’elle désirait peut-être qu’il aille lui chercher un coca-cola et un sandwich. « Oui, madame, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Elle dit : « Savais-tu qu’il y a une lumière qui te suit ? » Billy trouva que c’était quelque chose d’étrange à dire. « Une lumière ? Que voulez-vous dire ? » Elle expliqua : « Je vois que tu es né sous un signe, trois grandes planètes se sont alignées devant ta première maison ; toutes parfaitement alignées vers Neptune. C’est la raison pour laquelle il y a une lumière qui te suit. Tu es né pour un appel divin. » Billy en eut la chair de poule. « Écoutez femme, taisez-vous ! » lui lança-t-il. Et il quitta l’endroit rapidement. Plus tard, il en parla à sa mère. Elle dit : « Billy, tu as bien agi. Les diseuses de bonne aventure sont du diable. » Cela le tracassait. Pourquoi quelqu’un qui était manifestement connecté avec le démon lui dirait avoir un… Comment la gitane avait-elle appelé cela ? « Un appel divin ? » Incapable de comprendre lui-même, Billy devint de plus en plus insatisfait de sa situation. Pourquoi semblait-il toujours être le vilain petit canard qui ne ressemblait pas aux autres ? Et la maison n’était pas non plus un refuge. Même si Charles avait déménagé sa famille
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de la maison sur la propriété de M. Wathen dans une plus grande maison en banlieue de Jeffersonville, la vie familiale était toujours aussi chaotique et l’on y était toujours aussi à l’étroit. En août 1927, Ella accoucha de son neuvième fils, James Donald. Cela faisait neuf garçons, âgés d’un à dix-huit ans, tous vivant et se disputant dans la même maison. Comme toujours, Billy trouvait la paix en se promenant dans les bois avec son chien Fritz. C’est alors que survint le coup terrible. M. Short, le shérif local empoisonna Fritz avec une friandise pour chien. Billy devint fou de haine. Charles surprit son fils devant le poste de police, le fusil à la main. « Je vais le tuer, Papa », siffla Billy, tremblant de rage. Charles prit la carabine des mains de son fils impétueux. « Pas si je peux t’en empêcher. » Billy retourna sur la tombe de son chien, s’agenouilla et enleva son chapeau. « Fritz, tu as été un ami pour moi, un vrai compagnon. Tu m’as vêtu et nourri et envoyé à l’école. Lorsque tu serais devenu vieux, j’aurais pris soin de toi. Mais M. Short t’a tué avant ton heure. Je te promets Fritz qu’il ne vivra pas. Un jour, je le verrai marcher dans la rue et lui rentrerai dedans avec une auto. Je vais te venger. » Maintenant que son meilleur ami était parti, Billy sentit plus que jamais le besoin d’un changement dans sa vie. Alors il traversa la rivière vers Louisville, Kentucky, et s’engagea dans la Marine. Lorsqu’il le dit à sa mère ce soir-là, elle en fut furieuse. Le lendemain matin, elle se rendit à pied au bureau de recrutement de la Marine et les persuada de rayer le nom de son fils de leur registre. Billy réalisa que, s’il voulait un changement radical dans sa vie, il allait devoir le faire secrètement. En automne, il eut une chance. Il connaissait un homme qui s’appelait Francisco et qui s’apprêtait à se rendre à l’ouest, à Phœnix, en Arizona. Billy lui annonça qu’il projetait aussi se rendre, un jour, dans l’Ouest. M. Francisco comprit à demi-mot et invita Billy à venir avec lui, lui proposant même de le payer s’il voulait bien l’aider à conduire la voiture pour ce long voyage de deux mille milles [3 200 km]. Billy saisit l’offre et ils furent bientôt prêts à partir. Billy dit à sa mère qu’il allait camper
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pour une semaine ou deux à Tunnel Mill. De cette façon, il put quitter la ville sans qu’elle essaie de l’en dissuader. Lorsqu’il serait en Arizona, il lui écrirait une lettre pour lui expliquer.
Billy et M. Francisco
Chapitre 7
La fuite dans le désert
1927 — 1929
L ORSQUE WILLIAM BRANHAM arriva à Phœnix, M. Francisco lui donna 3 $ [2,10 €] pour l’avoir aidé à conduire. C’était là tout l’argent que Billy possédait, mais il n’était pas inquiet. Il était sûr qu’une bonne occasion se présenterait. C’était en décembre 1927. Il avait dix-huit ans et débordait d’enthousiasme face à cette nouvelle chance dans sa vie. Après avoir écrit une lettre d’explication à sa mère, Billy partit explorer la ville. Bientôt, il se retrouva devant un petit rodéo amateur. Il se dit : « Je suis un bon cavalier. Comme je suis fauché, pourquoi ne pas gagner facilement de l’argent à ce rodéo ? Mais je devrai aller m’acheter des jambières avant de me montrer devant tous ces cow-boys. » Il descendit la rue jusqu’au magasin le plus proche et essaya une paire de jambières en cuir. Elles étaient magnifiques, le mot ARIZONA était gravé dans la ceinture et l’image d’une tête de bœuf était travaillée sur chaque jambe, avec des boutons de cuivre pour les yeux. Mais elles étaient bien trop longues ; les jambières de cuir traînaient par terre. Billy se regarda dans le miroir et pensa : « Je ressemble à un coq de combat ; que des plumes et du duvet. » Le vendeur lui dit : « Cette paire coûte 25 $ [17,40 €], monsieur. » Billy était content d’avoir une excuse pour ne pas les prendre. « J’ai bien peur de n’avoir que 3 $ [2 €]. » Le vendeur lui suggéra : « Faites un compromis en achetant une paire de jeans Levi. »
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Billy acheta une paire de jeans et un chapeau de cow-boy, puis retourna au rodéo. Assis sur une clôture se tenaient une rangée de cow-boys dont les jambes arquées et les visages ravagés montraient qu’ils n’en étaient pas à leur premier rassemblement de bétail, ni à leur première guerre de prairie. Billy pensa : « C’est à ce monde que j’appartiens. » Il grimpa sur la clôture à côté d’eux. Tout le monde murmurait avec excitation. Billy arrivait au moment où un cavalier bien connu montait un fougueux étalon sauvage. Le cheval était dans un box un peu plus loin. Billy regarda le cavalier aux longues jambes se laisser tomber sur la selle et pensa : « Si cet homme ne peut pas monter ce cheval, moi j’y arriverai. » Dès l’instant où la porte s’ouvrit, le cheval s’ébroua et bondit de sa stalle, les quatre fers en l’air. Lorsqu’il toucha le sol, il bondit à nouveau, tordant son corps dans tous les sens et donnant des ruades, les deux jambes arrière en même temps. Le cavalier s’envola de la selle aussi léger qu’un épouvantail, retomba sur le sol dans un bruit sourd d’os qui se brisent et se retrouva étendu immobile au milieu du corral, le nez en sang. Pendant qu’un homme retournait l’étalon dans l’enclos, d’autres mirent le cow-boy inconscient dans une ambulance et l’emmenèrent. Un homme à cheval longea lentement la clôture où Billy et tous ces cow-boys vêtus de cuir se tenaient. Il dit : « Je donnerai 50 $ [35 €] à celui qui parviendra à se tenir sur ce cheval pendant trente secondes. » L’homme s’arrêtait pour regarder un cow-boy dans les yeux et renouveler son offre. Pas un seul n’accepta. Puis l’homme s’arrêta devant Billy et lui demanda : « Es-tu un cavalier ? » « Non monsieur », répondit lâchement Billy.
La fuite dans le désert | 69
Billy à l’âge de 17 ans dans l’Ouest
BILLY FUT ENGAGÉ dans un ranch de bétail au nord-ouest de Phœnix, près d’une petite ville qui s’appelait Wickenburg. Il devint rapidement un bon cavalier et put accomplir sa part de travail au ranch. Il était un vrai cow-boy, comme il l’avait toujours rêvé. La beauté de la prairie surpassait tout ce qu’il avait pu imaginer. Autour de lui, des montagnes aux contours déchiquetés se dressaient sur la prairie. Des cactus saguaro géants parsemaient les plaines du désert et les parois des canyons. Le désert était une image
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de diversité, où abondaient les figuiers de Barbarie, de petits cactus qui ressemblaient à des queues de castor avec de longues épines ; le cactus « pelote à épingles », dont les petites aiguilles serrées faisaient penser à du duvet ; le cactus « tonneau » qui ressemblait à un tonneau et des petits arbustes connus sous leur nom espagnol de palo verde qui signifie « bâton vert ». La vie sauvage le fascinait aussi, les monstres de Gila, les serpents à sonnettes, les rats kangourous, les porcs javelina ; c’était tellement exotique, si différent des bois de la vallée de la rivière Ohio. Et de penser qu’il était au milieu de tout cela, sur un cheval, soulevant la poussière de la prairie, travaillant avec des cow-boys et des bœufs Longhorn. C’était ça la vraie vie ! Qu’y avait-il de mieux ? Il avait l’impression de se trouver dans un de ces films de westerns romantiques qu’il regardait quand il était garçon. Mais après un an de travail au ranch, l’illusion de perfection commença à s’estomper. Comme l’été 1929 s’étirait, Billy devint de plus en plus insatisfait. Plusieurs fois, il se demanda ce qui n’allait pas. Il était venu dans le désert pour trouver la paix et l’accomplissement, mais la paix et l’accomplissement semblaient le fuir. Il n’était pas heureux, pas entièrement. Quelque chose manquait à sa vie. Mais quoi ? Vint finalement le temps du rassemblement de l’automne. Tous les étés, les propriétaires de ranch envoyaient leurs troupeaux sur les mêmes plateaux élevés à la montagne, là où l’herbe touffue poussait entre les grands sapins. Chaque automne, ils travaillaient ensemble pour rassembler le bétail dispersé, le ramenaient en plaine dans les ranchs et séparaient les troupeaux selon les races. L’année précédente, Billy avait assisté au grand rassemblement en pensant que c’était la chose la plus excitante à laquelle il ait participé de toute sa vie. Mais cette année-là, il ressentait le même trouble qui l’avait rendu mal à l’aise tout l’été. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Le soir, Billy enlevait la selle de son cheval et l’utilisait comme oreiller, près du feu de camp. Après le souper, il s’appuyait contre sa selle et regardait le soleil qui se couchait derrière les montagnes, colorant le ciel de traînées orangées, roses et rouges. Un vieux Texan du nom de Slim accordait sa guitare. Tous les soirs, il
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chantait des ballades de cow-boys, accompagné d’un autre cow-boy
qui soufflait sur un peigne et faisait vibrer de manière harmonieuse
un bout de papier placé dessous. Slim chantait :
La nuit dernière, étendu dans la prairie,
Je regardais les étoiles dans le ciel ;
Je me demandais si jamais un cow-boy
Pourrait s’envoler vers ce bel au-delà.
Il y a un chemin qui conduit à cette heureuse région de
lumière ;
Et le sentier qui y mène est sombre, dit-on,
Mais la route large qui conduit à la perdition
Est lumineuse et très fréquentée.
Ils parlent d’un grand Propriétaire
Qui, selon leurs dires, n’est jamais surchargé,
Il fera toujours de la place pour un pécheur
Qui dérivera vers cet étroit chemin.
On dit qu’Il ne t’abandonnera jamais,
Et qu’Il sait tout ce que tu dis ou vois.
Pour être en sécurité, allons donc nous faire marquer,
Ayons nos noms dans son grand Livre de comptes.
Car on parle d’un grand rassemblement,
Lorsque les cow-boys, comme le bétail, se tiendront
Pour être marqués par les cavaliers du jugement,
Qui sont à leur poste et connaissent toutes les races.
J’imagine que je serai comme un animal errant,
Un homme condamné à mourir ;
Je serai séparé du troupeau avec le vieux bétail,
Lorsque le Patron de ces cavaliers viendra par ici.
Billy comprenait ce que les mots de la ballade laissaient entendre. Les animaux errants étaient du bétail non marqué qui finissait en viande pour la soupe. Mais qu’en était-il du grand Propriétaire avec son Livre de Comptes ? Billy se demandait si c’était ça qui le troublait. Est-ce que cela avait rapport avec Dieu ?
72 | Livre Un : Le garçon et ses privations
Slim chantait aussi une autre chanson. Cette fois-ci, c’était un vieux cantique d’église : À la croix où mourut mon Sauveur, Je suis venu brisé de douleur, Là son sang purifia mon cœur, À son Nom la gloire.
En écoutant cette mélodie douce et envoûtante, Billy sentit une douleur distincte dans son cœur. Il se retourna et tira la couverture sur sa tête, laissant juste assez d’espace pour ses yeux et son nez. Les étoiles semblaient si proches, comme si elles étaient suspendues juste au-dessus des montagnes. Dans le murmure éternel de la brise dans les sapins, Billy imaginait qu’il entendait Dieu l’appeler, tout comme il avait appelé son premier fils égaré : « Adam, Adam, où es-tu ? » Au bout de trois semaines, le rassemblement était terminé. Les cow-boys retournèrent au ranch pour recevoir leur chèque de paye et lire leur courrier. Billy reçut une lettre de sa mère qui datait de quelques semaines. Parmi les nouvelles, elle mentionnait qu’Edward était très malade. Billy prit la chose à la légère, supposant que son frère avait un rhume ou une grippe. Cet après-midi-là, les cow-boys se rendirent à Phoenix pour faire la fête. Même si Billy ne se sentait pas l’âme en fête comme les autres, il avait besoin d’un changement de décor. Lorsque les cow-boys du ranch entrèrent dans un saloon, Billy alla se promener seul dans la rue. Son cœur était toujours troublé. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Il n’avait vraiment pas le mal du pays. Il aimait l’Arizona, le désert et son travail. Mais il se sentait comme vide à l’intérieur, incomplet. Il n’arrivait pas à trouver pourquoi. Il s’assit un instant, observant la circulation. Une jolie fille espagnole passa devant lui en battant des cils et laissa tomber son mouchoir. Billy, les pensées ailleurs, lui dit : « Eh, vous avez laissé tomber votre mouchoir. » La jeune fille le ramassa et s’en alla.
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Billy entendit de la musique venant d’un peu plus loin dans la
rue. Il suivit le son jusqu’à ce qu’il arrive à une arène de rodéo. Et là, près des stalles, un vieux cow-boy grattait sa guitare et chantait : À la croix où mourut mon Sauveur, Je suis venu brisé de douleur, Là Son sang purifia mon cœur, À Son Nom la gloire.
Mais ce cow-boy chantait avec plus de sentiment que Slim lorsqu’il avait chanté dans la prairie. Cet homme chantait cette chanson comme si les paroles signifiaient vraiment quelque chose pour lui. Des larmes roulaient le long de ses joues marquées par la petite vérole. À la fin du chœur, il dit à Billy : « Frère, tu ne sais pas de quoi il s’agit jusqu’à ce tu reçoives ce merveilleux Jésus-Christ. » Et il reprit le refrain : « À Son Nom la gloire… » Billy enfonça son chapeau et s’en alla. Son cœur était rempli de sentiments inexprimables. Lorsque Billy s’en retourna au saloon, ses coéquipiers riaient hystériquement, tiraient sur les orteils des autres pour les faire danser et pariaient 5 $ qu’ils pouvaient marcher en ligne droite. Or, ils étaient tous tellement ivres qu’ils avaient de la peine à rester sur le trottoir. Billy les fit monter dans l’auto et les ramena à Wickenburg. Le lendemain matin, lorsque Billy descendit à la cantine, on lui remit une note qui lui disait : « Bill, viens dans le pâturage nord. Très important. Pop. » L’un des gérants du ranch était un vieux cow-boy que tout le monde appelait Pop. Dans sa jeunesse, il avait travaillé comme un Texas Ranger. Pop l’attendait à la porte du corral. « J’ai bien peur d’avoir de mauvaises nouvelles pour toi », lui dit-il. Pop lui tendit un télégramme qui disait : « Ton frère Edward est mort la nuit dernière. Viens immédiatement. » Cette nouvelle l’assomma. C’était la première fois qu’un de ses proches mourait. Il se détourna de Pop et son regard se fixa sur la
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prairie dorée inondée de soleil, alors que des larmes coulaient sur ses joues. Il pensa à la vie difficile qu’ils avaient eue tous les deux, lorsqu’ils étaient enfants : aller à l’école mal vêtus, sans livres d’école, papiers ou crayons, et parfois sans assez de nourriture à manger. Puis, Billy se rappela la poignée de maïs soufflé qu’il avait volée à son frère. Oh ! si seulement il pouvait retourner en arrière, il ne volerait pas une telle gâterie à un vieil ami affamé. Mais il ne pouvait pas recommencer. Et maintenant, il ne pouvait même pas dire qu’il était désolé. Edward était parti. Billy se demanda si Edward était prêt à rencontrer Dieu. Puis, cette pensée le frappa : et lui-même ? Était-il prêt à rencontrer Dieu ? Billy retourna à Jeffersonville pour les funérailles. À la fin de son sermon, le pasteur McKinney dit : « Il y a peut-être quelqu’un ici qui ne connaît pas Dieu. Si c’est le cas, accepte-Le maintenant. » Billy s’agrippa à son siège pour ne pas se lever. Quelque chose d’étrange lui tiraillait le cœur, une sorte de magnétisme qu’il ne comprenait pas. Peu importe ce que c’était, ça le rendait malheureux. Après les funérailles, il projeta de retourner en Arizona, mais sa mère le supplia si fort de rester en Indiana, qu’il finit par accepter, pour autant qu’il puisse trouver un travail. Bientôt, il trouva un travail consistant à creuser des fossés pour l’installation des canalisations de gaz pour la compagnie locale de services publics, les Services publics d’Indiana. Il décida de rester à Jeffersonville, du moins pour un moment. La neige vint tard, en l’automne 1929. Lorsque Billy se leva et vit le sol tout blanc et froid, il prit une couverture de sa mère, se rendit au cimetière, balaya la neige sur la tombe d’Edward et étendit la couverture sur le monticule de terre. Il voulait qu’Edward soit au chaud.
Chapitre 8
Le signe le suit
1929
EN OCTOBRE 1929, la bourse de New York s’effondra, plongeant les États-Unis dans le plus gros cauchemar économique jamais vu. Des milliers de banques fermèrent leurs portes pendant que les banquiers désespérés faisaient face aux clients furieux. Peu à peu, la Grande Dépression toucha tous les aspects de l’économie. Les usines diminuèrent leur production ou fermèrent complètement ; les fermiers se serraient la ceinture ou faisaient faillite ; le chômage augmenta à un tel point qu’un travailleur américain sur quatre se retrouva oisif. Même si l’emploi de Billy au département des Services publics ne lui rapportait que 20 cents [0,14 €] de l’heure, il se considérait chanceux d’avoir du travail. Il envisageait toujours d’aller, un jour, vivre comme trappeur dans les montagnes de l’Ouest, mais, pour l’instant, ses chèques de paye étaient nécessaires à la maison. La santé de son père se détériorait à cause de son abus d’alcool. Charles Branham, âgé de trente-huit ans, n’avait pas d’emploi et presque aucune chance d’en trouver un et de le conserver. Le 2 novembre 1929, Ella accoucha de son dixième et dernier enfant. Finalement, après neuf garçons, elle eut une fille. Ella nomma sa fille Fay Delores Branham, mais elle l’appelait par son deuxième prénom. Alors, des onze Branham vivant dans la même maison, seul Billy avait un emploi à temps plein. Billy ressentait l’obligation de soutenir sa famille, pour quelques années au moins. Le travail aux Services publics de l’Indiana allait bien avec le tempérament de Billy. Il travaillait en plein air toute l’année et ses tâches variaient toujours, ce qui faisait qu’il s’ennuyait rarement.
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Une semaine, il pouvait creuser des fossés pour poser des conduites à gaz ; une autre semaine, il relevait les compteurs ou réparait les fuites de gaz, ou bien montait sur les pylônes pour réparer les lignes électriques. La seule partie de son travail qu’il n’aimait pas, c’était de couper l’électricité aux familles qui ne pouvaient pas payer leurs factures. Et lorsque la Dépression s’accentua, cela se produisait beaucoup trop fréquemment à son goût. Bien que Billy ait été content de son emploi aux Services publics, 8 $ par semaine ne suffisaient pas pour subvenir aux besoins d’une famille de onze personnes. Alors, lorsqu’il se vit offrir un emploi à temps partiel en tant que garde-chasse pour l’État de l’Indiana, il sauta sur l’occasion. Cela voulait dire qu’il serait régulièrement à l’extérieur de la ville pour faire des patrouilles dans les bois. La pensée d’être payé pour faire ce qu’il aimait vraiment le réjouissait. En réalité, cela ne se passa jamais ainsi. Son salaire était censé être une commission sur le nombre de contraventions qu’il dressait à ceux qui enfreignaient la réglementation de la chasse. Mais Billy ne pouvait jamais se résoudre à dresser une contravention. Il avait le sentiment qu’il serait plus efficace de discuter avec le braconnier sur l’importance de la conservation de la faune et l’obéissance aux lois. En fait, Billy donnait de son temps, mais la satisfaction de se promener dans les bois et d’être hors de ville était suffisante. Un jour, Billy fut désigné pour faire une patrouille dans le parc national de Henryville, à 20 milles [32 km] au nord de Jeffersonville. Dès qu’il monta dans l’autobus Greyhound, un sentiment étrange l’envahit, une pression, presque comme si une force invisible le poussait. L’autobus était bondé ; les passagers occupaient tous les bancs et plusieurs étaient debout dans le couloir. Billy se fraya un chemin vers le centre de l’autobus et s’arrêta entre une dame corpulente d’âge moyen et un marin. La dame leva la tête et dit : « Bonjour » tandis que l’autobus quittait l’arrêt. Billy répondit : « Bonjour », puis regarda par la fenêtre les maisons qui défilaient le long de la route. Maintenant, la force étrange qu’il ressentait le poussait encore davantage. Elle semblait venir de cette dame corpulente. Du coin
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de l’œil, Billy pouvait voir qu’elle le regardait en face. Elle le rendait mal à l’aise. Bientôt, elle engagea la conversation. « Êtes-vous un officier ? » Billy portait son uniforme de garde-chasse avec un pistolet dans l’étui qui était attaché à son côté. « Je suis un garde-chasse », lui répondit-il. « Vous êtes solitaire, n’est-ce pas ? » Billy masqua sa surprise. Il répondit par un mensonge : « Non, madame. » « C’est que vous n’êtes pas chez vous », dit-elle. « Si, je suis chez moi. » Elle secoua la tête : « Non, vous êtes né pour l’Ouest. » Cela fit à Billy l’effet d’une douche froide. « Eh, mais de quoi parlez-vous ? » Elle dit : « Peut-être ferais-je mieux de m’expliquer. Voyez-vous, je suis astrologue. » Billy grogna intérieurement, pensant : « Voilà encore une de ces personnes bizarres. » Et il s’éloigna d’elle et se rapprocha du marin. Elle le suivit, titubant avec le balancement de l’autobus. Elle dit : « J’aimerais vous parler quelques instants. » Billy continua de regarder en face de lui, faisant comme s’il ne l’entendait pas. Elle insista : « Puis-je vous parler juste un petit moment ? » Billy l’ignora. Il pensait : « Ce n’est pas très poli de ma part, mais je ne veux pas lui parler. » Mais, la dame ne voulait pas le laisser tranquille. « Dites, vous le garde-chasse, puis-je vous parler un instant ? » Finalement, Billy se retourna et lui dit sèchement : « Que voulez-vous ? » Il se sentait coupable de parler de manière aussi impolie, mais il n’avait vraiment pas envie de parler avec une
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astrologue. Il se rappelait ce que la gitane lui avait dit au carnaval et ce souvenir le mettait mal à l’aise. La femme demanda : « Êtes-vous un chrétien ? » « Non » coupa-t-il : « et qu’est-ce que ça peut bien vous faire ? » Elle haussa les épaules. « Oh, je me posais juste la question. Saviez-vous que vous êtes né sous un signe ? » Billy avala péniblement. « Écoutez madame, je ne veux rien savoir de cela. Je sais que je suis dur avec vous, mais je le pense vraiment. Je ne veux rien savoir de ça. » Elle recula un peu : « Oh, ne soyez pas si dur. » « Je ne veux pas vous blesser, mais je ne connais rien des choses religieuses et je ne veux pas les connaître. » Billy se détourna d’elle et se mit à regarder plus loin que le marin, vers l’avant de l’autobus. « Oh ! vous ne devriez pas agir comme ça. Cela n’a rien à voir avec la religion. Je suis en route pour Chicago pour rendre visite à mon fils qui est un ministre baptiste. Je travaille à la Maison- Blanche. Saviez-vous que la position des étoiles affecte les choses ici sur la terre ? » « Je n’en ai aucune idée », dit Billy. Elle dit : « Il y a un marin debout devant vous. Demandez-lui si la lune ne contrôle pas les marées. » « J’ai assez de bon sens pour savoir cela », coupa Billy. La femme continua : « Il y a encore de nombreux corps célestes qui ont une signification sur la terre. Si je pouvais vous dire exactement votre date de naissance, me croiriez-vous ? » Billy fronça les sourcils, mal à l’aise. « Vous n’y arriverez pas. » Elle sourit : « Oh si. Vous êtes né le 6 avril 1909, à cinq heures du matin. » L’air bourru de Billy fit place à la surprise. « C’est exact. Maintenant, dites à ce marin quand il est né. »
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Elle dit : « Je ne peux pas. Voyez-vous, vous êtes né sous un signe. Les pasteurs ne vous en ont-ils jamais parlé ? » « Je n’ai rien à faire avec des prédicateurs ; rien du tout. » Les yeux de la dame se détournèrent, comme si son esprit poursuivait cette pensée. « N’est-ce pas étrange que les prédicateurs ne puissent pas voir cela ? » Billy répéta : « Je ne vais pas dans les endroits qu’ils fréquentent. » Elle le fixa de nouveau du regard. « Écoutez, je veux vous dire quelque chose. Vous êtes né sous un signe, comme un don pour l’humanité. Si seulement vous le reconnaissiez… » Il l’interrompit : « Je serai peut-être un autre Daniel Boone. J’aime chasser et je suis né au Kentucky. » « Non, je ne parle pas ça. » « Alors, alors, je serai peut-être un homme d’affaires, j’ai suivi l’école primaire. » Elle n’avait pas l’air amusée. « Ce n’est pas de ça que je parle. Je ne sais pas ce que vous serez, mais je vois par votre aura que vous êtes né pour être un don. Vous souvenez-vous de l’histoire des “mages” qui furent conduits par une étoile vers l’enfant Jésus ? » « Je ne connais rien de la religion. » « Mais vous avez entendu parler des “mages” qui allèrent voir l’Enfant Jésus, n’est-ce pas ? » « Oui. » « Et que sont les “mages” ? » « Oh, ils étaient seulement des mages, c’est tout ce que je sais. » Elle expliqua : « Ces “mages” étaient comme moi ; c’étaient des astrologues, des gens qui observent les étoiles. Vous savez, avant que Dieu fasse quelque chose sur la terre, Il le déclare toujours dans les cieux auparavant. C’est ce qu’Il a fait lorsque Jésus est né ; trois
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planètes se sont alignées et ont formé une conjonction qui attira l’attention d’astrologues qui vivaient en Orient. L’un d’eux était de la lignée de Sem, l’autre de Cham et l’autre de Japhet, les trois fils de Noé. Ils représentaient tous les peuples de la terre. Chacun de ces trois hommes voyagea en direction de l’Occident séparément, ne sachant pas que les autres venaient, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent à Jérusalem. Puis, ils allèrent à Bethléem et trouvèrent l’Enfant Jésus. Ils surent que Jésus était celui qu’ils cherchaient à cause de la couleur de son aura. Vous savez ce qu’est une aura, n’est-ce pas ? C’est la lumière surnaturelle de l’âme. Tout le monde a une aura ; elles sont de différentes couleurs et chaque couleur veut dire quelque chose. L’or signifie un don de Dieu. Ces “mages” adorèrent Jésus et Lui donnèrent des cadeaux. Ils s’en retournèrent lorsque les corps célestes se séparèrent pour suivre leurs orbites respectives. En commémoration du plus grand don que Dieu ait fait à l’humanité, son propre fils, Jésus, chaque fois que ces trois planètes s’alignent, Dieu envoie un don moins important aux hommes. Vous êtes né sous une telle conjonction. Il y a une aura dorée qui vous entoure. C’est la raison pour laquelle je connais la date et l’heure de votre naissance et que votre destinée est dans l’Ouest. » Par courtoisie, Billy avait essayé de l’écouter patiemment ; mais, maintenant, il en avait assez entendu. « Madame, tout ce que je sais, c’est que je suis garde-chasse pour l’État de l’Indiana et que je fais du mieux que je peux. Je ne suis pas religieux et ne veux plus en entendre parler ! » Billy se déplaça vers l’avant de l’autobus, le marin se retrouvant ainsi entre lui et l’astrologue, mettant irrémédiable fin à la conversation. Cependant, l’incident n’était pas facile à oublier et il troubla ses pensées à maintes reprises. Sa vie semblait tellement différente de celle des gens qu’il connaissait ; mais un don ? Qu’est-ce que ça pouvait signifier ? Et qu’y avait-il en lui qui attirait tous ces gens étranges ? La diseuse de bonne aventure lui avait dit qu’elle voyait une lumière qui le suivait ; l’astrologue lui avait parlé d’une aura. Billy ne pouvait mettre tout ça ensemble. La question tournait dans
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son esprit comme de la crème dans une baratte à beurre. Pourquoi était-il si différent ? Pourquoi avait-il senti cette pression immédiatement après être entré dans l’autobus Greyhound ? Et pourquoi était-il si malheureux lorsqu’on abordait le sujet de la religion ? Avait-il peur ? Peut-être que Dieu le cherchait et qu’il essayait de se cacher ? Et qu’est-ce que cette femme avait voulu dire lorsqu’elle avait dit que sa destinée était dans l’Ouest ?
Chapitre 9
Sa dernière chance
1931 — 1932
L ORSQUE WILLIAM BRANHAM eut 20 ans, il trouva par hasard un moyen de se faire un peu plus d’argent. Un jour, il emprunta une motocyclette Harley-Davidson. Alors qu’il faisait de la vitesse sur une route de gravier, il perdit le contrôle de la machine et se retrouva dans le fossé devant un site d’entraînement pour boxeurs. Plusieurs hommes virent l’accident et coururent vers la route pour voir s’il était blessé. Par chance, Billy n’était pas gravement blessé, mais il se sentait trop secoué pour se relever et reprendre la route. Alors les hommes lui suggérèrent d’entrer et de regarder quelques combats en attendant qu’il se sente mieux. Comme Billy entrait dans la salle, un des entraîneurs, un homme du nom de George Six Second Smith ouvrit la porte d’une cage à oiseau. Il en sortit un canari qui virevoltait si vite autour de la salle que Smith ne put l’attraper. Mais, lorsque l’oiseau passa comme une flèche près de la tête de Billy, celui-ci l’attrapa au vol. Six Second Smith siffla d’admiration. « Je n’ai jamais vu de mains aussi rapides. Jeune homme, avez-vous déjà envisagé de faire de la boxe de compétition ? » Cette remarque désinvolte fit réfléchir Billy à la boxe de compétition et il passa bientôt tous ses temps libres à s’entraîner à ce sport. Il courait de sept à huit milles [10,5 à 12 km] par jour, puis se présentait au site d’entraînement pour donner des coups de poing sur le punching bag jusqu’à ce qu’un boxeur lui demande de venir lutter avec lui sur le ring. En regardant Billy s’entraîner, Six Second Smith fut bientôt plus impressionné par la détermination de Billy que par sa vitesse. L’entraîneur passa de nombreuses heures avec
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Billy, lui enseignant les bons mouvements de pieds, la façon de bouger ses mains et le plus important de tout, comment encaisser des coups sans s’évanouir ? George Smith devait son surnom à son premier combat professionnel, alors qu’il avait mis son adversaire K.O. après seulement six secondes. Smith avait à peu près huit ans de plus que Billy, pesait environ 35 livres [18 kg] de plus que lui et était l’homme le plus dur qu’il ait rencontré de sa vie. La première fois que Billy monta sur le ring avec son entraîneur, ce dernier le mit en pièces sans pitié. Une fois, Smith frappa Billy tellement fort qu’il passa par-dessus les cordes et s’écrasa dans les chaises pliantes autour du ring. Il fallut un long moment à Billy pour se relever. Lorsqu’il retrouva finalement son souffle, il dit : « Six, pourquoi dois-tu me traiter de cette façon ? » Six Second Smith se mit à rire et dit : « Ce genre de traitement te fera le plus grand bien. » « Le plus grand bien ? Comment est-ce que ça pourrait me faire du bien ? Tu es presque en train de me tuer. » « Écoute-moi bien, Billy, peu m’importe ta condition physique. Chaque fois que tu reçois un coup, cela donne un choc à ton système et arrête l’afflux du sang vers ton cœur. En boxe, tu dois apprendre à encaisser un coup dur et revenir à toi tout de suite. Si ton corps n’est pas habitué à revenir à lui tout de suite, tu resteras étendu là et tu perdras le compte. Mais si tu es habitué, même si tu es mis K.O., tu reviendras à toi. C’est ma façon d’entraîner. Tu ne m’aimes peut-être pas maintenant, mais tu m’en seras reconnaissant quand tu commenceras la compétition. » Billy remonta sur le ring et continua. Il finit par avoir un tel contrôle de lui-même que Six Second Smith pouvait le frapper à l’estomac assez fort pour l’envoyer dans les cordes et ça ne dérangeait pas du tout Billy. Il rebondissait pour se battre. Dès qu’il réussit à tenir pendant huit ou dix rounds à entraînement, il commença à combattre dans le cadre des compétitions de boxe pour amateurs Golden Gloves.
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Billy faisait des progrès sur le ring. Que ce soit à l’entraînement ou lors d’un combat, il donnait tout ce qu’il avait. La boxe lui permettait de laisser échapper ses émotions ; toute la colère et la haine qu’il avait refoulées depuis si longtemps chargeaient ses bras comme des bâtons de dynamite. Sa vitesse et sa détermination le conduisirent de victoire en victoire. Chaque triomphe lui apportait plus de gloire et sa confiance en lui-même décupla. Jamais avant il n’avait expérimenté une telle reconnaissance et une telle acceptation. Il commença à avoir le sentiment qu’il était quelqu’un d’important. Il ne perdit aucun combat de boxe pour amateurs. Après un an passé dans les compétitions Golden Gloves, il devint professionnel. Il gagna quinze combats professionnels consécutifs, y compris un championnat en catégorie poids coq [113-118 livres = 50,8 kg-53,5 kg]1, qui rassemblait des boxeurs de trois États. Il pensa alors qu’il était imbattable. Mais un certain soir, il eut affaire à forte partie. Il devait se battre contre Bill Pritchard, un champion de boxe de la Virginie-Occidentale. La partie devait se tenir à Evansville, en Indiana. Billy se rendit à Evansville en voiture avec son ami, Howard McLean, un boxeur poids mi-moyen qui avait aussi un combat ce soir-là. Ils mangèrent à 3 h de l’après-midi, puis commencèrent à marcher en direction de l’arène afin de se reposer un petit peu avant que leurs mains soient bandées pour le combat. Billy portait un costume bleu. Il sortit un peigne de sa poche et le passa dans son épaisse chevelure noire. Howard regarda son ami et siffla : « Tu sais Billy, tu ressembles à un petit prédicateur baptiste. » Billy devint rouge de colère. Il était très sensible aux insultes et dans son esprit, prédicateur voulait dire la même chose que poule mouillée. « Attends une minute Howard, tu ferais mieux de sourire quand tu dis ça. » Billy écarta les jambes et leva les poings. Bien que Howard ait pesé 30 livres [15 kg] de plus que lui, Billy était prêt à s’attaquer à lui. Mais Howard rit, insistant
1 Poids coq : 113-118 livres [56 à 59 kg] poids mi-moyens : 136–147
livres [68 à 74 kg]
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sur le fait que ce n’était qu’une plaisanterie. Alors Billy baissa les poings. Ce soir-là, sur le ring, Billy fut surpris de la force et la rapidité de son adversaire. Pritchard le frappait avec une rage qu’il ne pouvait égaler. Pour la première fois de sa carrière de boxeur, Billy ne se sentit pas sûr de lui-même. Au début de la partie, lorsqu’il réalisa qu’il était en difficulté, il espérait pouvoir obtenir le match nul contre Pritchard. Mais alors que le combat progressait et que Billy ne cessait d’encaisser les coups, il se demanda si Pritchard allait finir par le tuer. Vers la fin du combat, alors qu’il se reposait entre deux rounds sur son tabouret, il leva les yeux vers le plafond et pria silencieusement : « Ô, Dieu, si Tu me laisses sortir vivant de ce combat, je Te promets d’arrêter la boxe. » Après ce soir-là, Billy ne remonta plus jamais sur un ring de boxe.
Bill Pritchard
UN JOUR d’automne 1931, Billy réparait des compteurs à la New Albany Gas Works. Alors qu’il recherchait des fuites éventuelles, il fut atteint par des émanations de gaz et il s’écroula par terre. Les séquelles de cet accident le dérangèrent constamment
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par la suite. Il souffrait de maux de tête. Sa vue était trouble. Il avait de la difficulté à manger ; il avait des brûlures d’estomac toutes les fois qu’il mangeait et les sucs gastriques remontaient dans sa bouche et lui brûlaient la gorge. Son employeur, les Services publics de l’Indiana lui paya des consultations chez plusieurs médecins spécialistes à Louisville, Kentucky, mais les médecins avaient de la difficulté à localiser le problème. Après plusieurs examens, ils déclarèrent que c’était une appendicite. Cela surprit Billy, car sa douleur se situait au niveau de l’estomac et non dans son côté. Mais les spécialistes le convainquirent que les gaz qui l’avaient empoisonné rendaient les investigations confuses, masquant les symptômes de l’appendicite. Son appendice était enflammé et ils insistèrent pour l’enlever. Billy accepta avec réticence de se faire opérer, et seulement si l’on faisait une anesthésie locale. Il avait des souvenirs terrifiants de l’opération qu’il avait subie à l’âge de 14 ans, lorsque ses jambes avaient été déchiquetées par ces coups de fusil. À cette époque, il avait failli ne jamais sortir de l’anesthésie ; et il ne pouvait oublier l’expérience horrible qu’il avait vécue, alors qu’il tombait dans les régions des âmes perdues ; les ténèbres, le brouillard, la solitude et ces faces hideuses ! Il ne voulait plus jamais voir cet endroit. Parce qu’il était nerveux et inquiet, Billy voulut quelqu’un près de lui pendant l’opération, quelqu’un qui sache prier, alors il demanda au ministre local de la Première Église Baptiste de rester près de lui. Son appendice fut enlevé avec succès et l’on reconduisit Billy jusqu’à sa chambre. Étendu parfaitement conscient sur son lit d’hôpital, Billy sentit son pouls devenir plus faible de minute en minute. Il essaya d’appeler l’infirmière, mais sa voix n’était qu’un murmure et ses bras étaient trop faibles pour bouger. Sa respiration devint superficielle ; les battements de son cœur ralentirent au point qu’il n’y en avait presque plus. Il pensa : « Est-ce que c’est la mort ? Est-ce que je m’en vais ? » La lumière de la chambre devint pénombre et les murs prirent l’aspect d’arbres dans la brume. Il lui semblait être dans une forêt sombre. Un peu plus loin, il pouvait entendre le vent souffler. Faible au début, le bruit augmenta lentement, alors qu’il se
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rapprochait de lui. Billy fut pris de panique. Ça y est ! C’est la mort qui vient me prendre ! Il essaya de prier, mais ne put trouver les mots. Le vent se rapprocha jusqu’à ce que les arbres près de lui en soient secoués avec force. Puis, soudain, le paysage changea, la forêt sombre disparut brusquement et Billy se retrouva à l’ombre d’un grand peuplier argenté. C’était le même arbre qu’il avait évité depuis qu’il avait eu tellement peur, lorsqu’il était un petit garçon. Il n’y avait pas un souffle d’air et l’atmosphère était oppressante, comme lors d’une journée où le taux d’humidité est de quatre-vingt-dix-neuf pour cent. Un bruissement dans les feuilles lui fit lever les yeux. Il vit alors le même tourbillon dans les branches, entendit la même voix profonde qui disait : « Ne bois jamais, ne fume ni ne souille ton corps d’aucune façon. Je t’ai appelé et tu n’es pas allé. » Billy se souvint soudain de ce jour plusieurs années auparavant, lorsque la voix lui avait dit : « Il y a un travail pour toi lorsque tu seras plus âgé. » Et maintenant, elle répétait l’accusation : « Je t’ai appelé et tu n’es pas allé. » Billy était terrifié. Avait-il manqué le but de sa vie ? Était-il trop tard ? Frénétiquement, il appela à haute voix : « Qui a appelé ? Qui es-tu ? Et que voulais-tu que je fasse ? » La voix répéta pour la troisième fois : « Je t’ai appelé et tu n’es pas allé. » Billy cria : « Jésus, si c’est Toi, laisse-moi revenir sur la terre et je prêcherai Ton Évangile sur les toits des maisons et aux coins des rues. J’en parlerai à tout le monde ! » En un instant, Billy fut de retour dans son lit d’hôpital. Son cœur se mit à battre fort et il inspira profondément. Il allait vivre. Le chirurgien qui était à son chevet fut surpris de voir les joues de Billy rougir et ses forces revenir si rapidement. Il se tourna vers Charles et Ella et dit : « Je ne suis pas un homme qui va à l’église. Mon métier ne me laisse pas beaucoup de temps, mais je sais que Dieu a visité ce garçon. » Par nécessité, Billy retourna au travail dès que les points de suture furent en mesure de supporter le stress. Malheureusement,
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l’opération ne guérit aucun de ses anciens symptômes. Durant l’hiver 1931-32, son état empira. Son estomac rejetait presque tout ce qu’il mangeait et il ne vivait que de purée d’orge et de jus de pruneaux et même cela ne restait que rarement. Ses yeux développèrent un astigmatisme, si bien qu’il ne voyait pas sans d’épaisses lunettes. Lorsqu’il les enlevait, sa tête tremblait tellement que le coiffeur n’arrivait pas à lui couper les cheveux. Les spécialistes de Louisville étaient déroutés. Après lui avoir fait passer toute une série de tests, un médecin lui dit : « Monsieur Branham, j’ai bien peur que votre condition soit sans espoir. Votre estomac est un gros nœud de plaies. Vous allez devoir faire un régime strict composé d’aliments légers pour le reste de votre vie. N’oubliez jamais cela, car une seule bouchée de nourriture solide vous tuerait. » Billy retourna à la maison, malade et déprimé. Mais, au moins, il était en vie. Maintenant, il était déterminé à trouver Dieu afin de pouvoir tenir sa promesse. Il commença à lire la Bible avec un grand sérieux. Et plus il lisait, plus ça l’encourageait. Il pouvait s’identifier avec certaines des expériences qu’il lisait, comme lorsque des hommes ou des femmes entendaient la voix de Dieu leur parler directement. Était-il possible que ce fût Dieu qui lui avait parlé lorsqu’il était sous le peuplier alors qu’il était un petit garçon ? Il s’en était toujours douté, mais, il n’en fut pas convaincu avant de lire le passage où Dieu parle à Job dans un tourbillon.2 Cela le convainquit. Puis, quand Billy plongea dans la vie de Jésus, Pierre et Paul, il se mit à brûler d’excitation. Il trouvait enfin une explication à ces états étranges, comme des transes, qu’il avait expérimentés, alors qu’il était tout à fait conscient et qu’il se retrouvait tout à coup dans un autre lieu, regardant quelque chose arriver qui semblait aussi réelle que les chaussures qu’il avait aux pieds. La Bible appelait ça des visions. Sa vie n’était peut-être pas si étrange, après tout. Peut-être était-ce seulement Dieu qui traitait avec lui.
2 Job 38.1 et 40.6
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Billy commença à visiter différentes églises de la région, demandant comment il pouvait rencontrer Dieu. Mais, au lieu de trouver un accord général et un chemin clair et bien établi, il fut confronté à des opinions contradictoires qui créaient la confusion. La Première Église Baptiste voulait qu’il inscrive son nom dans leur registre d’église et ils lui auraient alors donné une lettre d’admission. Les luthériens voulaient qu’il suive des cours pour la Confirmation. Les catholiques lui dirent qu’il devait reconnaître le pape en tant qu’autorité suprême de Dieu sur la terre et assister à la messe tous les dimanches. Les adventistes du Septième jour lui dirent qu’il devait observer le samedi comme jour du sabbat. Chaque église croyait avoir le monopole de la vérité, à l’exclusion des autres. Billy ne savait que faire. Il n’avait aucune idée où trouver Dieu. Puis il se dit : « Je sais que je L’ai vu dans la nature. Je vais aller Lui parler dans les bois. » Il se rendit à son lieu de chasse préféré, mais cela ne fut pas efficace. Il ne savait pas quoi dire et il se sentait stupide de parler alors que personne ne semblait écouter. Puis, il eut une idée. Pourquoi ne pas écrire une lettre à Dieu ? Cela semblait être une bonne idée, alors il écrivit : Cher Monsieur, Je sais que vous prenez parfois ce sentier, car je chasse l’écureuil et je sais que vous passez par là. Je vous veux. Pourriez-vous venir une fois parler avec moi ? J’aimerais vous dire quelque chose. Billy Branham Après avoir accroché sa lettre à un arbre, Billy rentra à la maison, pensant revenir plus tard pour voir si cela avait donné quelque chose. Mais le jour suivant, il eut des doutes, se disant : « Maintenant, un instant. Je n’ai jamais vu personne là-bas dans ces bois. En outre, si Dieu est partout, je devrais pouvoir le trouver aussi bien en ville qu’à la campagne. Mais cela me ramène à mon problème original. J’aimerais parler à Dieu, mais je ne sais pas comment m’y prendre. »
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Il alla donc à la vieille remise derrière la maison et ferma la porte. L’intérieur de la remise était très humide à cause des averses qu’il y avait eu la nuit précédente. Ignorant la terre humide, il s’agenouilla près d’un vieux Ford de modèle-T. Son esprit était concentré sur un seul but, parler avec son Créateur. Il murmura : « Maintenant, comment est-ce que je fais ça ? J’ai vu des images de gens qui priaient et je crois qu’ils mettaient leurs mains comme ça. » Il joignit ses mains à plat devant lui, dans la position classique de la prière. « Maintenant qu’est-ce que je vais dire ? Il y a une façon de le faire et je ne la connais pas. » Il décida que la seule manière d’arriver à quelque chose était de tâtonner et d’essayer. « Cher Monsieur, j’aimerais que Vous veniez parler un moment avec moi. Je voudrais Vous dire combien je suis mauvais. » Il s’arrêta pour écouter. La remise demeura parfaitement silencieuse. « Peut-être aurais-je dû mettre mes mains comme ça. » Et il croisa ses doigts et essaya de nouveau : « Cher Monsieur, je ne sais pas vraiment comment faire cela, mais, je crois que Vous allez comprendre. Voulez-Vous m’aider ? » Il s’arrêta de nouveau pour écouter. Rien. Mais, cette fois, sa retenue se brisa complètement. Les larmes jaillirent de ses yeux, comme il criait : « Monsieur, je vais vous parler même si Vous ne me parlez pas. Monsieur Dieu, je ne suis pas bon. J’ai honte de moi. Je regrette de Vous avoir négligé pendant toutes ces années. Mais, maintenant, je Vous veux. S’il vous plaît, venez me parler. » Soudain, il se sentit étrange. Lorsqu’il ouvrit les yeux et leva la tête, un frisson de peur parcourut sa colonne vertébrale. Une lumière brillante de couleur ambre flottait dans l’air devant lui en formant une croix parfaite. Des profondeurs de cette énergie sortit une voix parlant une langue que Billy n’avait jamais entendue. Puis, elle disparut. Billy demeura sur ses genoux, le souffle coupé et incapable de bouger. Finalement, il trouva la force de dire : « Monsieur, je ne comprends pas votre langue, mais j’en déduis que je dois m’identifier à cette croix… et mes péchés sont censés y être aussi. Si Vous voulez bien me pardonner, alors revenez et parlez votre
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langue. Si Vous ne parlez pas la mienne, je comprendrai comme ça. » La croix apparut de nouveau, éclatante de lumière et de chaleur. Billy ferma les yeux et étendit les bras. Il ressentit une sensation étrange qui ressemblait à des gouttes de pluie chaude bombardant son corps. Il se sentit soudain libre et en paix, comme si un poids de cent livres [50 kg] avait été enlevé de ses épaules. Lorsqu’il ouvrit les yeux, la croix était partie. Transporté, submergé, Billy quitta la remise en courant et entra dans la maison en coup de vent. Étonnée, sa mère lui demanda : « Billy, qu’est-ce qui se passe ? Es-tu nerveux ? » « Non, Maman. Quelque chose de merveilleux vient de m’arriver. » « Qu’est-ce que c’est ? » « Je ne le sais pas, mais je me sens si bien. » Il se précipita à nouveau dehors, cherchant une façon de laisser exploser sa joie. Une voie de chemin de fer passait juste derrière la maison. Billy enjamba le remblai et courut le long des rails, s’arrêtant parfois pour sauter en l’air et donner des coups de poing, boxant dans le vide pour donner libre cours à ses sentiments. Finalement, enfin, il avait trouvé Dieu à la croix de Jésus-Christ. Quelques jours plus tard, Ella lui dit : « Billy, j’ai rêvé de toi la nuit dernière. Je t’ai vu debout sur un nuage blanc et tu prêchais au monde entier. » Cela sembla très étrange à Billy, car sa mère ne rêvait presque jamais.
Chapitre 10
Le premier test de foi
1932
E N AUTOMNE 1932, William Branham vérifiait les compteurs électriques dans une petite rue de New Albany, lorsqu’une automobile vint se stationner derrière son camion de service. La porte de l’auto s’ouvrit et il en sortit une ravissante jeune fille. Ses cheveux noirs étincelaient au soleil et ses yeux foncés semblaient briller d’un feu intérieur. Un seul regard dans sa direction et Billy en oublia sa résolution de demeurer célibataire. La jeune fille défroissa sa robe, attrapa un paquet qui était sur un siège de l’auto et commença à marcher. Billy se mit à transpirer. S’il ne disait pas quelque chose maintenant, il pourrait ne plus jamais la revoir. Il se jeta à l’eau. « Bonjour, madame. Belle journée, n’est-ce pas ? » La jeune fille se retourna et sourit. « Belle ? Mais, elle est magnifique ! » Elle leva les mains et décrivit un cercle. « Regardez seulement ces érables, rouges et oranges. Ils sont absolument sensationnels. » « Oui, je crois qu’ils sont, uh, sensationnels. » En fait, il trouvait que c’était elle qui était sensationnelle. « Je m’appelle Billy Branham. Je travaille pour le département des Services publics et je vérifiais ces compteurs. » Elle tendit la main. « Ravie de vous connaître Billy. Je suis Hope Brumbach. Peut-être avez-vous entendu parler de mon père, Charlie Brumbach ? Il est contremaître aux chemins de fer. » « Non, je n’ai pas l’impression de le connaître. Vous habitez par ici ? »
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« Cette maison là-bas. » Elle désigna une maison en haut de la rue. Billy sentait qu’il faisait des progrès ; il savait non seulement son nom, mais, aussi où elle habitait. Mais ce n’était pas suffisant. Il continua à poser des questions à Hope, cherchant une excuse pour la revoir. En continuant ses investigations, il apprit qu’elle était chrétienne et qu’elle allait à l’Église Baptiste Missionnaire locale sur la rue Watt à Jeffersonville. Il avait trouvé une entrée en matière. « Vous savez, je suis devenu chrétien il y a seulement quelques semaines et je ne vais pas à une église en particulier, je vais peut-être visiter votre église dimanche pour voir si je l’aime. » « Je vais vous garder une place », dit-elle avec un sourire. Lorsque Billy se présenta à l’église, le dimanche suivant, un siège libre l’attendait à côté de Hope. Après le service, elle lui parla un petit moment avant de retourner chez elle. Plaisante et radieuse, cette jeune fille de 19 ans l’intéressait plus que toutes les femmes qu’il avait rencontrées dans sa vie. Il y avait quelque chose de rafraîchissant dans sa joie et son innocence. Comme un aimant, elle l’attira à l’église de la rue Watt, encore et encore jusqu’à ce qu’il devienne un membre régulier. Billy admettait que s’il avait choisi la Mission Baptiste entre toutes les églises de la ville, c’était parce que Hope Brumbach y allait. Cependant, il éprouva bientôt un profond respect pour son pasteur. Le Dr Roy Davis prêchait que Dieu ne valait pas plus que Sa Parole et qu’un chrétien ne valait pas plus que sa foi dans la Parole de Dieu, une chose qui frappa Billy comme étant la pure vérité. Le Dr Davis exhortait les membres de son assemblée à croire la Parole de Dieu de tout leur cœur et à la mettre en pratique dans leur vie quotidienne. Et mieux encore, ce pasteur semblait mettre en pratique ce qu’il prêchait. Un matin, à l’église, le Dr Davis raconta une histoire. Alors qu’il était jeune, un incroyant traversait le pays, allant d’église en église, et soumettait la foi chrétienne à un test difficile. Le Dr Davis l’entendit lors d’une grande réunion à Memphis, dans le Tennessee. L’homme lut dans Marc, le chapitre 16, où Jésus dit : « Voici les
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miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon Nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris. » Puis l’incroyant plaça une bouteille d’acide sulfurique sur le podium et jeta un défi à l’auditoire : « Vous qui êtes censés être chrétiens, Jésus a dit que si vous croyez, vous pourriez boire n’importe quel breuvage mortel et que cela ne vous ferait aucun mal. Maintenant, si ceci est la Parole de Dieu inspirée, buvez cet acide sulfurique. » Et il répéta son défi plusieurs fois, critiquant les chrétiens pour leur manque de foi et se moquant même de l’idée d’un Dieu. Le jeune Dr Davis dit à un évêque méthodiste âgé qui était assis à côté de lui : « Si cet incroyant jette ce défi encore une fois, je m’avancerai et boirai. » L’évêque essaya de l’en dissuader. « Cet homme est fou. Laisse-le, mon fils. La Bible dit : “Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu”. » Mais Davis était déterminé. « Non, je ne le laisserai pas tranquille. Et si je meurs dans mes souliers, j’irai au ciel en croyant la Parole de Dieu ! » L’incroyant riait de l’embarras des chrétiens. « Et parmi vous qui croyez que Dieu est si réel ? Faites ce test de l’acide sulfurique. » Le Dr Davis gagna le podium à grandes enjambées, se retourna et s’adressa à l’auditoire d’environ 3 000 personnes. « J’ai 25 ans. Je suis un ministre de l’Évangile. Je sais que mon Dieu est capable de me délivrer de cet acide sulfurique ; mais, même s’Il ne le fait pas, je ne laisserai pas cet incroyant défier la Parole de Dieu comme cela. » Il saisit la bouteille d’acide sulfurique et la but jusqu’à la dernière goutte sans souffrir du moindre effet néfaste. Puis, il prêcha l’Évangile avec tellement de conviction que 1 500 personnes consacrèrent à nouveau leur vie à Jésus-Christ. En écoutant cette histoire, Billy se dit que le vieil évêque méthodiste avait démontré plus de bon sens que le jeune Dr Davis. Pourquoi quelqu’un devrait-il prouver Dieu ? Jésus n’avait-il pas dit
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à propos des pharisiens incrédules : « Laissez-les. Si les aveugles conduisent les aveugles, ne tomberont-ils pas tous dans la fosse ? » Mais, même si Billy n’était pas d’accord avec ce que le Dr Davis avait fait, il admirait la foi de son pasteur. Le fait d’être exposé à un homme ayant une telle conviction inspirait Billy à porter une grande attention à la Parole de Dieu. Le premier petit chœur que Billy apprit à l’église fut : « Être comme Jésus, être comme Jésus, sur terre je languis d’être comme Lui. Pendant tout mon voyage de la terre à la gloire, je ne demande qu’à Lui ressembler. » Cela devint une prière constante dans le cœur de Billy : « Jésus, aide-moi à être comme Toi. » Après avoir lu le Nouveau Testament pour la deuxième fois, Billy réalisa qu’il avait besoin d’être baptisé. Il lut dans Matthieu 28, où Jésus dit à Pierre et aux autres disciples « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, Fils et Saint-Esprit. » Puis, il lut dans Actes, au chapitre 2, où plusieurs semaines après, Pierre ordonna au peuple : « Que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ. » Il sembla à Billy que, si quelqu’un devait savoir ce que Jésus avait voulu dire lorsqu’il donna sa grande commission, c’était bien Pierre et les autres disciples. Alors Billy demanda au Dr Davis de le baptiser de la même façon que les apôtres baptisaient dans le livre des Actes. Bien que cela fût contraire à la doctrine de la Mission Baptiste, le Dr Davis obtempéra et Billy fut baptisé au Nom du Seigneur Jésus-Christ. Des mois avaient passé depuis son accident à la New Albany Gas Works. La santé de Billy empirait au lieu de s’améliorer. Maintenant, sa tête tremblait même lorsqu’il portait ses épaisses lunettes et, sans elles, il était presque aveugle. Son estomac lui faisait mal, même s’il ne consommait que de la purée d’orge et du jus de pruneaux. Et le plus alarmant dans tout ça était qu’il sentait ses forces décliner à cause de son régime déséquilibré. Mais, maintenant, il avait un nouveau remède, la foi. Il avait lu où Jésus disait : « Tout ce que vous demanderez avec foi vous le recevrez. »3 Puis il lut, dans Jacques 5 : « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il
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appelle les anciens de l’Église, et qu’ils prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera. » C’était sa réponse. Immédiatement après avoir lu cela, Billy courut à la maison du Dr Davis et demanda à l’ancien de l’oindre d’huile et de prier. Puis, étant dans la joie et clamant sa guérison, il s’en retourna chez lui. Ce soir-là, au souper, Billy mit sa Bible sur la table, confessa sa guérison et annonça à sa famille que, dorénavant, il mangerait comme les autres. Inquiète de cette déclaration, sa mère lui dit : « Billy, ça ne me dérange pas que tu aies de la religion, mais, tu sais ce que le médecin a dit : une seule bouchée de nourriture solide te tuerait. » Billy répliqua : « Je sais aussi ce que Dieu a dit et Il a dit que j’étais guéri ! Est-ce qu’on peut prier ? » Il n’y avait encore jamais eu de prière à la table des Branham. Ne sachant que faire, Charles demeura figé sur sa chaise. Ella lança un dernier regard désespéré à son fils, puis fondit en larmes. Billy inclina la tête en priant : « Dieu, si je meurs, je m’en irai à la maison en Te faisant confiance. Ta Parole dit que je suis guéri. J’ai le choix entre considérer ce que le médecin a dit et considérer ce que Tu as dit. J’ai cru ce que le médecin a dit pendant un an, mais mon état ne s’est pas amélioré ; en fait, je vais moins bien. Je ne considérerai plus ce que le docteur a dit. Maintenant, je considère ce que Tu as dit. S’il Te plaît, bénis ces aliments pour nos corps ; je le demande au nom de Ton fils Jésus-Christ. Amen. » Mettant de côté son verre de jus de pruneaux, Billy se servit des haricots, des oignons et du pain à la farine de maïs. Aussitôt que la première bouchée atteignit son estomac, elle remonta. Billy mit sa main devant sa bouche et l’avala de nouveau. Elle remonta encore. Une fois encore, il l’avala. Encore et encore, son estomac protesta contre l’invasion de nourriture solide, l’acide brûlant sa gorge et sa bouche. Mais, Billy refusa de considérer son estomac. Il garda ses pensées sur ce que Dieu avait dit et non sur ce qu’il ressentait. Il continua à ravaler la même bouchée de haricots, jusqu’à ce qu’elle
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demeure dans son estomac. Puis, il prit une bouchée d’oignons bouillis. Après le souper, Billy s’enferma dans sa chambre. Son estomac lui faisait tellement mal qu’il en avait les larmes aux yeux. Il avait constamment des renvois acides. Faiblement, il se mit à chanter un petit chœur qu’il avait appris à l’église : « Je peux, je veux, oh oui, je crois ; je peux, je veux, oh oui, je crois ; je peux, je veux, oh oui, je crois que Jésus me guérit. » Il s’écroula sur son lit. Et d’une voix à peine plus forte qu’un murmure, il dit : « Seigneur, je Te prends au mot. »
Hope (Brumbach) Branham
Sa mère frappa à la porte. « Comment te sens-tu Billy ? » « Je me sens bien. » « J’ai appelé le médecin. Il a dit que tu allais mourir. » Billy ravala l’acide gastrique qui lui montait dans la bouche. « Je ne vais pas mourir, Maman, je me sens merveilleusement bien », ne
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parlant pas de comment il se sentait dans son corps, mais de son sentiment face à la promesse de Dieu. Le lendemain matin, la marmite de haricots était toujours sur le fourneau. Ella se retourna lorsque son fils entra à la cuisine. « Qu’est-ce que tu veux pour déjeuner, Billy ? » « J’aimerais encore des haricots et du pain de maïs. » Les jours passèrent et il souffrait toujours. Chaque repas était une lutte physique, son estomac ripostait en envoyant des acides brûlants et sa tête était tout étourdie. Mais dans le domaine de la foi, il ne combattait ni ne chancelait. Il se répétait constamment les paroles de Jésus : « Si tu peux le croire, tout est possible à celui qui croit. »4 C’était son ancre et en dépit de tous les symptômes contraires, il continua à témoigner que Jésus-Christ l’avait guéri. Il lut aussi l’avertissement de Paul ; « Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres. » 5 À ces mots, un sentiment de culpabilité envahit son cœur. Il devait alors 2 000 $ [1 400 €] de frais médicaux liés à son opération. Après avoir prié à ce sujet, il réalisa que Dieu n’interdisait pas aux chrétiens d’avoir des dettes, mais, Il leur disait plutôt de rembourser ce qu’ils pouvaient de leurs dettes et de ne pas les laisser impayées. Billy devait 300 $ [210 €] à un pharmacien, M. Mason, un homme sympathique qui n’avait jamais refusé de médicaments à Billy parce que la famille Branham était pauvre. Billy descendit à la pharmacie et dit à M. Mason : « Je vous dois de l’argent et je vais vous payer. Je suis encore très faible, des suites de l’opération, mais j’essaie de travailler. J’ai un travail aux Services publics de l’Indiana et je gagne vingt cents [0,14 €] de l’heure. J’essaierai de vous payer quelque chose prélevé sur chacune de mes payes. Je suis un chrétien, maintenant, et mon premier devoir est envers Dieu. Je lui dois d’abord mes dîmes. Ensuite, ma seconde tâche est de payer mes dettes. Je suis très serré, financièrement,
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mon père est malade et j’aide à subvenir aux besoins de ma mère, de mes sept frères et de ma sœur. Mais, j’essaierai de vous donner au moins vingt-cinq cents [0,18 €], chaque jour de paye. » Les jours devinrent des semaines et Billy souffrait encore. Mais, petit à petit, après quelques mois, son état s’améliora à un tel point qu’il put manger tout ce qu’il voulait sans le moindre malaise. Son astigmatisme se corrigea à tel point qu’il n’eut bientôt plus besoin de lunettes. Lorsqu’il fit contrôler ses yeux, il obtint 20 sur 20, une vision parfaite. Il était rempli d’allégresse ; et sa confiance dans les promesses de Dieu fit un bond en avant.
Chapitre 11
CONSACRÉ POUR UN ÉVANGILE
SURNATUREL
1932
W ILLIAM BRANHAM et le Dr Davis se respectaient mutuellement ; Billy était inspiré par l’exemple de foi du vieil homme et le Dr Davis était impressionné par le zèle du jeune homme. Il ne se passa pas beaucoup de temps avant que le pasteur lui fasse une suggestion ; Billy devrait peut-être réfléchir à l’éventualité d’entrer dans le ministère. Le Dr Davis avait, de son organisation nationale, le pouvoir d’accorder un « permis de travail » à des personnes qui promettaient ; elles pouvaient ainsi être reconnues comme ministres dans la Mission Baptiste, sans suivre de formation officielle ou autre. Billy n’avait pas oublié sa promesse ; lorsque la mort était venue le réclamer l’année d’avant, il avait dit au Seigneur que, s’Il lui accordait la chance de vivre, il prêcherait l’Évangile sur les toits des maisons et aux coins des rues. Il était enchanté de s’en voir offrir la possibilité. Alors, peu avant Noël 1932, le Dr Roy Davis consacra William Marrion Branham comme ministre de l’Évangile de Jésus-Christ, selon les lois et règlements de la Mission Baptiste. Billy avait 23 ans. Quelques jours après sa consécration, Billy travaillait à New Albany à la tâche qu’il aimait le moins, couper les services aux gens qui ne pouvaient payer leurs factures d’eau, de gaz ou d’électricité. Il frappa à une porte pour avertir les occupants de la maison qu’il allait devoir couper la lumière. La femme qui répondit à la porte commença à l’insulter sans pitié.
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À la première occasion, Billy lui dit : « Madame, vous ne devriez pas jurer comme ça. Ne craignez-vous pas Dieu ? » « Dis-toi bien, espèce d’idiot, coupa-t-elle, que, si je voulais qu’on me parle de Dieu, je n’irais pas chercher un demi-sang comme toi. Ta mère doit être… » et elle se moqua en donnant une description crue et vile de sa mère et de ses ancêtres. Billy avait toujours dit : « si un homme s’attaque à une femme, c’est qu’il n’est pas assez homme pour se confronter à un autre homme. » Mais, en écoutant cette femme dire de telles ordures à propos du bon caractère de sa mère, il aurait brisé ce précepte si cela s’était passé une année plus tôt. Il aurait fulminé de rage et aurait répliqué. Mais, maintenant, ses insultes ne le dérangeaient même pas. Comme la pluie qui glissait sur des bottes de caoutchouc, ses insultes n’entamèrent pas la paix qui entourait l’âme de Billy. Il dit poliment : « Je vais prier pour vous, madame » et il partit. Billy sut à ce moment que le changement qui s’était opéré en lui était bien réel et permanent. Le prochain endroit où il devait se rendre pour couper les services était une maison dont les gens avaient déménagé. Comme le bâtiment était vide et la porte entrouverte, Billy entra pour prier et remercier le Seigneur. S’agenouillant sur le sol, il joignit les mains, mais, avant même qu’il ferme les yeux, le décor de la pièce changea. Les murs n’étaient plus couverts de papier peint rayé aux couleurs vives ; ils étaient blancs. Et la pièce n’était plus vide. Billy regardait un homme de couleur qui avait les cheveux blancs et une moustache et qui était étendu sur ce qui semblait être un lit d’hôpital. On aurait dit que l’homme avait eu un grave accident ; ses bras, ses jambes et sa poitrine étaient tous couverts de bandages. À côté du lit, tout près de Billy, se tenait une dame âgée de couleur. (Peut-être était-ce la femme de l’homme, puisqu’ils avaient l’air sensiblement du même âge.) Billy perçut du mouvement en dehors de son champ de vision. Se retournant il vit un jeune homme et une jeune femme, tous deux de race blanche, qui entraient dans la pièce et qui se tinrent de l’autre côté du lit. Leur visage avait l’air triste, mais à part la tristesse, Billy ne pouvait faire le lien entre eux et le vieil homme enveloppé
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de bandages. Puis, deux autres personnes entrèrent dans la pièce, deux jeunes hommes. Ils faisaient face au lit, si bien que Billy ne pouvait pas voir leurs visages. Ces deux hommes lui semblaient étrangement familiers, bien que Billy puisse les reconnaître seulement de dos. Oui, oui, il reconnaissait l’un d’eux. C’était son ami, George DeArk, qu’il avait conduit au Seigneur quelques semaines auparavant. Et l’autre ? Il essaya de situer l’autre. Qui, parmi les gens de sa connaissance, avait une épaisse chevelure noire bouclée ? À ce moment-là, l’homme se tourna pour parler à la dame âgée à côté de lui. Billy sursauta de stupeur. C’était lui-même qu’il regardait ! Billy se vit se pencher au-dessus du lit et prier pour le malade de couleur. Instantanément, l’homme s’assit dans son lit et se mit à enlever ses bandages. Puis la vue de Billy fut obscurcie par beaucoup d’infirmières et de médecins qui entraient dans la chambre en courant. Le spectacle s’effaça et Billy se retrouva ailleurs. Il se tenait maintenant dans la rue, en face de l’hôpital. Comme il regardait, la porte d’entrée s’ouvrit et le même vieil homme sortit et descendit les marches comme s’il n’avait jamais été blessé. Il n’avait plus de bandages et portait un manteau brun et un chapeau Gibus. Puis soudain, la scène prit fin et Billy se retrouva agenouillé sur un sol nu, dans une maison vide dont les murs étaient couverts de papier peint rayé. Que s’était—il passé ? Où était-il allé ? Il n’avait pas bougé d’un pouce, mais, s’était retrouvé dans une chambre d’hôpital à être témoin d’une scène extraordinaire. De quelle façon ? Ça ne pouvait pas être un rêve. Il était tout à fait réveillé. Et l’action qui s’était déroulée à l’hôpital avait été aussi réelle que ses deux mains jointes sur son cœur. Bien qu’il ne comprenne pas ce que ça voulait dire, Billy était pressé de raconter cette vision à la première personne disposée à écouter qu’il rencontrerait. Cela s’avéra être John Potts, un chrétien qui était assis au bureau de la compagnie des Services publics. C’était juste avant l’heure de partir. M. Potts ne dit pas grand-chose pendant que Billy parlait, juste de temps en temps « Ah-ah… est-ce bien vrai… ? Hum, c’est intéressant. »
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Le lendemain matin, aussitôt que Billy apparut dans l’encadrement de la porte, M. Potts le prit à part. « Dis, Billy, à propos de ce rêve que tu as fait hier après-midi… » « M. Potts, ce n’était pas un rêve, j’étais aussi réveillé que maintenant. Je ne sais pas exactement ce que c’était, peut-être une sorte de transe, j’imagine. » « D’accord, si tu le dis. Quoi qu’il en soit, il se pourrait que j’aie une idée à propos de ce que ça veut dire. Hier soir, je suis allé rendre visite à un de mes amis à l’Hôpital Catholique de New Albany. Un des patients qui étaient là correspondait à la description de l’homme que tu as vu dans ta, euh, transe. Il s’appelle William Merrill. C’est un homme de couleur d’environ 65 ans et il est vraiment mal en point. Je lui ai parlé un peu, hier soir. Il semble qu’il possède une charrette et deux chevaux et qu’il gagne sa vie en ramassant les ordures dans les rues de New Albany. Il y a de deux jours, un jeune homme et une jeune fille roulaient en voiture à grande vitesse, lorsqu’ils perdirent le contrôle de leur véhicule à un coin de rue. Ils percutèrent sa charrette et lui fracturèrent les bras, le dos et les jambes. Je lui ai parlé de toi et de ta transe. Il est devenu tout excité et m’a supplié de te demander de venir prier pour lui. » « Je me demande si c’est bien l’homme que j’ai vu. » Toute la journée, Billy se demanda ce qui allait se passer s’il priait pour un homme aussi mal en point que M. Merrill semblait l’être. Cette pensée rendit Billy nerveux. Est-ce que l’homme s’assiérait vraiment dans son lit et commencerait à enlever ses bandages ? Puis Billy pensa aux sermons que le Dr Davis avait prêchés, pressant les gens à croire dans la puissance surnaturelle de Dieu à accomplir des miracles. Lorsque Billy eut terminé son travail, il se sentait prêt. Il se rendit chez son ami George DeArk et s’ouvrit à lui au sujet de cette histoire fantastique. George lui dit : « Certainement Billy, je vais aller avec toi prier pour cet homme. » Et comme ils montaient les marches de l’hôpital, Billy expliqua : « Frère George, toutes ces choses étranges qui m’arrivent, je ne les comprends pas ; mais je sais que je ne peux pas prier pour ce vieil
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homme avant que ces deux jeunes gens soient dans la pièce et se tiennent de l’autre côté du lit, parce que je dois faire exactement comme cela m’a été montré. Alors, je ne sais pas si cela arrivera ce soir. Mais attends un peu et tu verras que cet homme sera guéri. » Une fois à l’intérieur, Billy demanda à voir M. Merrill et on le dirigea vers sa chambre. Un seul regard à l’homme dans le lit et Billy sut qu’il était au bon endroit. C’était bien l’homme qu’il avait vu la veille. « Bonsoir monsieur. Je m’appelle Billy Branham. Il y avait un homme ici, hier soir, qui vous a parlé de moi. » Le vieil homme lança avec ardeur : « Oh, c’est vous le garçon qui va prier pour que je sois guéri. » Sa femme, qui se tenait près du lit, fronça les sourcils et se mit à le sermonner : « Jeune homme, je ne crois pas que vous réalisiez combien l’état de mon mari est sérieux. Non seulement il a plus de 104 °F [40 °C] de fièvre, mais les radiographies ont montré que certaines de ses côtes fracturées appuient sur ses poumons. S’il fait le moindre faux mouvement, l’aspérité d’une côte risque de perforer un poumon ou pire encore, de sectionner une artère et de provoquer une hémorragie mortelle. Je ne pense pas que vous devriez venir ici et le rendre tout excité. » Mais M. Merrill voyait les choses différemment. « Écoutons au moins ce que ce garçon a à dire. » Billy raconta l’expérience qu’il avait vécue la veille. Et juste au moment où il finissait, un jeune homme et une jeune femme entrèrent dans la pièce. M. Merrill les présenta comme étant les deux jeunes gens qui étaient dans l’auto qui avait percuté sa charrette. Ils étaient tous deux désolés à propos de l’accident et semblaient sincèrement préoccupés par l’état du vieil homme. Avec des visages sérieux et tristes, ils passèrent de l’autre côté du lit, près du mur. Ce fut le signal pour Billy. Il inclina la tête et commençait tout juste à prier, lorsque M. Merrill s’écria : « Je suis guéri ! » et se dressa d’un coup dans son lit. Sa femme hurla : « William, non ! » en essayant de le repousser contre le matelas. Un interne se rua dans
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la chambre. Il essaya aussi de maintenir M. Merrill, mais le vieux monsieur parvint à se tortiller hors du lit en criant « Je suis guéri ! Je suis guéri ! » Les infirmières et les médecins vinrent en courant. Une des sœurs catholiques entra dans la chambre d’un air affairé et dit à Billy et à George : « Vous deux, il faut que vous sortiez d’ici, maintenant ! On ne peut pas vous laisser rendre cet homme tout excité. Il est très malade. » Comme Billy et George partaient, M. Merrill luttait pour mettre ses vêtements pendant que plusieurs médecins tentaient de le persuader de retourner au lit. Une fois dehors, Billy s’arrêta au pied des escaliers de l’hôpital et dit à George : « Attendons ici. Observe bien, il va porter un manteau brun et un chapeau gibus et descendre ces marches dans un instant. » Plusieurs minutes passèrent… et il arriva avec sa femme, descendit les marches avec autant de vigueur que s’il était venu à l’hôpital faire une visite plutôt qu’en tant que patient. Il portait un costume brun et un chapeau gibus, exactement comme Billy l’avait prédit. George demanda au vieil homme : « Comment avez-vous fait pour vous débarrasser de ces médecins ? » M. Merrill sourit sous sa moustache blanche. « Ils ont pris ma température et je n’avais plus de fièvre, alors ils m’ont laissé partir. »
LE LENDEMAIN MATIN, Billy se leva à l’aube. Comme il tâtonnait dans la pénombre pour trouver ses vêtements, la pièce devint claire comme en plein jour, comme si quelqu’un avait actionné l’interrupteur. Billy réalisa tout de suite qu’il n’était plus dans sa maison. La pièce dans laquelle il se trouvait était plus grande que sa chambre ; cela ressemblait à un salon avec un divan, un fauteuil des tables et des lampes, si ce n’est que, dans un coin de la pièce se trouvait un lit. Dans ce lit était étendue une femme d’âge moyen qui était affreusement estropiée. Billy regarda avec étonnement ses membres tordus se redresser et devenir normaux.
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La femme descendit du lit et le regarda en face, ce qui permit à Billy de bien voir son visage. Puis il se retrouva dans la pénombre de sa chambre. Billy demeura assis au bord de son lit un long moment, interloqué. Il était évident que le Seigneur Jésus allait guérir quelqu’un d’autre. Mais qui ? Et quand ? Il pensa : « Eh, bien, je vais sûrement l’apprendre aujourd’hui. » Ce jour-là, son travail le conduisit au 2223, rue East Oak, à New Albany. Une nouvelle famille avait déménagé d’une maison composée de deux appartements et Billy devait arrêter l’eau d’un seul côté. Mais la boîte n’indiquait pas clairement quel compteur allait avec quel appartement. Il ferma la valve d’un compteur et alla frapper à la porte de l’appartement occupé. Une ravissante adolescente vêtue pauvrement lui répondit. « Que voulez-vous ? » « Je travaille pour les Services publics. Voudriez-vous vérifier si l’eau courante est arrêtée ? » « Certainement. » La jeune fille rentra à la cuisine. Se tenant sur le pas de la porte, Billy pouvait voir une femme étendue au salon, sur un lit qui ressemblait à un lit d’hôpital. Son corps était incroyablement tordu, ça la faisait ressembler à une araignée racornie. Le lit surélevait sa tête face à la porte, si bien que Billy put voir clairement le visage de la femme. Son cœur bondit d’excitation. C’était la femme estropiée qu’il avait vue dans la vision, le matin-même. Elle lisait un livre à la couverture noire. Un journal était par terre près de son lit. « Bonjour madame ? Je m’appelle Billy Branham. » « Bonjour ! moi, je m’appelle Mary Der Ohanion. Ma fille là, c’est Dorothy. » Dorothy revint dans la pièce en disant : « Non, il y a toujours de l’eau. »
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« J’imagine que j’ai fermé le bon compteur, alors. Merci d’avoir vérifié. » Mais il ne partit pas. Il devait maintenir la conversation avec cette femme estropiée. « Qu’est-ce que vous lisez ? » « La Bible, en arménien », répondit-elle. Il lui lança un défi. « Croyez-vous ? » Mme Der Ohanion posa le livre sur ses genoux. « Dorothy a dix-sept ans. Je suis estropiée au lit depuis sa naissance. Mais, ce matin, j’ai lu dans le journal qu’un homme avait été guéri à l’Hôpital Catholique et j’ai dit : “il y a de l’espoir pour moi”. Dites-moi, vous ne m’avez pas dit que votre nom était Branham ? » Elle ôta ses lunettes pour regarder le jeune homme qui se tenait sur le pas de la porte de son salon. Son expression changea lorsqu’elle fit le lien entre ce jeune homme qui vérifiait les compteurs et le Branham sans visage du journal. « Êtes-vous l’homme de Dieu qui a guéri cet homme de couleur la nuit dernière ? » « Non, madame. Je ne suis pas un guérisseur. Quelque chose m’a montré que je devais prier pour cet homme. C’est le Seigneur Jésus qui est le guérisseur, pas moi. » La femme acquiesça. « Depuis que j’ai lu le texte à propos de ce miracle, je demande à Dieu d’en faire un dans ma vie. Voudriez-vous prier pour moi ? » Billy regarda cette femme dont les membres étaient atrophiés depuis dix-sept ans et dit prudemment : « Je vais aller prier à ce sujet et je reviendrai. » Il trouva un endroit où il pouvait être seul avec Dieu et pria jusqu’à ce que son courage s’accorde avec la vision. Puis il se rendit à la maison de George DeArk. « Frère George, j’ai rencontré la femme dont je t’ai parlé ce matin. Je sais que c’est la même. Viens avec moi. » Les deux hommes se rendirent à l’immeuble et se tinrent à côté du lit de Mme Ohanion. Pendant que la femme serrait sa Bible arménienne sur son cœur, Dorothy et son petit frère de huit ans se cachèrent derrière l’arbre de Noël, de l’autre côté du salon, riant et
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se moquant de l’idée que leur mère se lèverait de son lit après y avoir passé dix-sept ans, quelle plaisanterie. Billy ignora les enfants. « Mme Ohanion, le Seigneur Jésus-Christ va vous guérir. » Billy et George s’agenouillèrent et commencèrent à prier. Même à travers les paupières baissées, la lumière peut toucher les pupilles. Et à travers ses paupières, Billy vit une lumière tourner au-dessus de Mme Ohanion. Il ouvrit les yeux, s’attendant à voir une ampoule électrique. Au lieu de cela, il vit une colonne de feu de couleur ambre au-dessus de son lit. Il fut saisi d’un effroi mêlé de respect, un mélange de crainte et de curiosité. Cela devait être la même lumière que celle qui avait formé une croix en l’air, quand il priait dans la remise derrière chez lui. Inspiré, Billy se pencha, prit la main de la femme estropiée et dit : « Mme Ohanion, le Seigneur Jésus m’a dit ce matin que vous alliez être guérie. Dans le Nom de Jésus, levez-vous et marchez. » Repoussant ses couvertures, elle se tortilla vers le bord du lit comme une chenille, en s’aidant de ses jambes et de ses bras tordus. Billy eut un éclair d’appréhension, pensant que, s’il la laissait tomber en bas de ce lit, elle pourrait se casser le cou en heurtant le plancher. Puis, il pensa à la vision concernant William Merrill, à quel point avait-elle été parfaite, infaillible. Alors, sa confiance revint. Dès que ses jambes glissèrent sur le bord du lit, elles se redressèrent sous les yeux de tous. Dorothy se mit à crier comme une démente en s’arrachant les cheveux, et se précipita dehors en continuant à crier de toutes ses forces. Les voisins arrivèrent en courant et restèrent figés d’étonnement en regardant avec incrédulité leur voisine, Mary Der Ohanion, qui, pour la première fois depuis dix-sept ans, marchait autour du salon, les deux bras au-dessus de la tête, louant le Seigneur Jésus-Christ en arménien, sa langue maternelle. Billy retourna chez lui, excité et joyeux à cause de ces merveilleuses visions qui précédaient de tels miracles. Mais bientôt, son excitation allait s’effacer et sa joie céder la place à la peur. Sa prochaine vision allait être toute différente. Et lorsqu’il décrirait cette vision au Dr Davis, la réponse de son pasteur rendrait Billy
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tout confus. Ce serait le début d’années d’incertitude qui l’amènerait à découvrir le secret de sa vie particulière, un secret qui déclencherait le plus grand ministère de guérison par la foi que le monde n’eut jamais connu.
Chapitre 12
Se tenant dans les airs
1933
L A FOI DE FRAÎCHE DATE de William Branham n’était pas un passe-temps pour lui, ni quelque chose de supplémentaire comme du beurre ou de la confiture sur une tranche de pain. C’était son pain. Pendant vingt-quatre ans, il avait erré dans son propre désert spirituel, affamé au point de manger de l’écorce, des feuilles et de l’herbe pour demeurer en vie, spirituellement parlant. Et maintenant, pour la première fois de sa vie, il mangeait de la nourriture solide, pleine de vitamines spirituelles, se nourrissant de Jésus-Christ le Pain de Vie qui est descendu du ciel afin de donner la vie éternelle aux hommes qui se mourraient. Billy sentait que ses forces spirituelles grandissaient de semaine en semaine. Subitement, le monde avait plus de sens que juste de la sueur et des ampoules, le rejet et la confusion. Billy avait maintenant une espérance et un amour, une raison de vivre éternelle. Sa foi en Jésus-Christ devint rapidement le centre de sa vie, le pivot autour duquel toutes ses activités et pensées évoluaient. Billy entendit son pasteur prêcher que la raison pour laquelle le Dieu Tout-Puissant avait écrit Ses pensées dans la Bible, c’était que chaque chrétien puisse connaître la volonté de Dieu pour sa vie ; tout ce qu’il fallait faire, c’était de lire et de prier. Ces mots étaient pleins de bon sens aux yeux de Billy et il se mit à lire sa Bible voracement, désireux d’augmenter sa connaissance de la Parole afin de la mettre en pratique quotidiennement. À ses yeux, la Bible était comme une maison remplie de trésors dont il avait subitement hérité. Il voulut aller dans toutes les pièces, ouvrir les tiroirs, les armoires, les placards afin de savoir exactement ce qui lui appartenait.
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Il n’avait pas lu beaucoup de livres depuis qu’il avait terminé sa septième année, dix ans plus tôt. Ses compétences en lecture étaient rouillées et rudimentaires. Il pouvait comprendre le sens général d’un texte, mais avait de la difficulté à prononcer les noms difficiles de l’Ancien Testament, tels qu’Artaxerxès, Nebucadnetsar, Zorobabel et Benaia. Il se battait aussi avec la syntaxe de l’anglais du Roi Jacques [King James], tellement éloignée de son dialecte du Kentucky. Lorsqu’il prêcha son premier sermon, au début de l’année 1933, Billy n’avait pas assez confiance en lui pour lire la Bible à haute voix. Au lieu de cela, il convainquit Hope de s’asseoir derrière lui sur l’estrade et de lire le texte à sa place lorsqu’il lui en donnerait le signal. Son sujet était la grâce et la sollicitude de Dieu dans la vie tumultueuse de Samson. Hope lut le texte dans le livre des Juges puis Billy commença à le développer. Bientôt, il voulut lire à l’assemblée ce que Jésus dit dans Jean 14. Il fit un signe de la tête à Hope et elle commença : « Que votre cœur ne se trouble pas… » Billy ajouta : « Vous entendez ce qu’Il dit, ne soyez pas troublés. » Il fit de nouveau signe à Hope et elle poursuivit : « Croyez en Dieu, croyez aussi en moi… » Billy interrompit de nouveau : « Le faites-vous ? Croyez-vous réellement ? » Et c’est de cette façon que se déroulèrent ses premières tentatives de prédication, hésitantes et maladroites, mais il était rempli d’une telle sincérité que cela le rendait éloquent. Dans l’auditoire, Ella Branham considérait attentivement les paroles de son fils. Le changement radical dans la vie de Billy et sa guérison miraculeuse avaient réveillé quelque chose de spirituel au plus profond de son âme. Elle y répondit en donnant sa vie à Jésus à l’âge de trente-neuf ans. Débordant de joie, Billy baptisa sa mère au nom du Seigneur Jésus-Christ. Encouragé par la réponse de sa mère, Billy commença à insister pour que son père vienne à l’église. Charles Branham refusa et, malgré tous les efforts de Billy, il ne changea pas d’avis. Cela préoccupait Billy. Il avait toujours ce fardeau pour les perdus, à la suite de l’expérience horrifiante vécue pendant son opération à l’âge de quatorze ans où il était apparemment tombé dans la région des âmes perdues et en dérive. Maintenant, Billy priait souvent : « Cher
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Dieu, ne laisse pas mon papa aller dans un tel endroit ; s’il te plaît, laisse-le voir Ta grâce et accepter Ton pardon. » Une nuit, alors que la plupart des membres de sa famille étaient allés se coucher, Billy s’était agenouillé sur une paillasse dans la pièce de devant, afin de prier pour son père en train de boire dans une taverne locale. Pendant qu’il priait, Billy eut le sentiment qu’une voix lui disait : « Lève-toi. » Il se leva et sortit par la porte, sans savoir pourquoi, mais se sentant attiré vers quelque chose. Derrière la maison, un sentier traversait plusieurs terrains inoccupés couverts de sauge, une herbe rougeâtre à hauteur de genou, très commune dans la région. Billy suivit le sentier à la lueur des étoiles. Lorsqu’il atteignit le milieu du champ, il s’agenouilla, pencha la tête, joignit les mains et continua à prier pour son père. Il ouvrit soudain les yeux et fut étonné de voir un homme à environ dix pieds [3 m] de lui, un homme étrange, petit et mince, les cheveux tombant sur ses épaules, la barbe coupée courte et une tunique blanche que Billy pouvait voir clairement à la lumière des étoiles. L’homme était à côté de Billy et regardait en direction de l’Est. Il avait un visage paisible et il se tenait les mains jointes, un pied légèrement devant l’autre. Billy regarda ces pieds pour la seconde fois. Incroyable, ils ne touchaient pas le sol ! « Eh, une minute », se dit Billy en se mordant l’articulation du doigt assez fort pour se faire mal. « Je ne dors pas. Non, j’étais à l’intérieur en train de prier pour Papa et quelque chose m’a poussé à venir ici… et maintenant il y a cet homme. » Cela semblait si réel ; la brise qui faisait ondoyer la sauge faisait aussi onduler la robe de l’homme. Billy arracha un brin de sauge et le mit dans la bouche comme un cure-dent. Il pensa : « On dirait le Seigneur Jésus. Je me demande si c’est Lui. » Quittant le sentier, Billy se déplaça afin de mieux voir le visage de l’homme. Il s’éclaircit la gorge : « Hem ! Hem ! » L’homme ne bougea pas. Billy pensa : « Je crois que je vais l’appeler. » Puis, à haute voix, il dit : « Jésus ? » L’Homme se retourna et étendit les bras.
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C’est la dernière chose dont Billy se souvint. Il perdit conscience et tomba face contre terre, mais pas avant que ce visage se soit à jamais gravé dans sa mémoire ; un visage réfléchissant une personnalité telle, qu’aucun artiste au monde ne pourrait le peindre. C’était un visage empreint d’autorité, il semblait que, s’Il parlait, ce serait la fin du monde. Pourtant, Ses yeux étaient rayonnants de bonté, de compassion et d’amour. À l’aube, Billy revint à lui. Il était toujours dans le champ de sauge, frissonnant à cause de l’air frais de la nuit et de son pyjama trempé de larmes. Il marcha jusqu’à la maison, s’habilla, puis, encore tout tremblant d’excitation, se rendit directement chez son pasteur pour lui demander son avis. Le Dr Davis ne fut guère enthousiaste à propos de l’incident. « Billy, cela te rendra fou. C’est du diable, ne touche pas à de telles choses. » Ces mots étaient décourageants, venant d’un homme que Billy respectait énormément. Il quitta le presbytère confus et apeuré, mais désirant une seconde opinion. Billy alla donc voir son vieil ami, le Révérend McKinney, et lui raconta tout ce qui s’était passé. « Maintenant, Frère McKinney, qu’en pensez-vous ? » Le Révérend McKinney se gratta pensivement le menton : « Eh bien Billy, je vais te dire, je crois que si tu gardes ta vie propre et que tu prêches ce qui est dans la Bible, la grâce de Dieu et toutes ces choses, je crois que tu te porteras mieux en restant éloigné de cela. Si j’étais toi, je ne courrais pas après des choses fantastiques. » « Monsieur, je ne recherche pas des choses fantastiques, je veux simplement comprendre ce que c’est. » Le Révérend McKinney hocha la tête : « Billy, il y a bien des années, on avait ce genre d’expériences dans l’église. Mais lorsque le temps des apôtres fut révolu, ces choses ont cessé d’être également. Maintenant, les seules choses qui démontrent ce genre de phénomènes sont les démons et le spiritisme. » « Oh, frère McKinney, le pensez-vous réellement ? » « Oui. »
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Cette pensée fit frissonner Billy. « Oh ! Dieu, aie pitié de moi ! Frère McKinney, voudriez-vous vous joindre à moi dans la prière afin que Dieu ne laisse plus jamais ces choses m’arriver. Vous savez que je L’aime et je ne veux pas être dans l’erreur avec ces choses. » « Oui frère Billy, d’accord. » Les deux hommes s’agenouillèrent sur le plancher du presbytère. Le Révérend McKinney pria : « Père Céleste, je te demande d’empêcher ces incidents démoniaques de harceler la vie de ce jeune chrétien. » « Oui, Père Céleste, renchérit Billy en prière, s’il Te plaît, ne laisse pas ces choses m’arriver de nouveau. » Mais elles continuèrent d’arriver, et régulièrement. Parfois, il sentait une légère pression sur sa peau, comme si quelque chose (ou quelqu’un) d’invisible se tenait tout près et lui soufflait contre. Cela le faisait frissonner, lui donnait la chair de poule. Il arrivait aussi qu’il soit en train de travailler et qu’il se retrouve soudain à un autre endroit pendant quelques minutes, observant quelque chose se dérouler devant lui, voyant aussi bien que s’il avait été assis dans la première rangée à regarder une pièce de théâtre. Puis une fois la transe terminée, il se retrouvait là où tout avait commencé, comme si rien ne s’était produit. Mais l’image demeurait dans son esprit. Il était allé là. Il avait vu quelque chose et ne pouvait le nier ni l’oublier, même s’il ne savait pas ce que ça signifiait. Il pensait encore aux paroles de son pasteur : « Si vous voulez connaître la volonté de Dieu pour votre vie, alors lisez la Bible et priez. » Billy trouva un endroit sous un chêne où il put prier pour son problème jusque tard dans la nuit. Un peu après minuit, il secoua la poussière de ses vêtements et marcha jusqu’à la maison. Sa mère l’entendit entrer et l’appela en lui disant que sa sœur était malade. Billy s’arrêta à la chambre de Delores, s’agenouilla et pria pour sa petite sœur de trois ans, puis monta dans sa chambre. Aussitôt qu’il ferma la porte, il entendit des crépitements, comme si deux pôles électriques se touchaient. Était-il possible qu’il y ait un court-circuit dans la chambre ? Ses yeux fixaient les prises de
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courant sur le mur, lorsqu’une lumière jaune-vert remplit la chambre. Un instant après, la pièce disparut complètement. Billy se sentait flotter, comme s’il se tenait dans les airs. La terreur serra les muscles de son cœur. Que se passait-il ? Était-il en train de mourir ? Ou peut-être était-il déjà mort ? La lumière, qui brillait toujours autour de lui, émanait d’une source qui semblait venir de quelque part au-dessus de lui. Il leva la tête et resta bouche bée, les yeux écarquillés, alors qu’une énorme étoile éclatante s’approcha de lui en tournoyant. Le cœur de Billy battait à tout rompre. Sa poitrine se resserrait et il ne pouvait pas respirer. Il essaya de crier, mais il ne pouvait chasser l’air de ses poumons. Chose étrange, la balle de feu rapetissa à mesure qu’elle approchait, jusqu’à ce qu’elle ne soit pas plus grosse que son poing. Elle frappa sa poitrine sans douleur apparente et pénétra dans son cœur. À ce moment-là, la scène changea. Billy se retrouva sur une colline verdoyante. Sur le sol en face de lui se trouvait une bonbonnière de style ancien, avec le fond carré et un couvercle rond. Mais au lieu de contenir des bonbons à la menthe, cette bonbonnière contenait un papillon de nuit qui tapait frénétiquement contre le verre et essayait de s’échapper. Voulant jeter un coup d’œil à la campagne environnante, Billy se dirigea vers la droite. Un ange se tenait là, sévère et impressionnant, vêtu d’une tunique blanche qui semblait rayonner de sa propre lumière. Billy plissa les yeux en essayant d’observer le visage de l’ange, mais il n’y arriva pas. Les traits de l’ange semblaient être une tache de lumière floue. L’ange dit : « Fais attention. Regarde ce que j’ai à te montrer » et il désigna la bonbonnière. Billy regarda de nouveau la bonbonnière, juste à temps pour voir une main briser le verre avec une pierre, détruisant ainsi la prison du papillon de nuit. Le gros papillon essaya de s’envoler, mais il ne pouvait s’élever du sol ; son corps était trop lourd pour ses petites ailes. Le papillon ouvrit la bouche et un essaim de mouches en sortit, remplissant l’air d’un bourdonnement furieux. Les mouches s’éparpillèrent dans toutes les directions. L’une d’elles vola jusque dans l’oreille de Billy. Billy grimaça.
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L’ange lui dit : « Fais attention. Les mouches représentent de mauvais esprits comme des esprits de divination et de bonne aventure. Fais attention. » Billy ne sut jamais comment il arriva à la maison. Pendant une seconde, il se tenait sur une colline verdoyante et la seconde d’après il se retrouvait dans l’obscurité de sa chambre. Il n’avait même pas eu le temps de cligner des yeux. Où était-il allé ? De quelle façon s’était-il rendu là-bas et par quel moyen était-il revenu à la maison ? Cette expérience l’ayant ébranlé, il se blottit dans son lit. Mais il ne trouva pas le sommeil, cette nuit-là. Il tourna et retourna les paroles de l’ange dans son esprit, se demandant ce que ça pouvait bien signifier. Le lendemain, au travail, Billy fut très prudent, même nerveux. Il s’attendait à ce que quelque chose de radical se produise. Pendant sa pause de midi, il s’arrêta à l’épicerie où George DeArk et son frère Ed travaillaient. Billy était à l’arrière en train de raconter sa vision à George lorsqu’une femme arriva à la porte d’entrée. Une pression particulière effleura Billy, le même genre de sensation qu’il avait expérimenté lorsqu’il était entré dans l’autobus Greyhound, la fois où l’astrologue l’avait accosté. Il le mentionna à son ami : « Il y a quelque chose de bizarre à propos de cette dame. » S’arrêtant au comptoir, la femme dit à Ed DeArk : « Je cherche un homme du nom de Branham. On m’a dit que c’était un homme de Dieu. » « Eh bien, ça doit être votre jour de chance, il est justement dans le magasin. » Ed appela à l’arrière : « Bill, il y a quelqu’un ici qui veut te voir. » Lorsque Billy arriva, la femme demanda : « Êtes-vous William Branham, le prophète de Dieu ? » « Je suis William Branham. » « Êtes-vous celui qui a accompli un miracle sur M. William Merrill à l’hôpital et qui a aussi guéri Mary Der Ohanion après qu’elle eut été estropiée pendant dix-sept ans ? »
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Billy secoua la tête : « Madame, vous faites erreur. Je suis William Branham et j’étais là lorsque ces choses se sont produites, mais je ne les ai pas guéris. C’est Jésus-Christ qui a opéré ces miracles. » Cela la satisfit. « J’ai perdu un immeuble et je voudrais que vous le localisiez pour moi. » Billy ne comprit pas ce qu’elle entendait par cette déclaration, mais il savait toutefois que cette situation correspondait à l’avertissement de la vision de la nuit dernière. Il dit : « Madame, vous n’êtes pas venue voir la bonne personne ; vous cherchez probablement un médium ou une diseuse de bonne aventure. » Elle eut l’air surprise : « N’êtes-vous pas un médium ? » « Non, madame. Les médiums sont du diable. Je suis un chrétien et j’ai l’Esprit de Dieu. » Le regard de la femme devint glacial. Soudain, Billy prit conscience qu’elle-même était médium. Il dit : « La nuit dernière, dans une vision, le Seigneur m’a envoyé un ange pour m’avertir de votre venue et m’a dit de faire attention. Ce travail que vous faites vient du diable et attriste l’Esprit de Dieu. » La femme porta la main à son cœur : « Je… j’ai besoin de médicaments. » « Madame, cessez de faire ces choses et votre cœur se portera bien. » Elle tourna les talons et sortit du magasin en trombe. Toujours en vue, elle s’arrêta et porta à nouveau la main à son cœur de toutes ses forces. Poussant un cri aigu, elle s’écroula sur le trottoir. Lorsque Billy et Ed arrivèrent, elle était déjà morte. D’autres messages lui étaient donnés dans des visions, mais ils n’étaient pas toujours aussi clairs. Dans l’une d’elles, Billy se vit en train de gambader sur un sentier au crépuscule. Il se sentait le cœur léger, aussi heureux que le jour où il avait donné son cœur au Seigneur Jésus-Christ. Dans sa vision, il bondissait et donnait des coups de poing dans l’air pour exprimer sa joie. Soudain, une
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grande ombre noire se précipita vers lui, comme si c’était un chien sur le point de le mordre. Saisi, Billy lui donna des coups de pieds et cria : « Va-t’en, chien ! » L’ombre se dressa. À la surprise de Billy, il vit que ce n’était pas un chien, mais un grand homme vêtu de noir. L’homme grogna : « Tu m’as traité de chien. » « Je suis désolé, monsieur, s’excusa Billy, j’ai pensé que vous étiez un chien parce que vous vous teniez à quatre pattes. » L’homme ricana : « Traite-moi seulement de chien. Je vais te tuer pour cela. » Il sortit un long sabre de sa ceinture et s’avança vers Billy, à pas lents, et déterminés, une lueur meurtrière dans les yeux. « S’il vous plaît, monsieur, implora Billy en reculant, s’il vous plaît, comprenez-moi. Je ne savais pas que vous étiez un homme, je pensais vraiment que vous étiez un chien. » Le fou ne s’arrêta pas. À chaque pas qu’il faisait, il ressemblait davantage à un démon : « Je vais t’apprendre à me traiter de chien. Je vais te tuer. » Soudain, le dos de Billy heurta un ponceau. Il était pris au piège. « Monsieur, je n’ai pas peur de mourir parce que j’ai Jésus dans mon cœur. Seulement, je voudrais que vous compreniez que c’est par erreur que je vous ai traité de chien. » La figure sombre ne fit que grogner : « Je vais te tuer. » L’homme leva son sabre en l’air, prêt à attaquer. Billy cria. À ce moment-là, il entendit un bruit au-dessus de lui, ce qui lui fit lever la tête. Un homme revêtu d’une tunique blanche descendit du ciel en piqué. Il planta les pieds fermement à la droite de Billy et fit face à l’attaquant de Billy avec un regard sévère et déterminé. L’assaillant recula. Son sabre, qui était toujours dressé en l’air, se mit à trembler puis lui échappa des mains. Tournant sur elle-même, la figure sombre s’enfuit à toute vitesse. L’homme en blanc se tourna vers Billy et sourit. Du moins, Billy crut que c’était un sourire. Billy plissa les yeux comme
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précédemment pour bien voir son visage, mais le visage de l’ange était flou et difficile à reconnaître. Serrant les pans de sa robe autour de lui, l’ange s’envola de nouveau au ciel. Alors la vision se termina. Qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ? Billy n’en était pas certain, mais, à moins d’une interprétation plus précise, il en déduisit que Dieu enverrait un ange pour le protéger de chaque piège du diable.
WILLIAM BRANHAM prenait son nouveau ministère très au sérieux. Fidèle à son serment, il prêchait l’Évangile à chaque occasion, partageant sa foi en l’amour et en la bonté de Jésus avec ses vieux amis, de nouvelles connaissances et même des étrangers. Une des premières personnes qu’il conduisit au Seigneur fut M. Short, le shérif qui avait empoisonné Fritz, le chien de chasse de Billy. Beaucoup d’autres suivirent. Billy témoignait constamment au sujet de Jésus. Il n’avait pas peur non plus d’élever la voix dans des endroits non conventionnels comme des arrêts d’autobus, des garages de mécanique, au coin des rues ou des parcs. Il s’arrêtait partout où il pouvait trouver un petit groupe de gens qui voulaient bien s’arrêter assez longtemps pour l’écouter. Il en résultait que sa foi était constamment mise à l’épreuve. Un samedi, Billy prêchait dans un parc à un petit groupe de gens, lorsqu’un homme, qui vivait près du parc, passa par-là, transportant des sacs d’épicerie. Billy le connaissait. Cet homme avait déjà étudié pour être un prêtre catholique romain, mais il avait délaissé toute forme de religion et était maintenant un athée. L’homme s’arrêta pour écouter une minute, suçant une grosse chique de tabac fourrée à l’intérieur de sa joue. Finalement, il dit : « Pasteur, vous parlez de la Bible comme si c’était une bonne chose. Cette Bible est le livre le plus méchant qui ait jamais été écrit. C’est une telle supercherie que sa publication devrait être interdite. » Billy répondit : « Bien, nous sommes dans un pays libre. Vous avez droit à votre opinion. »
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L’ex-prêtre cracha du jus de tabac brun, juste à côté des pieds de Billy : « Pasteur, croyez-vous vraiment qu’il y ait un Dieu ? » « Oui monsieur. » « Croyez-vous que cet homme, Jésus, était un Dieu humain ? » « Oui monsieur, je crois que Jésus était humain et qu’il était aussi Dieu. » « Croyez-vous qu’Il soit ressuscité des morts dans ce corps humain ? » « Oui monsieur. » L’homme prit une autre chique de tabac et la fourra dans sa joue : « Si je pouvais vous prouver qu’il n’y a pas de Dieu humain, l’accepteriez-vous ? » « Oui monsieur. » La bouche de l’homme se tordit en un sourire sournois : « D’accord pasteur, dites-moi, combien de sens y a-t-il dans le corps humain ? » « Allez, vous savez combien il y en a. » « Oui, mais je veux que vous les nommiez. » Billy débita à toute allure : « La vue, le goût, l’odorat, le toucher et l’ouïe. » « Très bien. Si Jésus était un Dieu humain, comme vous l’avez dit, alors un de ces cinq sens devrait le déclarer, pas vrai ? » La foule autour d’eux écoutait très attentivement. Billy répondit avec précaution : « Cela me semble raisonnable. Pourquoi ? » « Avez-vous déjà vu Dieu ? » « Euh, oui. Une nuit, il n’y a pas si longtemps, je… » « Alors montrez-Le-moi » interrompit l’homme. « Je ne parle pas de la foi. Mon sens de la vue est aussi développé que le vôtre. » Billy dit : « Je L’ai vu en vision. »
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« Alors laissez-moi voir cette vision. » « Je ne le peux pas. C’est seulement Dieu qui peut montrer… » « La vérité est que vous n’êtes jamais entré en contact avec Lui avec aucun de vos cinq sens. » « Je Le sens. » « Bien, si vous Le sentez, laissez-moi Le sentir aussi. Mon sens du toucher est aussi bon que le vôtre. Amenez Jésus ici afin que je puisse Le toucher et je croirai. » Troublé, Billy répondit : « Je Le sens dans mon cœur. » L’homme riposta : « Alors, laissez-moi Le sentir dans mon cœur. » « Si vous pouviez croire… » « Non, pas votre psychologie. Je veux savoir la vérité. » Puis il cracha encore du jus de tabac aux pieds de Billy. « S’il vous plaît monsieur, ne me crachez pas sur le pied. » L’ex-prêtre exulta : « Alors pasteur, vous êtes pris n’est-ce pas ? Vous n’avez jamais senti, touché, goûté, entendu ou vu Dieu. Par conséquent, si les cinq sens ne Le déclarent pas, Dieu n’existe pas et vous ne devriez pas séduire les gens avec de telles sornettes. » L’homme avait un argument solide. Billy priait dans son cœur pour avoir de la sagesse. « Monsieur, je crois que vous avez amené quelques bons points. » L’homme eut un sourire narquois : « Vous commencez à revenir à vous-même, n’est-ce pas ? » « Peut-être, en effet », dit Billy. « Vous êtes vraiment un homme intelligent, la raison ne vous fait pas défaut. » L’homme cracha de nouveau et gloussa : « J’espère bien qu’elle ne me fait pas défaut, ma mère n’a pas élevé des simples d’esprit. » « Juste une minute, avez-vous dit que vous aviez une raison ? »
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« Bien sûr que j’ai une raison, est-ce que ce n’est pas le cas pour tout le monde ? » « Est-ce une raison humaine ? » demanda Billy. L’ex-prêtre eut l’air perplexe : « Qu’est-ce que vous avez ? Vous devez avoir perdu la vôtre. Bien sûr que c’est une raison humaine. » Billy dit : « Alors, si c’est une raison humaine, l’un des sens humains devrait le déclarer, n’est-ce pas ? » « Bien, je suppose… » « Avez-vous déjà vu votre raison ? » C’était maintenant au tour de l’incroyant d’être troublé : « Euh, hum, les docteurs pourraient… » « Pas le cerveau, interrompit Billy, la raison. Il y a une différence entre le cerveau et la raison. Le cerveau est la partie que l’on peut voir si l’on regarde sous le crâne ; la raison, ce sont les pensées que le cerveau pense. Et vous n’avez jamais vu votre raison, n’est-ce pas ? » « Non, j’imagine que non. » « Avez-vous jamais senti votre raison ? Ou touché ? Ou goûté ? Ou entendu ? Non, jamais, pas vrai ? Alors, selon votre raisonnement, vous n’avez pas de raison. » « Je sais que j’ai une raison », dit l’homme en colère. « Et moi, je sais que j’ai un Dieu. » dit Billy, satisfait d’avoir bien argumenté. Puis il pensa à une brillante conclusion. Dans la foule se tenait un jeune garçon qui portait une rose épinglée sur le revers de son veston. Billy emprunta l’épingle et dit : « Maintenant, voyez-vous ce que je veux dire ? » Et il piqua le bras de l’ex-prêtre avec l’épingle. « Aïe ! » « Avez-vous senti cela ? » demanda Billy. « Bien sûr », coupa-t-il, en se frottant le bras avec des grimaces
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Billy rit : « C’est drôle, je n’ai rien senti. » Les gens autour de lui rirent aussi. « Laissez-moi vous piquer le bras et vous allez le sentir, croyez-moi. » Maintenant, Billy avait amené son adversaire exactement là où il le voulait. « C’est exactement là où je veux en venir. Si vous acceptiez le même Christ que moi, vous Le sentiriez de la même façon que moi. » L’infidèle s’en alla d’un pas lourd, en colère et sceptique. Billy n’était pas surpris. Même s’il n’était un chrétien que depuis quelques mois, il avait témoigné à assez de gens pour se rendre compte qu’on ne pouvait pas changer l’opinion de quelqu’un par un bon argument. La foi était une révélation qui venait de Dieu.
Chapitre 13
L’étoile mystérieuse réapparaît
1933
W ILLIAM BRANHAM prêchait dans l’Église Missionnaire Baptiste depuis trois mois à peine, lorsqu’il eut un différend avec le Dr Davis. Ce dernier voulait que Billy ordonne plusieurs femmes comme prédicateurs de l’assemblée locale. Billy refusa catégoriquement. « Qu’est-ce que ça veut dire ? » fulmina le Dr Davis, indigné par le toupet de son subordonné : « Tu es un ancien de cette congrégation », lui rappela son pasteur. « Il est de ton devoir de soutenir les règles de cette église. » « Docteur Davis, avec tout le respect que j’ai pour la foi baptiste et tout ce à quoi j’ai été ordonné, je ne savais pas qu’ordonner des femmes était une doctrine d’église. » « Ceci est néanmoins une doctrine de cette église. » Billy demanda : « Monsieur, voulez-vous m’excuser, juste pour ce soir ? » « Non, c’est ton devoir d’être là. » D’une certaine façon, Billy sentait que le Dr Davis avait raison : en tant qu’ancien de l’église, il devait appuyer tout ce que faisait l’église locale. Billy avait le sentiment désagréable d’être pris dans quelque chose en désaccord avec sa conviction. « Voulez-vous au moins répondre à quelques questions ? » « D’accord. »
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« Pourriez-vous m’expliquer pourquoi Paul dit, dans 1 Corinthiens 14, “Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler.” ? » « Certainement. » Le ton du docteur devint rempli de suffisance : « À cette époque-là, les femmes s’asseyaient à l’arrière dans les coins, jacassant et commérant, alors Paul a dit, “Ne les laissez pas faire ces choses.” Tu vois ? » Aux yeux de Billy, cette explication ne concordait pas avec une autre écriture qu’il avait lue. « Alors, expliquez-moi 1 Timothée 2… » Billy feuilleta sa Bible jusqu’à ce qu’il trouve le passage « où Paul dit : “Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme, mais qu’elle demeure dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère si elle persévère dans la foi, dans l’amour, dans la sanctification, avec modestie.” Maintenant, Dr Davis, je ne dis pas qu’elle désire mal agir ; mais elle a été séduite. Pour cette raison, Dieu ne veut pas qu’elle prêche. » Le Dr Davis fronça les sourcils : « Est-ce là ton opinion personnelle ? » « C’est l’opinion des Écritures, telle que je la vois. » « Jeune homme, cela pourrait te valoir le retrait de ta licence par l’Église baptiste. » Billy sortit son portefeuille de sa poche arrière : « Je vais leur épargner cette peine et la rendre tout de suite. Il vaut mieux que je m’en débarrasse, parce que je vois que cela va être un fardeau pour moi. » « Non, non, Frère Billy, ne nous précipitons pas trop. » La dispute se termina sur cette faible déclaration de réconciliation. Mais, comme ils restaient tous deux sur leurs positions, ils s’entendirent pour que Billy suive sa propre voie et commence son travail à lui pour le Seigneur. Une bonne poignée de main conclut cette décision et les deux hommes se séparèrent en amis.
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Débordant de rêves et d’enthousiasme, Billy loua le vieux Masonic Hall à Jeffersonville et commença à tenir des réunions le dimanche. Le premier dimanche, il n’y eut qu’une poignée de gens pour venir l’écouter prêcher, mais à partir de ce jour, sa congrégation s’agrandit d’une âme ou deux chaque semaine. Billy partageait sa foi constamment, témoignant aux nouveaux visages qu’il rencontrait à son travail et à ceux qu’il avait connus toute sa vie. Puisqu’il invitait tant de personnes à venir à l’église, il y en avait toujours de nouvelles aux services du dimanche. Parmi ces visiteurs, quelques-uns acceptaient Christ comme leur Sauveur et assistaient maintenant régulièrement aux réunions. Sa congrégation s’agrandit petit à petit. Chaque nouveau converti demandait un peu plus de son temps, mais cela ne le dérangeait pas. En fait, il aimait ça. Après avoir été rejeté pendant tant d’années, il avait finalement trouvé l’amour et l’acceptation, de la part de Jésus-Christ et de ce petit groupe de gens dont il était le pasteur. Il avait trouvé sa voie, sa raison de vivre, et il avait l’intention de se donner entièrement à la cause de Christ. En juin 1933, Billy loua un grand chapiteau qui fut monté sur un lotissement vacant à Jeffersonville, projetant d’y tenir des réunions de réveil pendant deux semaines. Le dimanche précédent ces réunions, comme il se préparait pour l’école du dimanche au Masonic Hall, il tomba en transe comme jamais auparavant. Il vit le monde s’étendre comme une nappe devant ses yeux et c’était comme s’il était connecté d’une certaine manière au temps qui s’écoule. Il vit des soldats au teint olivâtre défiler au pas, des baïonnettes brillant au bout de leurs fusils, puis il vit ces soldats attaquer un groupe de gens à la peau noire qui contre-attaqua avec des lances, des fourches et des faux. Billy entendit alors une voix qui venait de derrière lui, à droite, hors de son champ de vision. C’était la même voix que celle qui lui avait parlé près du peuplier lorsqu’il avait sept ans ; une voix grave et puissante qui disait : « Benito Mussolini va envahir l’Éthiopie et l’occuper. Ce pays plus pauvre va tomber à ses pieds. L’Italie va ensuite essayer de s’emparer d’autres pays, mais va échouer, et Mussolini lui-même va finir de manière honteuse. »
128 | Livre Un : Le garçon et ses privations
La scène changea. Billy vit une armée d’hommes vêtus d’uniformes gris vert se battre contre des soldats habillés de gris. Billy pouvait voir des chars d’assaut militaires, des explosions et un vaste réseau d’abris en béton, des canons, mitraillettes et fils de fer barbelé. La voix derrière lui expliqua : « De l’Allemagne, le jeune Autrichien Adolf Hitler va entraîner le monde dans la guerre. L’Amérique va aussi entrer en guerre et Franklin Roosevelt va être réélu président pour un quatrième mandat. L’Allemagne va s’armer derrière un immense front de béton et l’Amérique va payer un prix terrible en vies humaines pour briser ce front. Mais l’Allemagne va être vaincue et Hitler connaîtra une fin mystérieuse. » La scène changea de nouveau. Il vit l’Europe se déplier devant lui comme une carte, puis il vit les frontières nationales changer et se redéfinir en de nouvelles entités politiques. La voix dit : « Trois idéologies politiques combattent pour dominer le monde aujourd’hui : le fascisme, le nazisme, et le communisme. Les deux premières n’aboutiront pas, mais le communisme va prendre de l’ampleur. Surveille la Russie, le Roi du Nord. » Une quatrième fois, la scène changea. La guerre en Europe devint comme bleue puis disparut dans l’histoire. À la place, Billy fut témoin d’énormes progrès technologiques envahissant la terre. Parmi ces prodiges, il vit des voitures aux formes aérodynamiques comme un œuf, qui se déplaçaient sur des autoroutes aux structures très élaborées. Une voiture l’impressionna en particulier. Elle avait un toit en forme de bulle, fibre de verre, et pas de volant. Pendant que la voiture était guidée électroniquement sur la « route », la famille qui l’occupait jouait à un jeu. La voix ne fit aucun commentaire et la scène changea une cinquième fois. Billy vit alors des femmes avec des cheveux longs et portant de longues robes, qui défilaient avec des pancartes et réclamaient le droit de vote. Lorsque ce droit leur fut accordé, il les vit élire un jeune homme comme président des États-Unis. Puis, Billy remarqua que les femmes se coupaient les cheveux. Certaines femmes mirent des pantalons tandis que d’autres raccourcissaient leurs jupes et faisaient leurs blouses de plus en plus petites, jusqu’à ce que leurs vêtements aient la taille et la forme de feuilles de figuier.
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La vision changea une sixième fois. Billy vit paraître, aux États-Unis une femme très belle et élégante. Mais, malgré sa beauté, elle dégageait une dureté indescriptible. Une grande puissance lui fut donnée et elle domina le pays avec autorité. La voix à la droite de Billy insista : « Regarde encore. » Billy se tourna légèrement pour un septième et dernier spectacle, les États-Unis qui s’étendaient en ruines devant lui. Des cratères creusaient le sol et des montagnes de débris fumants obscurcissaient l’air. Aussi loin que Billy puisse voir, le pays ne contenait aucun être humain. Puis la vision s’estompa. Billy resta assis un long moment, hébété et abasourdi. Lorsqu’il put à nouveau bouger ses doigts, il prit un crayon et se mit à griffonner les sept visions, tout en réfléchissant à leur signification. « Mussolini va attaquer l’Éthiopie… » Les événements mondiaux prendraient une tournure inattendue. Billy connaissait un peu Mussolini, un homme qui faisait souvent la une de l’actualité. Mussolini était le dictateur totalitaire de l’Italie depuis 1922 et il était généralement considéré comme le sauveur national de l’Italie. Il avait ramené l’ordre dans un pays appauvri par la Guerre mondiale, stabilisant l’économie de l’Italie et restaurant sa dignité. Ses réformes sociales avaient été menées sans perdre le soutien des industriels ou des propriétaires fonciers. Les personnalités très en vue d’Europe et des États-Unis acclamaient Mussolini, le comparant parfois à César, Napoléon ou Cromwell, en raison de sa grande réussite dans la transformation et le gouvernement de son pays. Pourquoi est-ce que Mussolini risquerait sa réputation pour envahir un pays retiré comme l’Éthiopie ? Quant à Adolf Hitler, en janvier de l’année précédente, le Président Paul Von Hindenburg d’Allemagne l’avait nommé chancelier, mettant ainsi le parti nazi d’Hitler au premier plan de la politique allemande. Mais comment pourrait-il conduire les nations européennes dans une nouvelle guerre, alors que la dernière guerre avait été si destructrice et démoralisante ? Personne au monde ne voulait d’une autre guerre. Pourtant, les visions n’avaient jamais été fausses.
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Billy ne comprenait pas les forces politiques, mais il lisait les journaux et était donc au courant que le fascisme de Mussolini gagnait en popularité en Asie et en Amérique latine. Le fascisme rejetait l’idée de liberté individuelle, croyant plutôt que l’État devait régler toute la vie de la nation, et prônant l’idée que l’État devait être dirigé par une personnalité dynamique qui régenterait le pays avec une autorité suprême. Billy ne connaissait pas grand-chose du nazisme d’Hitler dont on avait fait peu cas dans les journaux jusqu’alors. Il savait cependant ce qu’était le communisme russe avec son prétendu service des droits des travailleurs et son gouvernement totalitaire, dirigé uniquement par l’élite du parti communiste. De toutes les forces qui s’opposaient en Europe à cette époque, le communisme semblait avoir le moins de chance de dominer. Mais encore une fois, les visions ne s’étaient jamais trompées. Et ces voitures qu’il avait vues ! Si stylisées et aérodynamiques. Tellement différentes des voitures en forme de boîtes qui parcouraient les routes en 1933. Quelles autres merveilles nous attendaient si la science et la technologie pouvaient inventer des machines aussi magnifiques ! Mais ces réalisations seraient contrebalancées par l’altération des valeurs dans le monde. La vision en donnait un exemple avec la décadence morale des femmes. Et qu’en était-il de cette beauté au cœur dur qui allait dominer l’Amérique ? Serait-ce une femme réelle ou bien représentait-elle une puissance ? Peut-être un mouvement féministe ou encore un mouvement spirituel. Billy écrivit entre parenthèses : « Peut-être l’Église catholique. » Puis, finalement, il y avait cette effroyable destruction. Les jours de l’Amérique semblaient être comptés. Billy lut la prophétie à sa congrégation, en faisant des commentaires. Lorsqu’il expliqua comment les trois « ismes » de l’Europe allaient être engloutis par le communisme, il demanda aux gens de se lever et leur fit répéter après lui : « Observe la Russie. Observe le Roi du Nord. » Après avoir décrit la septième et dernière vision, il ajouta son opinion personnelle. « Maintenant, mes amis, le Seigneur ne m’a pas dit cela, c’est mon opinion. Mais si j’en juge
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par la vitesse de tout ce qui arrive dans le monde, je prédis que cela aura lieu d’ici 1977. » Inspiré par ces visions, Billy prêcha de tout son cœur le premier soir de ses réunions de réveil sous tente. Même s’il avait toujours besoin de Hope pour lire à haute voix son texte dans la Bible, cela ne l’empêcha pas de se concentrer sur son sermon, lorsqu’il exhorta la foule à accepter la grâce salvatrice de Jésus-Christ. Le soir suivant, ainsi que tous les autres soirs, la tente se remplit de plus en plus. Au service du dernier dimanche matin, deux semaines plus tard, Billy prêcha à plus de mille âmes. Il demanda combien de gens voulaient être baptisés au nom de Jésus-Christ et plus de deux cents personnes s’avancèrent. Le service se termina à la rivière Ohio. C’était le 11 juin 1933. À deux heures de l’après-midi, plus de mille personnes se rassemblèrent sur les berges de la rivière Ohio, au bout de la rue Spring, pour assister à ces baptêmes. La terre cuisait sous un ciel sans nuages. Il n’y avait pas le moindre souffle d’air pour rafraîchir les gens pendant qu’ils chantaient : « Au bord du Jourdain, je me tiens et mes yeux se portent au loin. Je vois là-bas mon Canaan, terre de mon trésor. Je vais à la terre promise… » Lorsque Billy atteignit le rivage, il vit Margie, une jeune fille de son âge, assise dans un canot à rames près de l’endroit où devaient se tenir les baptêmes. Margie n’était vêtue que d’un maillot de bain. Trouvant que celui-ci était indécent et inapproprié, Billy lui demanda poliment si elle pouvait sortir de l’eau. Elle lui répondit, indignée : « Je n’ai pas à sortir de l’eau. » « Tu as raison Margie, tu n’as pas à sortir. Mais si j’étais toi, j’aurais assez de respect pour l’Évangile pour quitter l’endroit où je baptise. » « Ne me dis pas de respecter l’Évangile, je suis monitrice d’école du dimanche. Mais je ne crois pas au baptême et je n’ai pas à m’en aller. » Margie ricana alors que Billy se détournait.
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Billy avança dans la rivière avec le premier candidat au baptême. Ils se tinrent dans la rivière, de l’eau jusqu’à la taille, le courant se déplaçant lentement autour d’eux. La surface de la rivière était tellement lisse qu’on aurait dit du verre sous les rayons ardents du soleil. Des vagues de chaleur estompaient la vue des arbres sur l’autre berge. Billy demanda : « Croyez-vous avoir rencontré Jésus-Christ à ces réunions de réveil ? » L’homme répondit : « Oui. » « Vous êtes-vous repenti de vos péchés ? » « Oui. » « Croyez-vous que Jésus-Christ vous a pardonné et que vous êtes maintenant sauvé de vos péchés ? » « Oui. » « Alors, prions. » Ensemble, ils inclinèrent la tête. Billy pria : « Père Céleste, nous sommes ici parce que Tu nous as commandé d’aller dans toutes les nations et de faire des disciples, les baptisant au Nom du Père, Fils et Saint-Esprit. Amen. » Puis Billy leva la tête, se tourna vers le candidat et dit : « D’après la confession de votre foi, je vous baptise, mon frère bien-aimé, au Nom de notre Seigneur Jésus-Christ. » Le candidat se boucha le nez pendant que Billy le plongeait en arrière dans les eaux calmes. Comme la première personne retournait sur le rivage et que le second candidat s’avançait dans l’eau, Billy exhorta la foule : « Pourquoi Jésus nous a-t-Il dit de nous faire baptiser ? Bien, premièrement, ça symbolise la mort, la mort aux choses du monde. Comme si le vieil homme descendait dans la tombe afin de pouvoir y ressortir et vivre une vie nouvelle en Jésus-Christ. Mais rappelez-vous, le baptême ne vous change pas, c’est seulement le signe extérieur d’un travail intérieur. Le croyant témoigne au monde que Jésus-Christ l’a déjà changé à l’intérieur. » Un par un, Billy baptisa les candidats de la même manière. La dix-septième personne fut Edward Colvin, un garçon à peine plus
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jeune que Billy. Comme ils se tenaient tous les deux dans le courant
jusqu’à la taille, Billy demanda : « Edward, crois-tu avoir été
régénéré pendant les réunions de réveil ? »
« Oui. » répondit le garçon.
Billy baptisant dans la rivière Ohio
Billy éleva la voix pour se faire entendre de la foule sur le rivage : « Inclinez vos têtes. » Lorsqu’ils le firent, Billy pencha la tête et commença à prier à haute voix : « Père Céleste… ». Au même moment, il entendit une voix dire : « Regarde en haut. » Il ouvrit ses yeux et regarda à Edward, qui attendait patiemment avec sa tête baissée et ses yeux fermés. Les mots n’étaient pas venus de lui. Billy ne savait pas d’où ils venaient. Intrigué, il inclina de nouveau la tête, ferma ses yeux et continua sa prière : « Père Céleste, alors que je baptise ce garçon dans l’eau, puisses-Tu le baptiser du Saint-Esprit. » De nouveau, il entendit une voix dire : « Regarde en haut. » Ouvrant ses yeux, il regarda autour.
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Edward ouvrit aussi ses yeux, curieux à cause du délai. « Bien, frère Bill ? » « As-tu entendu cela ? » « Entendu quoi ? » Pour la troisième fois, Billy entendit une voix dire : « Regarde en haut ! » Cette fois, il regarda en haut dans le ciel… et haleta ! Descendant des cieux vint une boule de feu ! À distance, cela ressemblait à une étoile, oscillant entre un vert jaune et ambre. Comme cela se rapprochait, cela ressemblait à un million de cercles de feu — rugissant, tournant, lançant des éclairs et des flammes. Billy retint son souffle, terrorisé, alors que l’étoile se dirigeait droit vers lui, mais elle s’arrêta tout près et resta suspendue au-dessus de sa tête. Les eaux autour de Billy furent agitées et écumèrent. Tout à coup, Billy entendit une voix lui parler. Ce n’était pas la voix mélodieuse de basse qui lui avait si souvent parlé en vision ; cette voix était différente, quoiqu’étrangement familière. Elle dit : « De même que Jean-Baptiste a été envoyé comme précurseur de la première venue de Jésus-Christ, de même tu es envoyé avec un message comme précurseur de Sa seconde venue. » Sur la berge, les gens avaient toujours la tête inclinée dans la prière sauf Margie qui observait la scène de son canot. Lorsqu’elle vit la lumière, elle se mit à crier hystériquement avant de s’évanouir, tombant contre la proue de son bateau. Son cri fit lever des têtes. En un instant, la panique gagna les gens qui levaient la tête pour voir une boule de feu suspendue au-dessus de la tête de Billy Branham. Les femmes criaient, les hommes s’agrippaient les uns aux autres, certains paniquèrent et s’enfuirent, d’autres s’évanouirent, mais la plupart ne firent que trembler. Tous ceux qui virent l’étoile n’entendirent pas forcément la voix. Mais une jeune fille de quatorze ans l’entendit. Elle était restée la tête baissée, même pendant que la foule paniquait, parce que son pasteur lui avait dit d’incliner la tête et elle essayait de toujours faire ce que son pasteur lui disait. Cette jeune fille entendit la voix, elle entendit chaque mot distinctement. Et parce qu’elle avait entendu, quelque chose de puissant descendit dans son âme, comme si une
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ancre s’y était accrochée. Elle s’appelait Meda Broy et elle était destinée à tenir un rôle important dans l’avenir de Billy. La boule de feu resta suspendue au-dessus de la tête de Billy un peu moins d’une minute, puis elle retourna aux cieux d’où elle était venue. Les eaux agitées redevinrent calmes sous un ciel sans brise. Billy parla à la foule jusqu’à ce qu’elle soit calmée, puis continua à baptiser jusqu’à ce qu’il eût immergé les deux cents candidats au Nom de Jésus-Christ. Comme il s’avançait vers la berge, un groupe d’hommes d’affaires de Jeffersonville l’entoura et lui demanda anxieusement : « Que signifiait cette lumière ? » Billy répondit honnêtement : « Je ne sais pas. Je suis un croyant. C’était peut-être un signe pour les incroyants. Je ne saurais vous dire. »
DANS L’ÉDITION SUIVANTE du journal local, un article racontait l’incident sous le titre : « Une étoile mystérieuse apparaît au-dessus d’un pasteur alors qu’il baptise. » Pour le reste du monde, c’était seulement une de ces nouvelles étranges dont on discutait le jour où le journal sortait. Mais pour William Branham, c’était bien plus que ça. Il s’était tenu sous cette lumière ambre palpitante. Il avait vu l’eau remuer autour de lui. Il avait clairement entendu la voix déclarer : « De même que Jean-Baptiste a été envoyé comme précurseur de la première venue de Jésus-Christ, de même tu es envoyé avec un message comme précurseur de Sa seconde venue. » Non, ce n’était pas là quelque chose à prendre à la légère et à reléguer aux placards seulement parce que ça semblait bizarre et difficile à comprendre. Billy considéra cela comme un signe surnaturel qui requérait une explication. Et si ce signe venait réellement de Dieu, il croyait que l’explication devait se trouver dans les pages de la Parole de Dieu. Billy lut sa Bible avec ferveur, cherchant des indices. Il garda un calepin et un crayon tout près afin de relever les passages qui pourraient s’appliquer au présent contexte. À sa grande surprise, il en découvrit beaucoup. Le premier endroit où Dieu apparut sous forme d’un feu surnaturel était dans Genèse 15.17, lorsque Dieu fit alliance avec
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Abraham. Moïse entendit Dieu lui parler dans un buisson ardent. Ce feu devait bien être surnaturel puisque le buisson ne s’était pas consumé.6 Moïse vit le Seigneur de nouveau dans un nuage de lumière qui l’aida à guider les enfants d’Israël hors d’Égypte, puis, une autre fois, lorsque Dieu le rencontra sur le Mont Sinaï.7 Moïse le vit à diverses reprises, y compris lors de la dédicace du tabernacle dans le désert l’incitant à écrire : « L’Éternel notre Dieu est un feu consumant… »8 Salomon le vit lorsqu’il dédicaça le premier temple à Jérusalem.9 Manoah, le père de Samson, le vit lorsqu’il rencontra l’ange du Seigneur.10 Élie le vit au sommet du Mont Carmel.11 Ézéchiel le vit en vision.12 David le décrivit dans le Psaumes 18. Saul de Tarse, sur le chemin de Damas, alors qu’il allait persécuter les chrétiens, fut ébloui par une « lumière venant du ciel ». Il entendit même une voix venant de cette lumière, disant : « Je suis Jésus que tu persécutes. »13 Enfin, Daniel et Jean virent cette lumière corporellement dans le Seigneur Jésus-Christ.14 C’était là une étonnante collection de versets, qui ne laissa aucun doute dans l’esprit de Billy que l’étoile qui avait brillé au-dessus de lui sur la rivière, dimanche dernier, possédait un héritage scripturaire qui se trouvait partout dans la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse. Que pouvait-il demander de plus comme authentification ? Il savait que cela ne pouvait venir que de Dieu. Après cela, Billy tourna son attention sur le fait que la rivière, qui avait été lisse comme du verre, était soudain devenue agitée autour de lui lorsque la lumière était apparue. La seule chose de ce genre qu’il trouva dans la Bible était dans Jean 5.4. Était-il possible que la lumière au-dessus de lui sur la rivière fût le même ange qui avait troublé les eaux à la piscine de Bethesda, dans l’ancienne
6 Exode 3.2
7 Exode 14.19-20 et 19.18-19
8 Lévitique 9.24 et Deutéronome 4.24
9 2 Chroniques 7.1
10 Juges 13.19-20
11 1 Rois 18.38
12 Ézéchiel 1.4
13 Actes 9.15
14 Daniel 10.5-7 et Apocalypse 1.14-15
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Jérusalem ? Il considéra longtemps cette idée, mais ne trouvant rien d’autre pour la prouver ou la réfuter, il finit par laisser la question en suspens. La troisième évidence, la plus directe, venait de la voix : « De même que Jean-Baptiste fut envoyé comme précurseur de la première venue de Jésus-Christ… » Billy pesa ces mots et les examina sous tous les angles, essayant de décider ce qu’ils signifiaient exactement. Il étudia la vie de Jean-Baptiste et fut particulièrement fasciné par le lien que Dieu avait établi entre le prophète Jean et le prophète Élie. « Il (Jean) marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie… », dit un ange au père de Jean 15 Un peu plus tard, Jésus dit, à propos de Jean : « Et si vous voulez l’admettre, c’est lui (Jean) qui est l’Élie qui devait venir. »16 Il y avait beaucoup de matière ici et Billy savait que ça lui prendrait du temps avant de mieux comprendre. Finalement, il considéra la deuxième chose que la voix avait dite : « …de même, tu es envoyé avec un message comme précurseur de Sa seconde venue. » Billy croyait en la seconde venue de Christ, ayant entendu le Dr Davis prêcher à ce sujet et ayant lu à ce propos dans le Nouveau Testament. Mais qu’est-ce que sa petite vie insignifiante avait à voir avec l’événement le plus important de tous les âges ? Cette lumière surnaturelle sur la rivière pouvait-elle être un signe ? Avait-elle quelque chose à voir avec la seconde venue de Christ ? Le temps approchait-il ? Et que signifiait ce que disait cette voix « Tu es envoyé avec un message » ? Le seul message qu’il avait, c’était la Bible. De telles pensées étourdissaient Billy. Ce mystère lui semblait trop profond à pénétrer. Néanmoins, il était très excité par l’attente qui brûlait dans son âme.
15 Luc 1.17
16 Matthieu 11.14
Chapitre 14
SON FUTUR TABERNACLE LUI EST
MONTRÉ
1933
P ARMI LES CENTAINESà de personnes qui avaient assisté
la première campagne d’évangélisation de William
Branham en juin 1933, la plupart retournèrent dans leurs églises locales lorsque les réunions nocturnes sous tente furent terminées. Mais quelques-unes étaient de nouveaux convertis à Christ qui n’étaient affiliés à aucune église en particulier. Plusieurs commencèrent à assister aux services réguliers de Billy le dimanche matin. Le Masonic Hall devint bientôt trop petit pour asseoir la foule confortablement, et cela obligea Billy à chercher un autre local. À l’angle de la 8e rue et de la rue Penn à Jeffersonville, pas loin de l’endroit où il vivait avec sa famille, la route contournait un petit étang peu profond envahi de nénuphars. En rentrant chez lui, de retour du Masonic Hall, Billy s’agenouilla sur le tapis de mauvaises herbes au bord de l’étang afin de prier pour ce problème imprévu. « Seigneur, que dois-je faire ? Où veux-Tu que cette église aille ? » Il observa les nénuphars verts et ronds qui flottaient comme des assiettes à la surface de l’eau. Leurs fleurs étaient si belles, certaines roses, d’autres blanches. Les nénuphars l’impressionnaient, la façon dont ils commençaient à pousser dans la vase et la boue au fond de l’étang pour, ensuite, trouver leur chemin vers la lumière, produisant de si belles fleurs, propres et gracieuses. Cela lui rappelait sa propre vie, qui avait récemment émergé de la boue et de la vase du péché dans la lumière de l’amour de Jésus-Christ. Oh, combien le Seigneur qui pouvait opérer un tel miracle était
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merveilleux ! Puis cette pensée lui vint, comme une révélation envoyée par une flèche du trône de Dieu ; son église serait ici, à l’endroit même où se trouvait l’étang aux nénuphars. Billy se leva et marcha de long en large dans les mauvaises herbes au bord de l’étang. Son cœur battait d’excitation. Oui, ce serait parfait. Il pourrait bâtir… Les briques du doute tombèrent sur lui avant même que le mortier de sa révélation ait séché. Comment pourrait-il acheter ce lotissement et y construire une église, alors qu’il pouvait à peine faire face financièrement pour lui-même et soutenir sa mère, ses frères et sa sœur ? Il était un homme pauvre, prêchant à une congrégation de gens pauvres durant l’une des plus profondes dépressions économiques que le pays ait connu. De nombreux hommes de sa congrégation étaient sans travail. À vrai dire, financer la construction d’une l’église semblait être un rêve impossible à réaliser. Pourtant, si c’était vraiment là une révélation de Dieu, il y aurait sûrement un moyen… Billy parla de son rêve aux membres de sa congrégation et fut agréablement surpris par leur réponse. En mettant en commun leurs maigres ressources, ils purent trouver assez d’argent pour un acompte. Des plans furent esquissés, un prêt obtenu et l’étang rempli, tout cela en l’espace de quelques semaines. Les fondations furent coulées en juillet et les blocs de béton furent livrés sur l’emplacement du bâtiment. Mais avant que le prochain niveau de blocs de béton soit monté, Billy voulut une brève cérémonie de dédicace au cours de laquelle lui-même poserait la première pierre angulaire sur la fondation rectangulaire. Le matin de la cérémonie, Billy se réveilla vers six heures. À l’extérieur, les oiseaux chantaient des mélodies de soprano, alors que les abeilles bourdonnaient des harmonies de ténor. Les branches de chèvrefeuille qui pendaient sous sa fenêtre au second étage remplissaient sa chambre des parfums odorants de l’été. Billy demeura allongé dans son lit un long moment, les mains derrière la tête, se gorgeant de la joie du moment, pensant : « Oh, Grand Jéhovah, Tu es tellement merveilleux. Il y a quelques instants, tout était sombre ; maintenant, le soleil s’est levé et toute la nature se
Son futur tabernacle lui est montré | 141
réjouit. Et bientôt, le monde spirituel, qui est si froid et sombre à cause du péché, se réjouira aussi, parce que le Soleil de Justice se lèvera avec la guérison sous ses ailes. » Comme il était étendu là, une voix intérieure lui commanda de se lever. Billy sortit de son lit et se tint face à la fenêtre. Soudain, il sentit une présence indéfinissable dans la chambre, comme une pression, qui n’était ni mauvaise ni menaçante. Cette présence suscitait une sainte crainte, comme si le Seigneur lui-même s’était approché. Billy scruta les trois murs qui étaient dans son champ de vision. La chambre semblait vide. Il se retourna et fut immédiatement transporté dans une vision. Il se retrouva sur les berges du Jourdain, là où Jean-Baptiste avait baptisé Jésus. Billy prêchait l’Évangile à une foule, lorsqu’il entendit des grognements et des couinements. Il se retourna et vit une grande porcherie construite tout au bord du fleuve. Elle était remplie de déchets et la puanteur était épouvantable. Billy remarqua : « Cet endroit est pollué. Cela ne devrait pas être ainsi. Cette terre est sacrée, c’est là même que Jésus a marché. » Puis l’ange du Seigneur apparut, enlevant Billy de cet endroit et l’amenant à l’angle de la rue Penn et de la 8e rue à Jeffersonville. Sur le lotissement où se trouvait auparavant un étang aux nénuphars se tenait maintenant un important bâtiment en béton avec une enseigne au-dessus qui disait : « Tabernacle Branham ». L’ange l’amena à l’intérieur. Billy n’en croyait pas ses yeux. Le bâtiment était plein à craquer. Non seulement les sièges étaient tous occupés, mais des gens étaient assis dans les allées et d’autres étaient debout contre les murs. Tout au bout de la pièce, il y avait trois croix, une devant la chaire et une de chaque côté. Dans la vision, Billy alla derrière la chaire et dit : « Oh, c’est merveilleux, c’est glorieux. Ô, Dieu, Tu es si bon de m’avoir donné ce tabernacle. » Alors l’ange du Seigneur dit : « Mais ce n’est pas ton tabernacle. » « Certainement, c’est mon tabernacle », protesta Billy.
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L’ange répéta : « Non. Viens voir. » L’ange souleva Billy et le déposa, cette fois-ci sous un beau ciel bleu. L’ange dit : « Voici ce qui va être ton tabernacle. » Regardant autour de lui, Billy se retrouva dans un verger. Des arbres fruitiers mesuraient jusqu’à 20 pieds [6 m] de haut et poussaient en deux rangées identiques, créant ainsi une allée avec un seul grand arbre au bout, positionné de façon qu’il soit à égale distance des deux rangées. Une rangée semblait être composée uniquement de pommiers et l’autre, de pruniers. Chose étonnante, les racines étaient enfoncées dans de grands seaux verts. À sa droite et à sa gauche, il y avait un pot vide en face de chaque rangée d’arbres. Une voix venant des cieux tonna : « La moisson est grande, mais les ouvriers peu nombreux. » Billy demanda : « Seigneur, que puis-je faire ? » Et comme il regardait, les arbres commencèrent à ressembler aux bancs d’église de sa vision du tabernacle et les trois arbres au bout des rangées prirent la forme de trois croix. Billy demanda : « Qu’est-ce que cela signifie ? Et qu’en est-il des pots vides ? » L’ange répliqua : « Tu vas planter dans ces deux pots. » Se tenant debout dans l’espace entre les deux rangées, Billy cassa une branche de pommier et la planta dans le seau vide en face de cette rangée, puis il cassa une branche de prunier et la planta dans le pot vide de l’autre côté. Immédiatement, des arbres se mirent à pousser dans ces deux pots, ne s’arrêtant que lorsqu’ils eurent atteint la hauteur des autres arbres du verger. Ensuite, un grand vent secoua les arbres et une voix dit : « Tu as bien fait. Étends les mains et récolte la moisson. » Billy étendit les deux mains. Dans l’une tomba une grosse pomme jaune, mûre et ferme ; et dans l’autre tomba une grosse prune jaune, mûre et ferme. La voix dit : « Mange les fruits, ils sont bons. » Billy prit une bouchée d’un fruit, puis de l’autre. Ils étaient tous les deux sucrés, juteux et délicieux. La voix répéta : « La moisson est grande et les ouvriers sont peu nombreux. »
Son futur tabernacle lui est montré | 143
Alors, Billy remarqua que le grand arbre au bout des rangées, qui était toujours en forme de croix, portait à la fois des prunes et des pommes sur ses branches. Billy descendit l’allée en courant et se jeta au pied de l’arbre, criant : « Seigneur, que puis-je faire ? » Le vent secoua les arbres tellement fort qu’une pluie de pommes et de prunes se mit à tomber sur Billy. La voix dit par trois fois : « Lorsque tu sortiras de cette vision, lis 2 Timothée 4. » Puis Billy se retrouva de nouveau dans sa chambre à coucher. Le soleil était plus haut dans le ciel, montrant qu’un certain temps s’était écoulé pendant la vision. Billy saisit sa Bible et l’ouvrit à 2 Timothée. Il lut le quatrième chapitre lentement, réfléchissant à chaque mot, essayant de faire le lien avec la vision. Prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant. Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables. Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère.
Billy arracha cette page de sa Bible et l’emmena avec lui à la cérémonie de dédicace à l’angle de la rue Penn et de la 8e rue. Comme c’était un jour de travail, il ne put y avoir là qu’une cinquantaine de personnes de sa congrégation, principalement des femmes et des enfants. Alors que le major Ulrey, des Volontaires de l’Amérique, dirigeait sa fanfare en une marche joyeuse, Billy plaça la pierre angulaire fermement dans le ciment mouillé. C’était un geste symbolique. Comme le Nouveau Testament proclamait Jésus-Christ en tant que Pierre Angulaire de son Église universelle, Billy plaça la pierre angulaire sur la fondation de son propre bâtiment comme déclaration que son église serait consacrée aux principes de la Pierre Angulaire, Jésus-Christ.
144 | Livre Un : Le garçon et ses privations
Puis, les gens mirent des pièces de monnaie, des souvenirs et
des requêtes de prières écrites dans une boîte de conserve qu’ils placèrent dans le creux de la pierre angulaire. Billy y mit la page qu’il avait arrachée de sa Bible le matin même, la page qui contenait les mots : « Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère. »
Billy posant la pierre d’angle du tabernacle
Sources et notes de la fin
La plupart des détails de cette biographie proviennent du témoignage personnel de William Branham contenu dans approximativement 1 100 sermons enregistrés entre 1947 et 1965. Dans ces notes de la fin, ces sermons sont répertoriés par l’année, le mois et le jour où il a prêché ce sermon, ainsi que le numéro de la page, le numéro de paragraphe ou le numéro de la citation du sermon. L’année sera sous la forme AA-MMJJ. (Ex. : 62-0311, pour le 11 mars 1962.) Les sermons du matin et ceux du soir sont identifiés par un « M » ou un « E » [pour « soir » – Note de l’éditeur] à la fin de la date. La page ou le numéro de paragraphe seront séparés par un trait d’union indiquant que le matériel utilisé se trouve entre ces deux numéros. Tous les sermons enregistrés de William Branham ont maintenant été transcrits et ont été placés sur un programme de recherche informatisée appelé le « Message Software Package » [pour le « Progiciel du Message ». — Note de l’éditeur]. Ce programme peut être acheté sur le site branham.org ; il est aussi accessible gratuitement sur le site Branham.org/MessageSearch. Si un sermon n’existait pas sous forme imprimée lorsque le programme de Recherche du Message a été compilé, les développeurs du programme (Eagle Computing) ont numéroté les regroupements de paragraphes. Pour bien identifier ces identifiants arbitraires des pages régulières ou des numéros de paragraphes, Eagle Computing a placé un « E » majuscule devant chaque numéro de citation. La recherche et l’écriture de Surnaturelle : La vie de William Branham, Volume Un et Deux, ont été effectuées avant que le programme « Message Software » ne soit développé. J’ai commencé à travailler avec Pearry Green sur ce projet à l’automne 1993. À ce moment-là, le logiciel « Message Software » était disponible depuis peu. Saundra Miles et moi-même avons alors revérifié de nombreux
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détails des livres grâce à fonction de recherche. Avant d’écrire le livre 4, je n’avais pas réalisé que le système de référence utilisé dans le programme Message Software permettait de répertorier assez facilement les sources de la majorité des documents de Surnaturelle : la vie de William Branham. Par conséquent, les livres Quatre, Cinq et Six de cette série ont une liste assez complète de mes sources. Pour la présente édition du volume I, j’ai rassemblé une partie du matériel d’origine que j’ai répertorié dans cette section ; mais comme cela est fait rétrospectivement, il se peut que les listes que vous trouverez dans les volumes restants ne soient pas aussi complètes. Concernant l’exactitude des détails de cette biographie, je peux seulement mentionner que j’ai fait de mon mieux. William Branham a raconté ces histoires à public et je les ai obtenues en écoutant ses sermons sur bande magnétique. (Ces bandes sont aujourd’hui en format numérique.) Souvent, il racontait ces histoires peu de temps après les événements ; elles étaient donc fraîches dans son esprit. Ainsi, ils étaient frais dans son esprit. Il était habituellement généreux en détail. Alors qu’il répétait une histoire plusieurs fois au fil des ans, il ajoutait ou soustrayait des détails à chaque récit, comme il était naturel de le faire. Chaque fois qu’il décrivait un incident plus d’une fois, j’en ai fait un rapport d’ensemble, ajoutant autant de détails que possible. J’ai consulté des sources autres que les sermons de William Branham. Pour les derniers volumes, il y avait une abondance de documents publics, tels que des articles de journaux, des articles de magazines et des témoignages personnels de personnes qui le connaissaient ou qui étaient impliqués dans les événements que j’ai rapportés. Mais pour la première partie de sa vie, les sources externes étaient peu nombreuses. Mais il en existait néanmoins. Par exemple, j’ai lu des comptes rendus de journaux et j’ai vu des photographies de l’inondation de la rivière Ohio en 1937. J’ai consulté des livres de médecine concernant la machine pneumothorax utilisé par les médecins pour tenter de sauver la vie de Hope Branham. J’ai aussi bénéficié des recherches approfondies de Pearry Green sur la vie de William Branham, qu’il a notamment
Source et notes de la fin | 147
relatées dans son livre Les Actes du Prophète et qu’il a partagées avec moi personnellement. Billy Paul Branham a gentiment répondu à toutes les questions que je lui ai posées au fil des années. Au début de ce projet, Rebekah Branham Smith m’a envoyé une liste des membres de la famille immédiate de son père et de leurs dates d’anniversaire. De plus, j’ai bénéficié des recherches approfondies que George et Rebekah Smith ont effectuées puis publiées dans le magazine Only Believe. (Vous pouvez lire plusieurs de ces publications épuisées sur le site onlybelieve.com.) Par exemple, le détail concernant la colombe se posant sur le rebord de la fenêtre de la cabane où habitait la famille Branham peu après la naissance de William Branham. Ce détail provient de Henry Branham (un cousin de Billy) dont la mère était présente à la naissance de Billy et qui l’a raconté à Henry. (Voyez le magazine Only Believe, la parution d’août 1988, Volume 1, numéro 2, page 18.) J’ai pu décrire de façon détaillée la caverne de William Branham parce que George Smith a fait un enregistrement vidéo à ce sujet et Rebekah Smith a publié des photos dans un rapport spécial qu’elle a envoyé aux personnes qui figuraient sur la liste de diffusion du magazine Only Believe.
« Chapitre 1 : Un mystérieux signe de naissance » Une lumière de couleur ambre apparaît à sa naissance. Sources : 52-0713 E12, 50-0711 E7, « Un homme envoyé de Dieu », pages 26-27 L’histoire de Grand-Maman Branham : 51-0501 E39 Le mariage de Charles et d’Ella : 50-0115 En 1909, un blizzard lui enlève pratiquement la vie : Consacré à l’église Baptiste du royaume de l’opossum : 59-0419A 21-4 Les combats de Charles Branham : 59-0419A 21-7 Une voix en provenance d’un tourbillon « tu vas vivre près d’une ville appelée New Albany » : 55-0117 59-1
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La famille déménage à Utica, Indiana : 51-0722A E17 « Chapitre 2 : Sa première vision » Le travail de Charles à Utica : 51-0415A E16, E19, 60-1218 E200, 52-720A E19 Des détails concernant le ranch de M. Wathens : 59-0419A 22-6 L’histoire concernant son frère et une sucette : 50-0820A E40, 51- 0722A E26 Les petits Branham reçoivent leur éducation avec un bâton en noyer : 62-0721 E61, 51-0722A E27 Commençant l’école n’ayant pas de chemise : 50-0200 E15, 50- 0820A E42 Billy transporte de l’eau à la distillerie et entend une voix provenant d’un tourbillon et disant « ne bois ni ne fume… » 59-0419A 22-6 / 24-4 Billy voit sa première vision d’un accident sur un futur pont enjambant la rivière Ohio : 50-0813E E13-E14, 52-0713A E14 « Chapitre 3 : L’opprobre de la pauvreté » W. M. Branham parle de ses premières années à l’école avec plusieurs témoignages personnels : 50-0200 E16, 50-0820A E41, 51-0415A E26 « Chapitre 4 : Battu sans pitié » M. Dornbush se moque de Billy parce qu’il ne boit pas : 59-0419A 29-1 Écrivant un poème sur un papier emprunté à l’école : 65-0217 30-36 Faisant le vœu qu’un jour il combattrait l’alcoolisme : 60-0911M 195 « Chapitre 5 : L’accident de chasse » Faisant les labours avec son père : 53-0513 E29, 53-0907A E38
Source et notes de la fin | 149
Recevant son salaire et allant en ville : 52-0720A E17, 63-1229E 10-1 Jouant au cow-boy sur un vieux cheval de labour : 50-0115 E7, 50- 0813A E8 Chassant avec son chien Fritz : 60-0608 E70 Un témoignage détaillé relatant comment il a été tiré dans les jambes alors qu’il chassait avec son ami Jimmy Poole et les luttes qui en ont résulté : 63-1110M 11-1 – 15-4, 57-0407M E91 « Chapitre 6 : Le coup terrible » Des observations de son jeune âge concernant des femmes infidèles et voulant fuir les événements sociaux : 50-0820A E59 et E60, 65-1212 47, 52-0720A E50 Le premier rendez-vous de W. M. Branham : 51-0722A E40-E45, 59-0419A 26-3 / 27-6, 50-0200 E30 Abordée par une diseuse de bonne aventure lors d’un carnaval : 52-0713A E21, 55-0117 75-6 Fritz est tué : 60-0608 E70, 63-0322 383-2 Il essaie de rejoindre la marine, mais sa mère s’interpose : 52- 0720A E43 « Chapitre 7 : La fuite dans le désert » W.M. Branham déménage en Arizona : 50-0115 E8, 51-0729A E18-E21, 64-0418B E14 Des expériences de travail dans un ranch de bétail : 51-0722A E39, 56-0403 E40, 63-1116B, 59-0419E E22-E27, 59-1220E 81-85, 60-1209 198 Edward meurt : 52-0720A E45, « Un homme envoyé de Dieu », page 38 « Chapitre 8 : Le signe le suit » W. M. Branham est approché par une astrologue : 52- 0713A E21-E24
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« Chapitre 9 : Sa dernière chance » Entraîné à la boxe par Six Second Smith : 62-0401 3-4, 62-0408 E36, 62-0311 42-1 À remporté 15 combats professionnels ; au dernier, il fait une promesse à Dieu : 51-0729A E14, 50-0822 E5, 56-0415 E52 Howard, « Tu ressembles à un prédicateur Baptiste » : 62-0531 E34 W. M. Branham donne son témoignage sur sa maladie, l’opération, le message de Dieu et sa conversion dans : « Un homme envoyé de Dieu », pages 39-40 et partiellement dans les sermons suivants : 63-0421 E85-E87, 60-0607 E46 La conversion de W. M. Branham : 62-1230M 41-5 – 44-1, 56-0814 E49-E51, 63-0421 E85-E87 « Chapitre 10 : Le premier test de foi » Il rencontre Hope Brumbach : 52-0720A E59, 50-0820A E60 Le jeune Dr Davis accepte le défi d’un infidèle de boire de l’acide sulfurique : 53-0907A E79-E81 Le premier chant que W. M. Branham a appris « Être comme Jésus » : 62-1014M 23-6 Baptisé au nom du Seigneur Jésus-Christ : 60-1211E 301 Guéri d’une maladie à l’estomac par la foi dans la Parole de Dieu : 47-1221 E75, 47-1221 E75-E79, 60-0607 E46-E48 Faisant des arrangements pour payer une dette : 65-0822M 13 « Chapitre 11 : Consacré pour un Évangile surnaturel » Abordé par une femme alors qu’il coupe le gaz : 64-0830E 11 65-95 La guérison de M. Merrill et de Mary Der Ohanion : 60-0930 E2-E14
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« Chapitre 12 : Se tenant dans les airs » La mère de W. M. Branham est sauvée et Christ-Jésus apparaît alors qu’il est en prière pour son père : 55-0117 60-1 – 62-1, 65-0218 11-24 « Chapitre 13 : L’étoile mystérieuse réapparaît » W. M. Branham a une discussion avec Dr Davis concernant l’ordination des femmes prédicateurs : 58-0928E 27-4, 61-0112 589-Q-131 591-503 Une lumière apparaît alors que W. M. Branham baptise : 60-1205 47, 51-0505 E15, 55-0227E E85, « Un homme envoyé de Dieu », page 38, « Le prophète du vingtième siècle » page 37. Une fille dans un maillot de bain, « Margie », se moque des baptêmes : 55-0117 71-4 « Chapitre 14 : Son futur tabernacle lui est montré » Dieu montre à W. M. Branham où construire son église alors qu’il prie : 52-0224 212, 62-0601 744-8 – 744-11 Une vision le matin que W. M. Branham pose la pierre d’angle de son église : 57-0120M E12-E14, le compte-rendu le plus complet de cette vision dans « Un homme envoyé de Dieu », pages 185-188 Sept visions d’événements des temps de la fin : 60-1211E 44, 60-1205 47, « Un prophète du vingtième siècle » pages 38-40
Au sujet de l’auteur
Owen Jorgensen est né en 1952 d’un agriculteur danois américain de deuxième génération. Owen a grandi dans la ferme familiale près de la petite ville de Coulee City, dans l’État de Washington. En tant qu’écolier, il a développé un amour pour la lecture et il a rêvé qu’un jour, il serait auteur. À l’âge de 16 ans, il est devenu chrétien. Il a commencé à lire la Bible, ainsi que d’autres ouvrages chrétiens. À l’âge de 18 ans, il a lu deux courtes biographies sur le ministère de William Branham. Il a été tellement impressionné par sa vie qu’il a cherché une biographie plus longue et plus détaillée. N’en trouvant pas, il pensait qu’il pourrait peut- être en écrire une. Mais à ce jeune âge, ce n’était qu’un rêve. Les années ont passé. Owen s’est marié, a eu quatre enfants, a occupé plusieurs emplois (y compris le pastorat d’une église) pour finalement retourner vivre sur la ferme familiale. Pourtant, personne n’avait encore écrit une biographie détaillée sur William Branham. Alors, à l’âge de 34 ans, Owen a décidé de le faire lui- même. Il a écouté les sermons de William Branham dans un ordre chronologique, prenant plus de mille pages de notes avant de commencer à écrire. Il a également interviewé des personnes qui connaissaient William Branham, recherché des documents corroborants et visité les lieux habités par William Branham. La plupart du temps, Owen a travaillé sur ce livre pendant les mois d’hiver, car le reste de l’année, il était occupé à cultiver. Au cours des 20 ans qu’il a pris pour écrire Surnaturelle : La Vie de William Branham, il estime avoir passé 12 000 heures à travailler sur ce projet. À ce jour, il a reçu tant de remerciements de la part de lecteurs reconnaissants, qu’il sait que son temps était bien dispensé.
Index
A né le 14 mai 1914, 16
Adair, Sam Branham, Edward, 8, 9, 18, ami d’enfance de Bill, 48 29, 33, 37, 48, 72 Ange du Seigneur Branham, Edward avertit Bill des mauvais meurt, 73 esprits, 117 Branham, Ella en vision, parle du exemple de Bill d’une Tabernacle de Bill, 141 bonne femme, 58 en vision, protège Bill d’un historique, 2 assaillant, 119 mère de Bill, 4 photographie de, 35 B presque gelée avec son bébé, 7 Branham Tabernacle rêve que Bill prêche au Bill place la pierre angulaire, monde entier, 92 143 sauvée, baptisée par Bill, vision du, 141 112 Branham, Charles Jr, 37 Branham, Fay Delores, 75 Branham, Charles Sr Branham, Fay Delores déménage sa famille à photographie de, 35 Utica, Indiana, 13 Branham, Henry, 8, 9, 37, 48 distille du whisky, 22 Branham, Hope (Brumbach) empêche Bill de commettre rencontre Bill, 93 un acte violent, 64 Branham, Howard Duffy, 37 fuit la justice, 8 Branham, James Donald méthodes disciplinaires, 19 (Donny), 64 offre à Bill du whisky, 39 Branham, James Donald père de Bill, 4 (Donny) refuse d’aller à l’église, 112 photographie de, 35 Branham, Edgar Lee (Doc) Branham, Jesse, 37 frère de Bill, 37 Branham, Melvin, 13, 37
Index | 155
Branham, William sermon, 112 expériences spirituelles de presque mort de froid alors son enfance, 10, 24 qu’il est bébé, 7 ligne de trappes, 37 séquelles d’émanations de Branham, William (Bill) gaz, 86 alors garçon, écrit un poème, 42 C ancêtres, 6 approché par une Chanson astrologue, 76 A son nom la gloire, 72 baptisé au Nom de Jésus, ballade de cow-boys, 71 96 Colombe blessé aux jambes par un apparaît à la naissance de coup de fusil, 51 Bill, 5 consacré dans l’église de la Mission Baptiste, 101 D consacré en tant qu’enfant,6 Davis, Dr Roy débat avec un ex-prêtre, accepte le défi d’un infidèle, 120 94 débute l’école, 20 consacre Bill au ministère, débute sa propre église, 127 101 devient un boxeur donne à Bill une opinion professionnel, 83 négative concernant les emploi avec les Services visions, 110 publics, 74, 75, 87 DeArk, George emploi en tant que garde- vu dans une vision, 103 chasse, 76 Démonologie, 117 guéri de maux d’estomac, Dîmes, 100 100 E lumière mystérieuse à sa naissance, 4 Expériences surnaturelles lumière surnaturelle “Je t’ai appelé et tu n’es pas apparaît lors de sa allé”, 88 conversion, 91 “Ne boit jamais, ne fume ni opération aux jambes, 52 ne souille ton corps opération de l’appendice, 87 d’aucune façon”, 24, 39 pop-corn manquant, 31, 74 Billy voit Jésus dans le prêche son premier
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champ de sauge, 113 118, 119, 127, 131, 132, diseuse de bonne aventure 134, 135, 136, 137, 139, voit la lumière qui le suit, 143, 150 63 empêché de boire, 39 L empêché de fumer, 61 empêché de tuer, 44 Lumière surnaturelle entend la voix de l’ange apparaît à la naissance de pour la 1ere fois, 10 Bill, 4 entre dans la région des au baptême à la rivière perdus, 53 Ohio, 134 étoile apparaît au-dessus identifiée dans les écritures, des baptêmes de la rivière 136 Ohio, 134 lumière surnaturelle M apparaît lors de sa Mussolini, 127 conversion, 91 un astrologue voit son aura, P 79 une voix parle d’un Poésie tourbillon dans un Bill écrit son propre poème, peuplier, 24 42 voit une croix de lumière hymne à la vie de dans le ciel, 55 Longfellow, 40 F Prohibition, 22 Prophétie futur Branham Tabernacle, “Tu habiteras près d’une 141 ville qui s’appelle New Albany”, 10 G Il y aura un travail à faire pour toi lorsque tu seras Guérison de plus âgé, 24 Mary Der Ohanion, 109 Prophétie :, 143 William Merrill, 106 R J Rêves Jésus-Christ, 73, 92, 95, 96, Ella rêve de Bill prêchant 97, 99, 101, 109, 111, 112, sur un nuage blanc, 92
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T 116
Tourbillon de Dieu, 24, 88 croix dans l’Ouest, 55 Tunnel Mill, 48, 65 guérison de William Merrill, Tunnel Mill 103 grotte découverte par Bill, Jourdain pollué, 141 49 la guérison de Mary Der Ohanion, 106 V pont au-dessus de la rivière Ohio, 25 Visions prend un homme pour un avertissement contre le chien noir, 119 spiritualisme (mauvais récoltant dans le verger de esprits), 117 Dieu, 142 bonbonnière avec un sept événements majeurs de papillon et des mouches, la fin des temps, 127
Lisez ou écoutez les six livres de « Surnaturelle : la vie de William Branham » VOLUME I Livre Un : Le jeune garçon et sa privation VOLUME II Livre Deux : Le jeune homme et son désespoir Livre Trois : L’homme et sa commission VOLUME III Livre Quatre : L’évangéliste et son acclamation Livre Cinq : L’enseignant et son rejet VOLUME IV Livre Six : Le prophète et sa révélation
L’Édition audio de ces livres est disponible en format mp3 pour téléchargement numérique sur le site surnaturelle.ca Il est aussi disponible en anglais chez : Believers Christian Fellowship bcfellowship.org
Les Écritures de ce texte
Index complet des 31 références
Job 38:1Job 40:6Marc 16Matthieu 28Actes 2Jacques 5Matthieu 21:22Marc 9:23Romains 13:8Jean 141 Corinthiens 141 Timothée 2Genèse 15:17Psaumes 18Jean 5:4Exode 3:2Exode 14:19-20Exode 19:18-19Lévitique 9:24Deutéronome 4:242 Chroniques 7:1Juges 13:19-201 Rois 18:38Ézéchiel 1:4Actes 9:15Daniel 10:5-7Apocalypse 1:14-15Jean 15Luc 1:17Matthieu 11:142 Timothée 4
Job 38:1Job 40:6Marc 16Matthieu 28Actes 2 + 26 autres